FIMI en Côte d’Ivoire : comprendre les manipulations de l’information et les ingérences étrangères

Comprendre le phénomène avant de savoir y répondre

Dans un monde où l’information circule rapidement grâce aux réseaux sociaux et aux plateformes numériques, la capacité à distinguer les informations fiables des contenus trompeurs devient un enjeu majeur.

Aujourd’hui, les sociétés ne font pas seulement face à la circulation de fausses informations isolées. Elles sont également confrontées à des stratégies plus complexes visant à influencer les perceptions, fragiliser la confiance dans les institutions ou perturber le débat public.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le concept de FIMI (Foreign Information Manipulation and Interference), traduit en français par manipulation de l’information et ingérence étrangère.

En Côte d’Ivoire, comme dans plusieurs pays africains, la transformation rapide de l’écosystème numérique, l’importance croissante des réseaux sociaux dans la circulation de l’information et les enjeux liés aux périodes électorales rendent nécessaire une meilleure compréhension de ces phénomènes.

  1. Qu’est-ce qu’une FIMI ?

La FIMI désigne des actions organisées visant à manipuler l’environnement informationnel d’un pays afin d’influencer les perceptions, les comportements ou les processus de décision.

Elle implique généralement l’intervention d’un acteur étranger ou d’un réseau lié à un acteur extérieur qui cherche à atteindre un objectif stratégique à travers l’information.

Contrairement à une simple erreur ou à une rumeur spontanée, une opération FIMI repose souvent sur :

  • une intention précise ;
  • une stratégie organisée ;
  • des méthodes coordonnées ;
  • l’utilisation de différents canaux de diffusion ;
  • une volonté d’influencer un public ciblé.

Une opération FIMI peut utiliser des contenus vrais, faux ou sortis de leur contexte. Son objectif n’est pas uniquement de faire croire à une information fausse, mais parfois de créer de la confusion, de renforcer des divisions ou de réduire la confiance envers certaines institutions ou acteurs.

À retenir : Une FIMI ne cherche pas seulement à diffuser une fausse information ; elle cherche à influencer un environnement informationnel.

  1. Quelle différence entre FIMI, fake news et désinformation ?
Source : CIDDH

Les termes « fake news », « désinformation » et « FIMI » sont souvent utilisés de manière interchangeable, mais ils désignent des réalités différentes.

La fausse information (fake news)

L’expression « fake news » est couramment utilisée pour désigner un contenu présenté comme une information mais qui contient des éléments faux ou trompeurs.

Cependant, ce terme peut être imprécis, car toutes les informations fausses ne répondent pas au même objectif.

La mésinformation

La mésinformation correspond à une information fausse ou inexacte partagée sans intention de nuire.

Exemple : Une personne partage une ancienne image en pensant sincèrement qu’elle correspond à un événement récent.

La désinformation

La désinformation désigne la création ou la diffusion volontaire d’une information fausse ou trompeuse dans le but d’induire un public en erreur.

Exemple : Créer volontairement une fausse publication attribuée à une institution pour influencer l’opinion publique.

La FIMI

La FIMI va au-delà d’un simple contenu trompeur.

Elle correspond à une opération structurée de manipulation de l’information, souvent menée ou soutenue par des acteurs étrangers, visant à influencer un environnement informationnel.

Exemple simplifié :

  • Une personne partage une fausse information par erreur → mésinformation.
  • Un individu invente volontairement une fausse information → désinformation.
  • Un réseau organisé crée et diffuse plusieurs contenus trompeurs pour influencer un débat public dans un autre pays → FIMI.

Message clé : Toutes les FIMI utilisent des techniques de désinformation, mais toute désinformation n’est pas une FIMI.

  1. Comment fonctionnent les opérations FIMI ?
Source : CIDDH

Les opérations FIMI suivent souvent plusieurs étapes.

Identifier des sujets sensibles

Les acteurs manipulateurs exploitent généralement des thèmes qui suscitent déjà des débats ou des émotions fortes :

  • questions politiques ;
  • élections ;
  • sécurité ;
  • identité ;
  • tensions sociales ;
  • crises économiques.

Ils cherchent à exploiter des fragilités existantes dans une société.

Construire un récit manipulateur

La manipulation ne consiste pas toujours à inventer totalement une histoire.

Elle peut prendre plusieurs formes :

  • modifier le contexte d’une information réelle ;
  • exagérer certains faits ;
  • attribuer de fausses intentions à un acteur ;
  • présenter une opinion comme un fait ;
  • utiliser une image ancienne pour illustrer un événement actuel.

Amplifier la diffusion

Les réseaux sociaux peuvent être utilisés pour accélérer la visibilité d’un contenu grâce à :

  • des comptes multiples ;
  • des faux profils ;
  • des réseaux coordonnés ;
  • des campagnes de publication répétée ;
  • des contenus générés par intelligence artificielle.

L’objectif peut être de donner l’impression qu’une information est largement acceptée alors qu’elle est artificiellement amplifiée.

  1. Quels acteurs peuvent être impliqués ?

Les opérations FIMI peuvent mobiliser différents types d’acteurs :

Des acteurs étatiques étrangers

Certains États peuvent chercher à influencer l’opinion publique d’un autre pays pour défendre leurs intérêts stratégiques.

Des réseaux organisés

Des groupes peuvent coordonner la création et la diffusion de contenus trompeurs à grande échelle.

Des relais locaux ou internationaux

Des individus, pages ou comptes peuvent parfois participer à la diffusion de récits manipulatoires, volontairement ou non.

Des outils technologiques

Les technologies numériques peuvent faciliter :

  • la création rapide de contenus ;
  • l’automatisation de publications ;
  • la gestion de faux comptes ;
  • la manipulation d’images, vidéos ou audios.
  1. Pourquoi les FIMI deviennent-elles un enjeu important aujourd’hui ?

Plusieurs facteurs expliquent l’importance croissante des FIMI.

La transformation numérique

Avec l’augmentation de l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux, chaque citoyen peut produire et partager de l’information.

Cette évolution favorise la participation citoyenne, mais augmente également les risques de propagation rapide de contenus trompeurs.

La rapidité de circulation de l’information

Une information fausse peut atteindre un grand nombre de personnes avant même qu’elle soit vérifiée.

L’utilisation de nouvelles technologies

L’intelligence artificielle facilite aujourd’hui la création de contenus plus réalistes, rendant parfois la distinction entre vrai et faux plus complexe.

Les enjeux démocratiques

Les FIMI peuvent affecter :

  • la confiance dans les institutions ;
  • la qualité du débat public ;
  • la participation citoyenne ;
  • la perception des processus électoraux.
  1. Pourquoi renforcer la résilience informationnelle ?
Source : CIDDH

La réponse aux FIMI ne consiste pas uniquement à supprimer les contenus trompeurs.

Elle nécessite de renforcer la capacité des individus et des institutions à :

  • analyser l’information ;
  • vérifier les sources ;
  • comprendre les mécanismes de manipulation ;
  • identifier les comportements coordonnés ;
  • prendre des décisions éclairées.

Cette capacité collective est appelée résilience informationnelle.

Elle repose notamment sur :

Le journalisme de qualité : Les médias jouent un rôle essentiel dans la vérification et l’explication des faits

Le fact-checking : Les vérificateurs de faits permettent d’identifier les contenus trompeurs et d’expliquer les méthodes utilisées.

L’éducation aux médias et à l’information : Former les citoyens aux réflexes de vérification renforce leur autonomie face aux contenus manipulatoires.

La coopération entre acteurs : La lutte contre les FIMI nécessite une collaboration entre médias, chercheurs, institutions publiques, société civile et citoyens.

Comprendre les FIMI pour mieux protéger l’espace informationnel

Les FIMI représentent une évolution importante des menaces informationnelles contemporaines. Elles ne reposent pas uniquement sur la diffusion de fausses informations, mais sur des stratégies visant à influencer la manière dont les citoyens perçoivent les événements, les institutions et les acteurs publics.

En Côte d’Ivoire, renforcer la compréhension de ces phénomènes constitue une étape essentielle pour développer une société mieux préparée face aux manipulations de l’information.

Car une société résiliente n’est pas une société sans fausses informations : c’est une société capable de les identifier, de les comprendre et d’y répondre collectivement.

…………………………………….

Cet article a été rédigé par Kaberu TAIRU, Consultant en Fact-checking. Il a été édité et validé dans le cadre du projet de lutte contre les manipulations de l’information et les ingérences étrangères (FIMI), mis en œuvre en Côte d’Ivoire par le CIDDH avec l’appui d’International IDEA.