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Présidentielle ivoirienne de 2025 : la marche du 11 octobre, révélatrice d’une désinformation électorale galopante

Alors que la tension politique monte à quelques jours du scrutin du 25 octobre 2025, la marche interdite du Front Commun, le 11 octobre 2025, a déclenché une vague de fausses informations sur les réseaux sociaux. Entre images détournées, vidéos sorties de leur contexte et fausses rumeurs, la désinformation – comme on pouvait s’y attendre – vient semer la confusion, mettant à l’épreuve la vigilance des journalistes et des vérificateurs de faits.

 Par Abdoul-Khader Coulibaly, Ivoire Check

Prévue initialement le 4 octobre 2025, la marche du Front commun, regroupant le Parti démocratique de Côte d’Ivoire Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) et le Parti des peuples africains Côte d’Ivoire (PPA-CI) avait été reportée pour faute d’autorisation. Les organisateurs l’ont reprogrammée pour le 11 octobre 2025, au lendemain du lancement officiel de la campagne pour l’élection du  président de la République du 25 octobre 2025. Mais à la veille du rassemblement, un arrêté préfectoral l’a finalement interdite, évoquant des risques de troubles à l’ordre public.

Malgré cette interdiction, des groupes de militants et sympathisants de l’opposition ivoirienne ont tenté de se rassembler dans plusieurs communes de la capitale économique, notamment à Yopougon et à Cocody. Les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser les attroupements, usant, par moments, de gaz lacrymogènes.

Une manifestation des partis d’opposition ivoiriens a été dispersée par les forces de l’ordre à Abidjan, le 11 octobre 2025. © AFP

Tandis que la situation semblait globalement sous contrôle sur le terrain, les réseaux sociaux se sont rapidement transformés en un véritable champ de bataille informationnel. Des publications alarmistes ont émergé sur Facebook et TikTok, notamment des vidéos prétendant montrer des manifestants blessés ou tués ou encore des images de foules dispersées par des forces armées.

 

Une grande partie de ces contenus sont trompeurs ou sortis de leur contexte d’origine comme le démontrent plusieurs articles de fact-checking (1, 2, 3, 4). Ils illustrent la puissance et la vitesse de circulation de la désinformation en période électorale. Selon ces articles, les images examinées provenaient soit d’anciennes manifestations, soit d’autres pays. Par exemple, une des images a été prise en Côte d’Ivoire en octobre 2020, une autre en Guinée en octobre 2019, et une autre en Haïti en décembre 2010.

Une propagation fulgurante sur fond  d’un contexte politique tendu

Si ces fausses informations ont circulé aussi vite, c’est avant tout parce qu’elles ont trouvé un terrain fertile dans un contexte politique tendu, explique Donatien Kangah, enseignant en journalisme à l’ISTC Polytechnique d’Abidjan. Kangah, qui est aussi analyste de la désinformation, signale que « les périodes de crise ou de tension politique sont des terreaux fertiles pour la désinformation. Plus les inquiétudes et les émotions sont fortes, plus les gens sont enclins à croire ce qu’ils voient, surtout en l’absence de communication officielle claire ».

Source : Capture d’écran publication AES Alerte
Source : capture d’écran publication Facebook
Source : Capture d’écran page Facebook Mad’s Média

Cette dimension émotionnelle a été déterminante. Selon Mariama Thiam, représentante du Centre for Journalism Innovation and Development (CJID) au Sénégal, « les fake news prospèrent parce qu’elles s’appuient sur nos émotions et sur le biais de confirmation : cette tendance à croire ce qui conforte nos convictions et à rejeter ce qui les contredits ».

Autrement dit, plus une information renforce les convictions d’un groupe politique, plus elle est diffusée rapidement par ce dernier et sans vérification préalable. À cela s’ajoute, la répétition des messages, une technique bien connue dans les campagnes coordonnées de désinformation. « Lorsqu’un citoyen est exposé plusieurs fois à la même rumeur, il finit par y croire », précise Mariama Thiam.

Sur les plateformes, les mêmes vidéos et les mêmes messages circulent, parfois partagés par des comptes identiques, relayant un message uniforme : « répression », « bavures policières », « marche réprimée ».

Un schéma qui ne doit rien au hasard. Selon Cyriac Gbogou, consultant en inclusion numérique, les similitudes répétées entre certaines publications sur les réseaux sociaux suggèrent parfois une diffusion coordonnée plutôt que des publications spontanées.

« Ce n’est pas spontané, ce sont des actions coordonnées », confirme Cyriac Gbogou  avant de poursuivre : « Beaucoup de comptes qui publient ces fausses informations ne sont même pas basés en Côte d’Ivoire. Ce sont des profils de la sous-région, souvent relayés par des acteurs locaux qui ajoutent de la crédibilité et attisent les tensions ».

Pour corroborer les observations de Gbogou, plusieurs pages Facebook ayant diffusé les mêmes publications ou images lors de la marche du Front commun du 11 octobre 2025 ont été analysées. Ces pages (1, 2, 3, 4)  se distinguent par une activité soutenue autour de sujets politiques régionaux et une forte audience en ligne, parmi lesquelles AES Alerte. D’après les données de transparence de Meta, la page AES Alerte a été créée en 2023 sous le nom Histoire d’Afrique avant d’adopter son nom actuel en juin 2025. Elle est gérée par cinq administrateurs situés dans quatre pays différents : Mali, Cameroun, Côte d’Ivoire et France. Parmi les cinq administrateurs, deux  sont localisés au Mali selon les données de transparence de Meta. Cela traduit que la désinformation n’a pas forcément une base locale unique : elle peut être alimentée depuis l’extérieur puis relayée par des comptes locaux qui lui donnent plus de crédibilité.

Source : capture d’écran section transparence page AES Alerte

La page Mali Info Universel a, quant à elle, été créée le 9 janvier 2022 sous le nom Fasso Info. Elle a ensuite changé de nom à plusieurs reprises  : Mali Info (août 2022) puis Mali Info Universel (septembre 2024). Ces modifications successives laissent entrevoir une volonté d’élargir ou de redéfinir son champ d’action éditorial. Les données de transparence indiquent qu’elle est administrée par deux personnes localisées au Mali. La page compte environ 193 000 abonnés.

Si rien ne permet de confirmer qu’il s’agit d’une opération coordonnée, certains éléments, notamment la réutilisation d’images déjà diffusées par d’autres comptes dans la sous-région, peuvent suggérer une circulation de contenus au sein d’un écosystème de pages apparentées.

Source : Capture d’écran transparence de la page Mali Info Universal

Concernant la page Mad’s Média, elle a été créée le 28 juillet 2019 sous le nom Guide Ras Bat. Depuis sa création, elle a changé de nom à cinq reprises : le 19 juin 2020, le 28 juin 2020, le 12 juillet 2021, et le 23 juin 2023, où elle a adopté son nom actuel.  Selon les données de transparence de Meta, les quatre (4) administrateurs de la page résident au Mali.

Source : Capture d’écran page Facebook Mad’s Média
Source : Capture d’écran transparence page Facebook Mad’s Média

Le compte HDR_Info Officiel compte 97 000 abonnés et figure parmi les comptes ayant relayé la même image présentée comme une scène de la manifestation du 11 octobre 2025 à Abidjan. Cependant, les informations de transparence de Meta indiquent que les quatre administrateurs de la page sont également tous basés au Mali.

Source : capture d’écran page facebook

Une campagne de désinformation aux effets concrets sur le climat électoral

 

Au-delà du simple flux de rumeurs, les publications trompeuses observées dans ce contexte électoral ivoirien risquent de fausser la perception de la réalité et d’influencer le comportement des citoyens à l’approche du scrutin.

 

Selon Cyriac Gbogbou « toute action de désinformation a toujours pour but d’avoir une influence sur un groupe ». Dans le cas de la marche du 11 octobre, poursuit-il, « il semble s’agir d’effrayer la population, pour qu’elle ne sorte pas. En ce moment, c’est la période pour récupérer les cartes d’électeurs : si les gens ont peur de se déplacer, ils ne voteront pas. C’est une autre forme de boycott, qui crée une psychose collective. »

Ce constat rejoint celui de plusieurs observateurs de la société civile, comme celui du rapport de la National  Democratic Institute (NDI), qui note une baisse de confiance envers les médias traditionnels et les sources officielles, au profit de comptes anonymes ou de plateformes communautaires.

« Quand les citoyens cessent de croire aux sources d’autorité, la désinformation gagne toujours. Le danger, c’est que la peur ou la colère deviennent plus puissantes que les faits », analyse Mariama Thiam du CJID.

La viralité de ces contenus s’explique aussi par la logique propre aux algorithmes des réseaux sociaux. Plus une publication suscite de réactions, d’indignations, de peur, de curiosité, plus elle est propulsée dans les fils d’actualité. Résultat, les fausses informations circulent souvent plus vite et plus loin que les démentis ou les articles de vérification des faits.

« Malheureusement, la vérité se déplace plus lentement que le mensonge », regrette Mariama Thiam.

Le défi de restaurer la confiance face à la tempête informationnelle

Face à cette marée de contenus trompeurs, le rôle des journalistes reste crucial. Il est essentiel qu’ils puissent privilégier la vérification rigoureuse de l’information plutôt que la rapidité de publication.  Cyriac Gbogbou rappelle que « le travail journalistique ne doit pas se faire dans la précipitation, ni courir derrière le buzz, mais doit venir améliorer l’information : si c’est une fake, donner la bonne information, ou la replacer dans son contexte ».

Cette rigueur, selon lui, suppose une meilleure coordination entre les rédactions, les fact-checkers et les institutions. « Beaucoup de personnes font le même travail, mais elles ne se parlent pas. Il faut une synergie d’action ».

De son côté, Donatien Kangah, enseignant en journalisme et en communication digitale, insiste sur la nécessité d’un travail collectif de pédagogie : « Dans un contexte de crise, les émotions prennent le dessus et l’absence d’informations officielles laisse la place à toutes les rumeurs. Le journaliste doit être le contrepoids de cette agitation, en apportant calme, vérification et autorité ».

Ces propos rappellent une évidence souvent oubliée que lutter contre la désinformation ne consiste pas seulement à corriger les fausses nouvelles, mais à restaurer un lien de confiance entre les médias, les institutions et les citoyens. Dans le cas de la marche interdite du 11 octobre 2025, cette mission prend une dimension particulière, vingt quatre heures d’un scrutin présidentiel où la crédibilité de l’information pèse est essentielle pour la cohésion sociale.

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Ivoire Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

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Article Fake News Virales (réseaux sociaux, WhatsApp, etc.)

Faux, le président Ouattara n’accorde aucune subvention de 85.000 FCFA aux citoyens

Source : Radio Canada

VERDICT ET COTE DE FIABILITÉ

Faux : Cette information est une arnaque et lien fourni conduit à un site permettant de capter les données personnelles.  Le site s’affiche aucune données officielles en lien avec la présidence de la république ou l’État de Côte d’Ivoire

Par Fabrice KONANDRI


FAIT

Une fausse information diffusée sur internet invite les populations a soumissionné via un lien à un fonds de développement pour l’octroi d’une subvention de 85.000 FCFA.


ANALYSE

La publication circule sur internet annonçant un fonds de développement 2025 du président Alassane Ouattara qui octroie une subvention de 85.000 FCFA.  Sur cette page, les commentaires enregistrés encouragent les internautes à s’inscrire en poursuivant leur inscription.

Capture de message sur WhatsApp avec le lien suspect

Cette publication est une arnaque visant à appater la frange de la population en quête de gain facile. Elle vise à subtiliser les données personnelles des souscripteurs.


VÉRIFICATIONS DES FAITS (MÉTHODOLOGIE)

La publication est faite sur une page anonyme. Il est écrit : “ Bonjour!
Bienvenue à SUBVENTION DU FONDS DE DEVELOPPEMENT 2025 DU PRESIDENT ALASSANE OUTTARA DE 85 000 CFA POUR LES CITOYENS, pour favoriser le développement cette année, le PRÉSIDENT ALASSANE OUTTARA distribue 85 000 CFA.
Répondez aux questions ci-dessous pour réclamer Prix en espèces de 85 000 CFA”.

Capture d’écran de la publication

La page ne comporte aucune mention officielle. Le lien proposé ne ramène à aucune plateforme officielle de l’Etat de Côte d’Ivoire. Ni de la présidence de la République, facebook, ni de la  page officielle du président Alassane Ouattara. Une vérification du site officiel de l’Agence l’emploi jeune en Côte d’Ivoire ne donne aucune information de cette nature ainsi que la page officielle du ministère de la Promotion de la Jeunesse, de l’insertion Professionnelle et du Service Civique.

Des commentaires sur cette page pour renforcer l’arnaque

Une fausse information de la même nature a circulé en début d’année.


CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

Cette prétendue annonce est une tromperie destinée à induire les utilisateurs en erreur. Le gouvernement ivoirien n’a fait aucune déclaration officielle concernant une subvention de ce genre.


Conseils  aux lecteurs :
– N’ouvrez pas le lien douteux. Il est probablement malveillant.
– Ne relayez pas cette publication mensongère à votre entourage.
– Vérifiez toujours les informations concernant les aides ou programmes sociaux directement sur les plateformes officielles de l’État
– Signalez cette fausse nouvelle aux organismes appropriés ainsi qu’aux réseaux sociaux concernés.

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Article Rapports d’analyse des tendances

Présidentielle ivoirienne de 2025 : du rôle des médias ivoiriens contre la désinformation

La désinformation constitue un enjeu critique à l’approche des élections d’octobre 2025 en Côte d’Ivoire, notamment en raison de sa propagation rapide sur les réseaux sociaux. Pour prévenir les risques de tensions et de violences, plusieurs initiatives ont été mises en place afin de former et sensibiliser les citoyens, ainsi que les professionnels des médias, acteurs essentiels dans la chaîne de l’information.


Traoré Bakary & Martine Zogbé – Eburnie Today


Depuis près d’une dizaine d’années, l’écosystème informationnel de la Côte d’Ivoire fait face à au moins deux types de menaces. Les manipulations domestiques de l’information et les manipulations étrangères de l’information (FIMI). La première est essentiellement menée par des acteurs se présentant comme des influenceurs proches des chapelles politiques et la seconde est orchestrée principalement par des pages et comptes localisés en dehors de la Côte d’Ivoire, notamment dans des pays voisins  (1, 2, 3).


Ces deux menaces ont poussé les autorités ivoiriennes à accentuer la lutte contre la désinformation à travers une vaste campagne nationale de sensibilisation dénommée En ligne tous responsables et un renforcement du cadre législatif à travers l’article 65 de la loi n°2013-451 sur la cybercriminalité et l’article 372 du Code pénal ivoirien, qui prévoient des sanctions allant de six mois à deux ans d’emprisonnement et une amende d’un à cinq millions de francs CFA pour la diffusion de fausses informations.


En dépit de cette offensive portée par le gouvernement et ses partenaires dont l’Ambassade des Etats Unis en Côte d’Ivoire et l’Union Européenne, force est de constater que le phénomène des fausses informations mêlé aux discours de haine gagne en puissance notamment dans le contexte électoral.


« Il y a une tendance accrue de la désinformation notamment sur les réseaux sociaux et cela constitue un défi important pour les médias ivoiriens dans le contexte électoral. Il s’agit du défi de la rigueur dans le traitement et la diffusion de l’information pour contrer les fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux », a souligné Alafé Wakili, commissaire général de Abidjan Media Forum 2025.


Lors d’une brève interview accordée Eburnie Today, le 18 septembre 2025 durant le forum, il a rappelé l’impact de la désinformation et ses dangers pour la stabilité d’un processus électoral. Il s’agit, entre autres, « de la crise de confiance envers les institutions, le trouble à l’ordre public, les offenses aux hommes politiques et au chef de l’Etat ou l’instauration d’un climat de panique ».


Créer la psychose et l’inquiétude


La désinformation en période électorale ivoirienne se manifeste souvent par de fausses déclarations, des images et vidéos sorties de leur contexte, des rumeurs anxiogènes (enlèvement d’homme politique), de faux contenus médiatiques ou des publications mensongères sur la santé des candidats à la présidentielle.. L’intelligence artificielle (IA) est également de plus en plus utilisée pour créer des contenus trompeurs.


Des rumeurs sur l’arrivée de 700 militaires français en Côte d’Ivoire pour sécuriser les élections, sur un affrontement entre partisans d’Alassane Ouattara et de Tidjane Thiam ou encore sur l’ingérence de la France dans les élections ivoiriennes sont autant d’exemples diffusés pour créer l’inquiétude et la confusion autour de la présidentielle. Ces fausses informations circulent dans le même écosystème que les informations crédibles partagées par les médias. Dans ce contexte, comment arriver à distinguer la vraie information de la fausse ?


« Il faut tout simplement que les journalistes apprennent à certifier l’information : j’entends par certifier l’information proposer une information vraie, sourcée, crédible et capable d’être vérifiée par le citoyen. La prolifération des fake-news sonne l’heure de gloire du journalisme professionnel qui permet aux hommes de médias de se distinguer des autres faiseurs d’information qui aujourd’hui pullulent sur internet », explique Alain Ahimou, journaliste indépendant et fondateur du média citoyen Micro Libre.


Alain Ahimou reste convaincu que la désinformation en période électorale ne cible pas seulement les populations : elle cible aussi et surtout les journalistes et les médias. « Si un homme politique veut vendre du faux aux électeurs, l’une des manières de rendre crédible sa politique de manipulation de l’information c’est de la faire endosser par des médias. Le journaliste, pour des raisons partisanes ou économiques, devient un relai de la fausse information », soutient le journaliste.


Le professionnel des médias, désormais ciblé par la désinformation, doit éviter de se faire prendre aux pièges de la manipulation car des contenus faux diffusés par les médias peuvent être lourds de conséquences lors d’un processus électoral. Cela est encore plus vrai dans un pays comme la Côte d’Ivoire où la presse, politiquement marquée, a contribué à exacerber les tensions comme le rappelle Dr Waliyu Karimu dans sa thèse « Pacifier la presse écrite en Côte d’Ivoire. Analyse de deux décennies de tentatives de professionnalisation des quotidiens ivoiriens depuis 1990 ».


« L’un des premiers pièges que les professionnels des médias doivent éviter est celui de la rapidité dans le traitement de l’information. Le piège de vouloir être le premier à diffuser l’information, la course au scoop. Il faut prendre le temps de bien vérifier les informations, de les recouper et de les sourcer avant de les diffuser », précise Dr David Youant, enseignant-chercheur en journalisme et patron du groupe de presse Alerte-info.


La précipitation dans le traitement de l’information s’est de nouveau matérialisée lors d’un dossier judiciaire impliquant un cadre du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), le 1er octobre 2025. Alors que plusieurs sites d’information en ligne avaient annoncé l’arrestation et la mise sous mandat de dépôt d’Odette Lorougnon pour propos xénophobes, le ministère ivoirien de la Justice et des droits de l’homme a démenti l’information.

le site l’infodrome a retiré son article relatif à Odette Lorougnon

Le bureau du procureur a même émis un communiqué contredisant les médias trop pressés et précisant que le cadre du PPA-CI a plutôt été placé sous contrôle judiciaire.

Veille et formation pour contrer les fausses informations


Les deux institutions chargées du monitoring des médias ivoiriens, conscientes des dérives liées aux fausses informations ont décidé de renforcer le monitoring des médias et de miser sur la formation. L’Autorité nationale de la presse (ANP) et la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) travaillent à assainir le milieu des médias notamment face à la menace des fausses informations. L’ANP a lancé l’application « J’alerte ANP.CI ».


« C’est un outil de veille citoyenne. Un dispositif qui permet à chaque lecteur de presse de signaler d’éventuelles transgressions aux règles éthiques et déontologiques du métier. Une information inexacte ou déséquilibrée, un propos haineux ou discriminant, une image choquante, une information qui porte atteinte à la vie privée, une image non floutée qui viole la présomption d’innocence ou les droits d’auteur. En quelques clics, le lecteur pourra alerter le régulateur de manière structurée et responsable », a expliqué Koné Samba, président de l’ANP.


Cette veille citoyenne s’impose car en 2024, l’ANP a enregistré vingt-sept (27) saisines contre trente-quatre (34) saisines en 2023 pour des faits d’atteinte à l’image et à l’honorabilité, fausse information, déséquilibre de l’information ou atteinte à la confraternité. « Avec toutes ces dérives que nous observons, ces chiffres pourraient être à la hausse pour la presse d’où la nécessité de mieux former les journalistes pour comprendre les enjeux de l’information en période électorale » propose Alain Ahimou. Le journaliste indique « qu’en l’absence d’une initiative de monitoring des réseaux sociaux, le nombre de cas de discours de haine, de désinformation et d’atteinte à l’image et à l’honorabilité des acteurs politique risque d’être élevé mais restera inconnu ».


La formation, c’est justement la stratégie utilisée par la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) pour améliorer la qualité des contenus des médias et lutter contre la désinformation. À travers le projet sur « Le traitement de l’information par les radios privées non commerciales en période électorale », l’institution veut aider les acteurs des médias à produire des contenus équilibrés tout en garantissant un accès gratuit aux médias publics pour les partis politiques. En s’associant à des structures comme la Commission Electorale Indépendante (CEI) et l’entreprise Meta (Facebook, Instagram et WhatsApp), la HACA veut encourager une meilleure modération des réseaux sociaux, une bonne régulation des médias et accompagner un journalisme responsable en période électorale qui évite le piège de la désinformation.

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DÉCRYPTAGE : comprendre le taux de chômage polémique de 2,3 % en Côte d’Ivoire

Dans une émission diffusée le 17 août 2025, le PDCI, un des principaux partis politiques ivoiriens, remet en cause le taux officiel de chômage en Côte d’Ivoire jugé peu crédible face à la réalité du terrain. Cet article étudie en détail la méthodologie de cette statistique controversée.

Azil Momar Lô, Africa Check


Le 17 août 2025, le PDCI-RDA (Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain) a partagé sur ses réseaux sociaux l’émission Autrement politique, diffusée sur sa chaîne YouTube PDCI TV.

Dans cette émission, Dr Osman Chérif, le secrétaire national aux affaires extérieures de la jeunesse urbaine du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (JPDCI), a exprimé des doutes sur le taux de chômage annoncé à « 2,6 % en Côte d’Ivoire ». Il a remis en question la méthode utilisée pour calculer ce chiffre, estimant qu’elle ne respecte pas les normes de l’Organisation internationale du travail (OIT), et a jugé ce taux trop bas au regard du chômage croissant dans le pays.

Dans ladite vidéo, également relayée sur X par Tidjane Thiam le président du PDCI-RDA, plusieurs cadres de cette formation politique s’expriment sur la vie politique en Côte d’Ivoire et les enjeux de la présidentielle du 25 octobre 2025.

Ce débat offre à la Coalition Anti Dohi l’occasion d’analyser en profondeur le taux de chômage en Côte d’Ivoire. Cet article examine sa méthodologie, les normes statistiques en jeu, les recommandations de l’OIT, et propose des comparaisons avec d’autres pays africains.

Quelle est la définition du chômage en Côte d’Ivoire?

Dans un courrier électronique adressé à la Coalition Anti Dohi, l’Agence nationale de la statistique (ANStat) de Côte d’Ivoire a indiqué que la méthodologie nationale ivoirienne est alignée sur les normes internationales du Bureau International du Travail (BIT), telles qu’adoptées lors des 19e et 21e Conférences Internationales des Statisticiens du Travail (CIST). Le BIT assure le secrétariat de l’Organisation internationale du travail (OIT).

D’après l’ANStat, « en Côte d’Ivoire, une personne est considérée comme étant au chômage si elle remplit simultanément les conditions suivantes relatives à :
– l’âge (avoir au moins 16 ans, conformément au Code du travail du 20 juillet 2015, qui fixe l’âge légal d’admission au travail);
– l’absence d’emploi (ne pas avoir travaillé contre rémunération ou gain au cours des 7 jours précédant l’enquête);
– la recherche active (avoir entrepris des démarches de recherche d’emploi);
et la disponibilité (être disponible pour occuper un emploi dans les 15 jours qui suivent l’enquête si une opportunité se présentait) ».

Ces explications de l’ANStat sont confirmées par le BIT qui souligne, par ailleurs, qu’il s’agit de la définition internationale stricte, et la Côte d’Ivoire applique les normes les plus récentes, qui sont également utilisées par son office national de statistique.

En résumé, la Côte d’Ivoire et le BIT appliquent une définition stricte internationale du chômage qui met l’accent sur des critères tels que l’absence d’emploi et la recherche active d’emploi par le chômeur, entre autres. Cette définition obéit aux normes les plus récentes adoptées par le BIT.

À l’instar de la Côte d’Ivoire, d’autres pays ouest africains tels que le Mali et le Niger, mettent aussi en pratique cette définition du chômage selon les normes de l’OIT.

D’autres pays africains comme le Sénégal, bien que s’alignant sur ces normes, indiquent que « cette définition standard du chômage, qui met l’accent sur le critère de recherche de travail pourrait s’avérer restrictive dans des pays où les moyens conventionnels de recherche de travail sont peu appropriés et le marché du travail largement inorganisé ». En effet, au Sénégal, le taux de chômage (élargi) est appliqué à une composante de la main-d’œuvre potentielle. Ainsi, « les personnes sans emploi, qui sont disponibles, mais ne recherchent pas un emploi pour certaines raisons jugées indépendantes de leur volonté sont comptées parmi les chômeurs », expliquait l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) du Sénégal dans un article d’Africa Check daté de 2021.

En Afrique du Sud, la méthodologie de calcul du taux de chômage prend en compte les personnes découragées dans la recherche d’un emploi.

Le taux de chômage en Côte d’Ivoire dans le détail

En Côte d’Ivoire, l’Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages (EHCVM 2021-2022), dont la collecte des données s’est réalisée de novembre 2021 à juillet 2022, est l’étude la plus récente selon l’ANStat. L’Enquête Nationale sur l’Emploi (ENE), démarrée en 2024 dans le cadre de la Réforme du dispositif de production, d’analyse et de diffusion des statistiques sur l’emploi étaient toujours en cours et ses premiers résultats officiels n’avaient pas encore été publiés au moment de la mise en ligne de cet article, d’après les informations reçues de l’ANStat.

L’EHCVM 2021-2022 rapporte ainsi des taux de chômage de 3,1% en 2019 contre 3,4 % en 2018. La taille de l’échantillon a été fixée à 13 008 ménages, légèrement supérieure à celle de l’ENV 2015 qui était de 12 900 ménages, lit-on dans l’étude.

Si au niveau national ivoirien les derniers chiffres sont ceux de l’EHCVM 2021-2022, les chiffres plus récents provenant d’ILOSTAT, la base de données du BIT sur le travail, rapportent des taux plus bas : 2,6 % en 2021 et 2,3 % en 2022.

La statistique de 2,6 % en 2021 correspond à celle mentionnée par le cadre du PDCI Dr Osman Chérif se référait. Contacté par la Coalition Anti Dohi à propos de la source de ce chiffre qu’il a mentionnée, Osman Chérif a suggéré de vérifier sur les pages officielles du gouvernement.
Nous n’avons pas retrouvé un taux de chômage de 2,6 % émanant directement du gouvernement ivoirien. Mais, en plus des données du BIT mentionnées plus haut, un document d’UMOA-Titres indique également un taux de chômage de 2,6 % en 2015, 2016 et 2017.

Pour les années précédentes, ILOSTAT rapporte des taux de chômage de 2,9 % en 2019 et 3,2 % en 2017.

L’ANStat, qui confirme ces chiffres tirés de la base de données du BIT, explique que le taux de chômage publié par ILOSTAT pour l’année 2022 (2,3 %) « repose sur les microdonnées produites par l’ANStat à partir de l’Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages (EHCVM 2021-2022) ». L’agence statistique ivoirienne juge les statistiques du BIT correctes et comparables aux siennes, mais renseigne qu’« à des fins d’harmonisation internationale, le BIT utilise comme population de référence les 15 ans et plus, tandis que la Côte d’Ivoire retient les 16 ans et plus, conformément à son cadre légal ».

Que renseigne un taux de chômage si bas et comment l’interpréter ?

Selon les normes internationales définies par le BIT, le taux de chômage est la part des personnes au chômage en pourcentage de la main-d’œuvre. En détail, cela signifie que les chômeurs comprennent toutes les personnes en âge de travailler qui étaient sans travail au cours de la période de référence ( c’est-à-dire qui n’avaient pas d’emploi salarié ou indépendant), qui sont actuellement disponibles pour travailler et qui sont à la recherche d’un emploi. Cette définition est donc celle du « taux chômage au sens strict du BIT ». Elle est notamment appliquée par la Côte d’Ivoire ainsi que par le Mali et le Niger.

Par contre, en plus du taux de taux de chômage strict, d’autres pays africains à l’image du Sénégal et l’Afrique du Sud, ont également introduit le concept de « taux de chômage au sens élargi », un indicateur produit en même temps que le taux de chômage strict pour capter une meilleure réalité du marché de l’emploi. En effet, les pays qui ont adopté le taux de chômage élargi trouvent que le critère de « recherche de travail » qui caractérise le taux de chômage strict est considéré comme restrictif dans des pays africains où les moyens conventionnels de recherche de travail sont peu appropriés et le marché du travail largement inorganisé. Au Sénégal, par exemple, le taux de chômage (élargi) est appliqué à une composante de la main-d’œuvre potentielle. Les personnes sans emploi, qui sont disponibles, mais ne recherchent pas un emploi pour certaines raisons jugées indépendantes de leur volonté sont comptées parmi les chômeurs. En Afrique du Sud, les chômeurs découragés dans la recherche d’un emploi sont également comptabilisés parmi les chômeurs, dans le but de mesurer la population sans emploi dans une plus grande représentativité.

Nos recherches de données portant sur le taux de chômage élargi en Côte d’Ivoire ont été infructueuses. L’essentiel des études et rapports disponibles sur internet ne mentionnent que des données relatives au taux de chômage au sens strict (du BIT). Nous avons également interrogé l’ANStat à ce propos, sans réponse.


Nous avons remarqué qu’il y a plus de 10 ans, en 2014, le gouvernement ivoirien a communiqué à la fois sur le taux de chômage au sens du BIT et le taux de chômage au sens large. En effet, à travers un communiqué du conseil des ministres du 17 décembre 2014, le gouvernement expliquait que le taux de chômage au sens du BIT, qui ressortait à 5,3 %, n’appréhendait pas pleinement la réalité du chômage, et que des mesures encore plus efficaces étaient nécessaires.

Pour ce faire, le gouvernement avait annoncé qu’une étude (L’enquête nationale sur la situation de l’emploi initiée par le Gouvernement en 2012) serait introduite « pour permettre au gouvernement d’élaborer et de mettre en œuvre une stratégie efficace en matière d’emploi, (…) à la lumière de certaines réalités sociologiques de notre pays ». Ainsi, ce taux de chômage de 5,3 % en 2014 selon les standards internationaux « ressortirait à 9,4 % après l’extension de la définition internationale aux chômeurs qui ne sont pas en recherche active d’un emploi, et à 26,5 % après la prise en compte de cette dernière catégorie et des travailleurs en situation de sous-emploi », explique le communiqué.

Mais, aujourd’hui, selon nos constats, seul le taux de chômage au sens strict basé sur les standards internationaux est communiqué.

À l’image de la Côte d’Ivoire, le taux de chômage élargi n’est pas usité au Mali, comme le démontre une analyse du média malien La Voix de Mopti sur le taux de chômage (2,4% en 2024). En effet, comme la Côte d’Ivoire, le Mali adopte une définition standard du chômage aux normes du BIT, laissant de côté plusieurs catégories : les travailleurs découragés qui ne cherchent plus d’emploi, les personnes sous-employées ou en situation de précarité, celles engagées dans l’informel sans réelle sécurité ni revenu stable, souligne La Voix de Mopti.

En revanche, pour le cas du Sénégal, l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) évalue le taux de chômage (élargi) à 21,9 % au quatrième trimestre de 2022, alors que le taux de chômage au sens strict du BIT est ressorti à 3,9 % à la même période. Pour l’année 2023, le taux de chômage (élargi) est évalué à 22,3 % tandis que le taux de chômage au sens strict du BIT est ressorti à 5 % à la même période. Au quatrième trimestre de l’année 2024, le taux de chômage (élargi) est estimé à 20 % tandis qu’ au sens strict du BIT, il est ressorti à un taux de 5,6 %. Pour le deuxième trimestre de l’année 2025, le taux de chômage (élargi) a atteint 19 %. Au sens strict du BIT, le chômage est ressorti à 3,2 % sous revue.

Pour l’Afrique du Sud également, dont la méthodologie de calcul du taux de chômage prend en compte les personnes découragées dans la recherche d’un emploi, le taux de chômage a atteint 33,2 % au deuxième trimestre de 2025.

Interpréter le taux de chômage avec prudence dans le contexte ivoirien et africain

Au sujet de l’interprétation du taux de chômage en Côte d’Ivoire, le BIT a expliqué à la Coalition Anti Dohi que la donnée de 2,3 % (taux de chômage de 2022) doit être interprétée avec prudence dans le contexte ivoirien et africain plus largement. « Il est important de souligner que les taux de chômage dans les pays à faible et moyen revenu semblent souvent faibles parce que de nombreuses personnes n’ont pas les moyens de rester au chômage (au sens strict du terme). Elles acceptent donc n’importe quel emploi disponible, souvent informel et peu rémunéré. C’est pourquoi la Côte d’Ivoire affiche un taux de chômage de 2,3 %, alors que les défis plus larges du marché du travail, tels que le niveau élevé d’informalité et la pauvreté au travail, restent importants ».

Le BIT souligne également que les pourcentages plus élevés parfois cités dans les médias, que ce soit pour la Côte d’Ivoire ou pour les autres pays africains, « reflètent généralement soit des définitions différentes du chômage, soit des mesures plus larges du chômage et du sous-emploi ».

Ainsi, pour avoir une image plus complète de la situation, « des indicateurs tels que l’informalité, la pauvreté au travail et le sous-emploi sont souvent plus révélateurs dans le contexte ouest-africain. Par exemple, la Côte d’Ivoire et ses voisins ont tous des taux d’emploi informel très élevés, ce qui illustre mieux les défis de l’emploi dans la région », note le BIT.

Une guerre communicationnelle autour du taux de chômage

Germain Kramo est Docteur en économie et enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan.

Selon lui, l’utilisation de l’indicateur du taux de chômage en Côte d’Ivoire « dépend de celui qui utilise la donnée ». Pour lui, il peut arriver que les personnes ou entités qui parlent de l’indicateur choisissent volontairement de se référer soit au taux de chômage au sens strict, soit au taux de chômage au sens large.

Note de la Coalition : Comme précisé plus haut, nos recherches n’ont trouvé aucun résultat sur le taux de chômage élargi en Côte d’Ivoire. Nos questions adressées à Dr Kramo dans ce sens n’ont pas reçu de réponse non plus. Cet article sera mis à jour si nous trouvons des éléments de réponse dans ce sens.

« Quand c’est le gouvernement, explique Dr Kramo, il communique plus avec le taux de chômage au sens strict. Quand l’opposition veut communiquer, elle préfère utiliser le taux de chômage au sens large pour montrer que le gouvernement n’a pas fait grand-chose en matière d’emploi ». Le taux de chômage faible relayé par les médias, poursuit-il, n’est autre que la communication officielle parce que le gouvernement préfère communiquer avec le taux de chômage au sens strict. « Cela lui permet d’avoir des arguments pour montrer ce qu’il a fait dans le domaine de la lutte contre le chômage ».

Dr Kramo estime que les deux taux de chômage (taux de chômage au sens strict et taux de chômage au sens large) sont valables. « Tout dépend de l’explication qu’on veut donner. La méthodologie du taux de chômage au sens strict n’est pas la méthodologie du gouvernement ivoirien mais plutôt celle du BIT. Le gouvernement ne fait donc que s’appuyer sur le taux de chômage au sens strict ». Mais, étant donné que l’Afrique est composée « d’économies où l’informalité est très élevée, si l’on reconnaît que plus de 90% des emplois sont informels (NDLR, la Côte d’Ivoire a enregistré des taux d’emploi informels de 93,6 % en 2016, 91,9 % en 2017 et 89,2 % en 2019), raisonner au sens strict devient plus ou moins problématique ».

Il est nécessaire, selon lui, de tenir compte des vulnérabilités de l’emploi pour étudier la question du chômage dans sa globalité.


Cet article a été réalisé par Africa Check membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

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Article Fact-checking Politique & Gouvernance

La carte d’identité pour mineur est-elle synonyme de droit de vote en Côte d’Ivoire ?

Une vidéo virale montre des enfants exhibant leur carte nationale d’identité ivoirienne, suscitant des spéculations sur leur éventuelle participation à la présidentielle d’octobre 2025. Or, en Côte d’Ivoire, le droit de vote n’est accordé qu’à partir de 18 ans, et posséder une CNI ne suffit pas pour voter. Décryptage
Martine Zogbé & Traoré Bakary, Eburnie Today

La vidéo, qui circule sur TikTok et Facebook, est longue d’une quinzaine de secondes. Sur les images, on peut voir trois enfants tenir une carte nationale d’identité ivoirienne. La personne qui s’exprime dans la vidéo se présente comme la sœur aînée des trois enfants visibles dans la vidéo. Toute joyeuse, elle affirme en dioula (ethnie parlée en Côte d’Ivoire) que ses petits frères et sa petite sœur ont pu avoir leurs cartes nationales d’identité ivoirienne (CNI).
Un internaute qui partage la vidéo sur TikTok s’étonne que des enfants (mineurs) puissent avoir une CNI. Dans une publication Facebook reprenant la même vidéo, l’auteur du post a inscrit deux phrases sur les images de la vidéo : « vous dites quoi de ça des mineurs on une pièce d’identité CNI (sic) » puis « c’es pour cette raison que MR kubier refuse de faire la RLE (sic) ».

La RLE ou Révision de la liste électorale est une opération visant à réaliser le toilettage de la liste électorale en Côte d’Ivoire. Les partis de l’opposition ivoirienne avaient demandé une révision de la liste avant l’élection présidentielle d’octobre 2025. Le président de la Commission électorale indépendante (CEI) de Côte d’Ivoire, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, a indiqué qu’une telle opération était impossible.


« Vous constaterez aisément avec moi qu’une opération de révision, mise à jour, comporte en moyenne 6 à 7 mois d’opération. Vous comprenez donc l’impossibilité de conduire une autre opération de révision de la liste électorale au risque de compromettre la tenue de l’élection du président de la République à la date constitutionnelle », avait indiqué Coulibaly-Kuibiert, le 2 juin 2025, lors d’une conférence de presse.


Selon l’internaute qui a partagé la vidéo sur Facebook, le refus d’organiser la révision de la liste électorale est une manœuvre du président de la CEI pour camoufler des anomalies comme la présence d’enfants (mineurs) sur la liste électorale. D’ailleurs dans les nombreux commentaires laissés par des internautes, plusieurs soutiennent que ces mineurs détenteurs de la CNI iront voter lors de la prochaine présidentielle.

Pour d’autres, il est impossible pour des mineurs d’avoir une carte nationale d’identité ivoirienne (CNI). Ces derniers estiment que la carte que les enfants ont présenté dans la vidéo est une carte CMU (Couverture maladie universelle).
Afin de déterminer si le document présenté dans la vidéo est bien une carte nationale d’identité (CNI) et non une carte CMU (Couverture maladie universelle), nous réalisons une comparaison des deux documents.
La couleur de la CNI ivoirienne est d’un vert pâle avec aux centre un dégradé orange. La carte porte le drapeau de la Côte d’Ivoire dans le coin supérieur droit. A l’opposé, la carte CMU est d’un vert et d’un orange plus foncé. Le logo de la CNAM est utilisé comme un motif distinctif sur toute la carte ; tantôt visible en orange tantôt en vert. Contrairement à la CNI, la carte CMU porte les armoiries de la Côte d’Ivoire dans le coin supérieur gauche et le drapeau dans le coin supérieur droit. La carte visible dans la vidéo est bien une CNI ivoirienne.

La carte CMU (en haut) et la CNI ivoirienne (en bas)


En Côte d’Ivoire, un mineur peut disposer d’une carte nationale d’identité


Contrairement aux idées reçues, la Côte d’Ivoire fait partie des pays africains qui autorisent les mineurs à posséder une carte nationale d’identité (CNI). Cela est possible depuis l’adoption de la loi n°2019-566 du 26 juin 2019 instituant une carte nationale d’identité biométrique. « La carte nationale d’identité biométrique est obligatoire pour tout ivoirien âgé d’au moins seize ans. Elle peut être délivrée aux citoyens ivoiriens figés d’au moins cinq ans », indique le texte de loi en son article 3. L’Office National de l’Etat Civil et de l’Identification de Côte d’Ivoire (ONECI) mène des campagnes d’information pour le rappeler aux parents souhaitant faire établir une CNI à leurs enfants.


« Aujourd’hui, nous avons fait en sorte qu’à partir de 5 ans, on puisse bénéficier d’une carte nationale d’identité, parce qu’à cet âge, la biométrie de l’individu n’évolue plus. La carte d’identité, qu’il s’agisse de la carte de résident ou de la carte nationale d’identité, intègre des composants électroniques qui facilitent la numérisation de l’identité et l’accès aux services digitaux », a précisé Christian Kodia Ago, directeur général de l’ONECI dans une interview.


La CNI ne confère pas le droit de vote


Cependant, la CNI pour les mineurs ne leur donne pas le droit de vote. En Côte d’Ivoire, les conditions pour être électeur sont clairement définies par la loi et affirmées dans le code électoral. L’électeur doit être de nationalité ivoirienne, être majeur (l’âge minimum pour voter est de 18 ans), jouir de ses droits civils et politiques et être inscrit sur la liste électorale.


« Sont électeurs les Ivoiriens des deux sexes et les personnes ayant acquis la nationalité ivoirienne soit par naturalisation soit par mariage, âgés de dix-huit ans accomplis, inscrits sur une liste électorale, jouissant de leurs droits civils et politiques et ne se trouvant dans aucun des cas d’incapacité prévus par la loi. Les personnes visées à l’alinéa précédent, vivant à l’étranger et immatriculées dans une représentation diplomatique ou consulaire, peuvent prendre part à l’élection du Président de la République selon les modalités fixées par décret en Conseil des ministres, sur proposition de la Commission chargée des élections », d’après l’article 3 du code électoral.


Les mineurs ne peuvent donc pas être inscrits sur la liste des électeurs même s’ils possèdent la carte nationale d’identité (CNI). Les majeurs ayant une carte nationale d’identité n’ont pas également de facto le droit d’accéder à un bureau de vote. Seuls les Ivoiriens inscrits sur la liste électorale peuvent voter sur présentation de la carte d’électeur. Les cartes d’électeur sont délivrées « à tout électeur inscrit sur la liste électorale » (article 14 du code) et « sont délivrées aux intéressés sur présentation d’une pièce d’identité » (article 15 du code).


La Carte nationale d’Identité ivoirienne est un document biométrique d’identification officiel que tout ivoirien peut posséder dès l’âge d’au moins 5 ans. Ce document administratif officiel ne garantit pas le droit de vote à son détenteur. En Côte d’Ivoire seuls les Ivoiriens âgés de dix-huit ans accomplis et inscrits sur la liste électorale peuvent voter s’ils sont inscrits sur la liste électorale.


Notons que la Commission électorale indépendante a publié la liste électorale définitive le 2 juin 2025. Elle compte plus de 8,7 millions d’inscrits soit 715 000 électeurs en plus par rapport à 2023 (année de la dernière révision). La révision de la liste électorale était l’une des principales revendications de l’opposition. Les principaux partis de l’opposition comme le PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) et le PPACI (Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire), ont indiqué qu’il y a avait des irrégularités sur la liste électorale comme la présence de mineurs, de votants aux parents inconnus, de mères ayant plus d’une trentaine d’enfants ou encore un nombre élevé de centenaires (1, 2, 3).

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Déguerpissements à Abidjan : Quand le manque d’accès à l’information et l’absence de données ouvertes fragilisent les droits des citoyens

Enquête sur les déguerpissements et le droit à l’information en Côte d’Ivoire

Par Kaberu Tairu

Avec la participation de CFI, Agence française de développement médias, dans le cadre du Projet PAGOF 2

Un matin de janvier 2024, Fatoumata, commerçante installée depuis plus de vingt ans à Gesco, se réveille au bruit des bulldozers. En quelques heures, sa maison et son petit kiosque disparaissent sous les gravats. « On ne nous a rien dit, aucun avis écrit, aucun délai. On nous a simplement dit de partir. » Son histoire n’est pas isolée : des milliers de familles ont vécu le même cauchemar.

Pourtant, la Côte d’Ivoire dispose depuis 2013 d’une loi sur l’accès à l’information publique, qui garantit à tout citoyen le droit d’obtenir des informations détenues par l’État. Cette loi aurait dû permettre à Fatoumata et à tant d’autres de savoir, d’anticiper, de préparer une solution. Mais entre le texte et la réalité, le fossé est immense.

Déguerpissements 2024 : faits marquants

Selon les autorités, ces opérations visent à lutter contre l’occupation anarchique et à protéger l’environnement. Mais aucun chiffre officiel consolidé n’a été publié : ni sur le nombre de ménages touchés, ni sur les indemnisations prévues. Les estimations des ONG parlent de plus de 20 000 personnes déplacées en 6 mois.

L’ampleur du déplacement humain par zone selon le rapport du CNDH)

Un déficit d’information dramatique

Les déguerpissements de 2024 illustrent un déficit d’information structurel :

  • Absence de consultation publique avant les opérations.

  • Arrêtés administratifs introuvables, parfois même pour les journalistes et juristes.

  • Opacité des chiffres : aucun rapport officiel rendu public.

Des vies bouleversées

Parmi les victimes, un père de famille, qui préfère rester anonyme, a vu s’effondrer plus qu’un bâtiment :

J’avais économisé pendant dix ans pour construire ma maison. J’ai investi plus de 40 millions de francs CFA dans ce projet. J’avais tous les documents prouvant la légalité de mon terrain. Pourtant, ce jour-là, j’ai vu ma maison s’effondrer sans qu’on me donne la moindre explication.

Son témoignage résume l’un des drames silencieux des déguerpissements à Abidjan : l’effacement de la dignité humaine par le vide informationnel. Sans accès aux cartes des zones concernées, sans préavis officiel, sans voie de recours immédiate, les habitants se retrouvent exclus des processus de décision — et ce, même lorsqu’ils sont en situation régulière.

Le choc a été tel qu’il s’est retrouvé, avec sa famille, sans abri du jour au lendemain. Pendant plusieurs mois, ils ont dû se réfugier sous un pont, vivant dans des conditions précaires. Sa voix tremble lorsqu’il évoque ses enfants, contraints de quitter l’école faute de moyens.

Ce père de famille n’est pas un cas isolé : des dizaines de riverains dans la même situation ont brandi des titres fonciers, autorisations administratives, quittances de paiement… en vain. Le silence institutionnel s’est abattu plus violemment que les machines.

Un coup dur pour l’éducation et l’avenir des jeunes

L’une des victimes majeures de ce déguerpissement est le Groupe Scolaire Cha Hélène, un établissement reconnu par l’État et fréquenté par environ 800 élèves. La démolition de cette école met en péril l’éducation de ces enfants et adolescents, qui se sont retrouver sans solution immédiate pour poursuivre leur scolarité.

Ces récits montrent que le manque d’information n’est pas qu’un problème technique : il transforme un processus administratif en drame humain.

Un système d’accès à l’information en décalage

La Commission d’Accès à l’Information d’Intérêt Public (CAIDP) a pour mission de veiller à l’application de la loi de 2013. Mais dans les faits :

  • Les demandes d’information restent longues et opaques.

  • Les données existantes (arrêtés, plans urbains, statistiques) ne sont pas publiées spontanément.

  • Le portail data.gouv.ci, censé incarner l’Open Data, reste pauvre en informations utiles pour les citoyens

    Une forte progression des demandes traitées par les organismes publics de 2018 à 2022, mais des délais encore inégalement respectés

Pourquoi l’Open Data pourrait changer la donne

Le portail ivoirien data.gouv.ci présente plusieurs atouts notables, notamment une diversité thématique couvrant l’éducation, les infrastructures, la consommation ou encore le programme social du gouvernement (PSGouv), des visualisations dynamiques telles que des cartes, des séries temporelles ou des tableaux interactifs qui facilitent la compréhension des données par le public, ainsi qu’un cadre institutionnel solide, avec un pilotage assuré par le CICG, soutenu par la CAIDP, le ministère de l’Économie numérique et l’OGP-CI.

Une forte présence des données économiques et éducatives, mais quasi-absence d’informations sur l’urbanisme et l’environnement

L’Open Data n’est pas qu’un concept technique : c’est un outil concret pour éviter les drames.

  • Si les arrêtés de déguerpissement étaient publiés en ligne, chaque citoyen pourrait savoir à l’avance s’il est concerné.

  • Une cartographie en ligne des zones planifiées permettrait aux habitants d’anticiper.

  • Dans d’autres pays, l’Open Data a permis d’améliorer la concertation : au Kenya, les données sur l’urbanisme sont accessibles pour suivre l’aménagement des villes.

Recommandations

  1. Transparence systématique : publication en ligne de tous les arrêtés de déguerpissement.

  2. Cartographie interactive : zones concernées disponibles en Open Data.

  3. Concertation citoyenne obligatoire avant toute opération.

  4. Indemnisation équitable : barème public et suivi des paiements.

  5. Renforcement de la CAIDP pour en faire un acteur réellement indépendant.

Face aux critiques, le gouvernement a annoncé une suspension temporaire des déguerpissements en 2025. Cette pause ne doit pas être un simple répit avant la reprise, mais une opportunité pour repenser le système.

L’histoire de Fatoumata et des milliers de familles expulsées nous rappelle que sans accès à l’information, il ne peut y avoir ni justice sociale, ni gouvernance crédible. La Côte d’Ivoire a aujourd’hui l’occasion de transformer l’opacité en transparence, et la brutalité en concertation.

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Article Fact-checking

PARTIELLEMENT FAUX : Cette image ne montre pas de gendarmes ivoiriens arrêtés à la frontière du Burkina Faso en 2025

La photo a été prise en 2023 et montre six gendarmes ivoiriens radiés de l’armée pour leur implication dans la consommation de drogues.

Ce post TikTok prétendant montrer les cinq gendarmes ivoiriens arrêtés par des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) burkinabè est PARTIELLEMENT FAUX.

Press enter or click to view image in full size

La publication, datée du 2 août 2025, montre une image d’individus en uniforme et l’écriture suivante se lit sur la photo : « 05 gendarmes ivoiriens dans le sac. 05 Gendarmes ivoiriens ont été arrêtés par 2 Volontaires de la défense de la patrie (VDP) du Burkina Faso. La patrie ou la mort nous vaincrons ».

Un autre post ici reprend la même affirmation, reliant l’arrestation au décès de l’influenceur burkinabè Alino Faso en Côte d’Ivoire. Le post dit : « Cinq gendarmes ivoiriens ont été arrêtés sur le territoire burkinabè. Maintenant, nous pouvons discuter de l’assassinat de notre frère Alino Fasso ».

PesaCheck a examiné la publication et l’a trouvée partiellement fausse.

Une recherche d’images inversée via Yandex a révélé que cette photo a été prise en Côte d’Ivoire en 2023. Il s’agit de six nouveaux maréchaux de logis (MDL) de l’escadron de Duekoué à l’ouest de la Côte d’Ivoire qui ont été radiés le 23 septembre 2023 pour leur implication dans la consommation de drogues.

Le média ivoirien Linfodrome rapporte ici la cérémonie de radiation où plusieurs images montrent ces soldats radiés en train d’enlever leurs tenues.

Capture de la photo des policiers renvoyés en train d’enlever leur uniforme. Source : Linfodrome

Une autre recherche Google avec les mots-clés « 5 gendarmes ivoiriens arrêtés à la frontière avec le Burkina » a révélé que le 21 juin 2025, des gendarmes ont bien été interpellés à la frontière ivoiro-burkinabè, sur un site d’orpaillage, par des VDP.

Cependant, ces gendarmes ont été libérés huit jours plus tard et sont rentrés en Côte d’Ivoire le 29 juin 2025, bien avant l’annonce du décès d’Alain Christophe Traoré alias Alino Faso, survenu le 24 juillet 2025.

PesaCheck a examiné une publication TikTok prétendant montrer cinq gendarmes ivoiriens arrêtés par des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) burkinabè et l’a trouvée PARTIELLEMENT FAUSSE.

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Cette publication fait partie d’une série continue de vérifications des faits par PesaCheck, examinant du contenu marqué comme une désinformation potentielle sur Facebook et d’autres plateformes de médias sociaux.

En établissant un partenariat avec Facebook et des plateformes de médias sociaux similaires, les organisations tierces de vérification des faits comme PesaCheck aident à faire le tri entre les faits et la fiction. Nous faisons ceci en donnant au public, un aperçu plus profond et un contexte aux publications qu’il voit dans ses flux de médias sociaux.

Avez-vous repéré ce que vous pensez être une fausse information sur Facebook ? Voici comment vous pouvez le signaler. Et voici plus d’informations sur la méthodologie de PesaCheck pour vérifier les contenus douteux.

Cette vérification de faits a été rédigée par le fact-checker Mardochée Boli et éditée par Josaphat Finogbé, éditeur d’articles à PesaCheck. Cet article a été approuvé pour publication par la rédactrice en chef à PesaCheck, Doreen Wainainah.

PesaCheck est la première initiative de vérification des faits des finances publiques en Afrique. Il a été cofondé par Catherine Gicheru et Justin Arenstein et est incubé par le plus grand accélérateur de technologies civiques et de journalisme de données du continent: Code for Africa. Il vise à aider le public à séparer la réalité de la fiction dans les déclarations publiques sur les chiffres qui façonnent notre monde, avec un accent particulier sur les déclarations sur les finances publiques qui façonnent la prestation par le gouvernement des services publics liés aux objectifs de développement durable (ODD), tels que les soins de santé, le développement rural et l’accès à l’eau / à l’assainissement. PesaCheck teste également l’exactitude des reportages médiatiques. Pour en savoir plus sur le projet, visitez pesacheck.org.

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FAUX : Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam ne sont pas éligibles à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire

Les candidatures des deux personnalités ont été rejetées par le Conseil constitutionnel ivoirien.

Ce post TikTok affirmant que les hommes politiques Laurent Gbagbo et Thiam Tidjane ont été « définitivement déclarés éligibles » à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire est FAUX.

Cette déclaration intervient alors que la Côte d’Ivoire se prépare pour les élections présidentielles du 25 octobre 2025

Le post qui date du 8 septembre 2025 affirme : « Urgence :Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo sont déclarés définitivement éligibles aux élections présidentielles ». L’auteur a ajouté à cette déclaration, les photos de Tidjane Thiam , bras levés et poingt fermé et de Laurent Gbagbo .

Le post ne précise pas qui a déclaré les deux candidats éligibles à l’élection présidentielle. Cependant, elle contient une vidéo montrant des membres du Conseil constitutionnel annonçant les candidats éligibles aux prochaines élections.

Au-dessus des images des deux hommes politiques, il y a une vidéo de 5 minutes et 37 secondes montrant des hommes et des femmes en ensemble s’exprimant devant une assemblée.

PesaCheck a examiné ce post et l’a trouvé faux.

Une recherche d’images inversée avec Yandex à partir d’une capture de la vidéo du post a retrouvé la vidéo originale postée le 8 septembre 2025 avec cet intitulé : « Conseil Constitutionnel : présidentielle 2025 — liste définitive ».

La vidéo montre Chantal Nanaba Camara , présidente du Conseil constitutionnel de la Côte d’Ivoire, qui donne les raisons pour lesquelles les candidatures de Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam sont rejetées car dit elle : « Tout candidat à l’élection présidentielle pour avoir la qualité d’électeur, doit être régulièrement inscrit, et n’étant pas inscrit, la candidature de Monsieur Laurent Gbagbo est déclarée irrécevable : en cause ; son absence sur la liste électorale et le défaut de parrainages requis. La candidature de Monsieur Thiam Tidjane est rejetée pour absence sur la liste électorale ».

PesaCheck a effectué une recherche Google des mots-clés « liste des candidats retenus aux élections présidentielles 2025 en Côte d’Ivoire » et a retrouvé la liste divulguée par le Conseil constitutionnel .

La même recherche a trouvé des articles comme celui-ci, qui informent de l’absence de Laurent Gbagbo (PPA_CI) et Tidjane Thiam (PDCI-RDA), considérés comme les principaux concurrents d’Alassane Ouattara (RHDP).

La rumeur intervient au moment où la Côte d’Ivoire est en pleine organisation de l’élection présidentielle qui aura lieu le 25 octobre 2025.

PesaCheck a vérifié un post TikTok prétendant que Laurent Gbagbo et Thiam Tidjane sont déclarés définitivement éligibles à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire et l’a trouvé FAUX.

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Cette publication fait partie d’une série continue de vérifications des faits par PesaCheck, examinant du contenu marqué comme une désinformation potentielle sur Facebook et d’autres plateformes de médias sociaux.

En établissant un partenariat avec Facebook et des plateformes de médias sociaux similaires, les organisations tierces de vérification des faits comme PesaCheck aident à faire le tri entre les faits et la fiction. Nous faisons ceci en donnant au public, un aperçu plus profond et un contexte aux publications qu’il voit dans ses flux de médias sociaux.

Avez-vous repéré ce que vous pensez être une fausse information sur Facebook ? Voici comment vous pouvez le signaler. Et voici plus d’informations sur la méthodologie de PesaCheck pour vérifier les contenus douteux.

Cette vérification de faits a été rédigée par le vérificateur des faits Stéphane Eyock et éditée par Josaphat Finogbé, éditeur d’articles à PesaCheck. La publication de cet article a été approuvée par le rédacteur en chef de PesaCheck, Stephen Ndegwa.

PesaCheck est la première initiative de vérification des faits des finances publiques en Afrique. Il a été cofondé par Catherine Gicheru et Justin Arenstein et est incubé par le plus grand accélérateur de technologies civiques et de journalisme de données du continent: Code for Africa. Il vise à aider le public à séparer la réalité de la fiction dans les déclarations publiques sur les chiffres qui façonnent notre monde, avec un accent particulier sur les déclarations sur les finances publiques qui façonnent la prestation par le gouvernement des services publics liés aux objectifs de développement durable (ODD), tels que les soins de santé, le développement rural et l’accès à l’eau / à l’assainissement. PesaCheck teste également l’exactitude des reportages médiatiques. Pour en savoir plus sur le projet, visitez pesacheck.org.

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Article Fact-checking

MANIPULÉ : Ce discours du Président français, Emmanuel Macron, sur la Côte d’Ivoire est un montage

La vidéo originale est celle du discours d’Emmanuel Macron en 2023 sur la réforme des retraites en France.

Cette vidéo TikTok prétendant montrer le président français Emmanuel Macron parlant de son homologue ivoirien Alassane Ouattara est MANIPULÉE.


Le post publié le 10 août 2025 annonce : « Emmanuel Macron parle de Alassane Ouattara (sic) ».

Il contient une vidéo d’1 minute et 27 secondes, montrant le Président Emmanuel Macron qui dit notamment ceci : « Les ivoiriens n’auront jamais la paix en Côte d’Ivoire tant que je serai Président de la France. Alassane Ouattara va toujours gouverner selon mes aspirations et mes intérêts. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est devenue comme une province de la France. Ce que je veux, c’est ce qu’on fait. Peuple ivoirien, faites très attention avec moi parce que même si je demande à Alassane Ouattara de vous éliminer tous, il le fera. Un salut de bon entendeur ».

L’on entend la voix d’un autre individu, qui fait cette déclaration : « Alors Emmanuel Macron, d’après toi, tu penses que la Côte d’Ivoire t’appartient n’est-ce pas ? La Côte d’Ivoire fait partie de l’Afrique. Tu apprends à te faire et nous devons écouter, nous les Africains parce qu’on va vous faire ça dur. Très mal d’ailleurs. Regardez un peu comment nos frères souffrent en occident (…) ».

PesaCheck a examiné la vidéo et l’a trouvée que manipulée.

Une recherche d’images inversée avec Yandex renvoie à cette vidéo publiée le 17 avril 2023 par Daily Motion . Selon la légende, l’élément audiovisuel de 13 minutes et 30 secondes est l’intégralité de l’intervention de Macron sur la réforme des retraites. Toutefois, nulle part, le Président français ne parle ni de la Côte d’Ivoire, ni de son Président, Ouattara .

La même recherche a débouché sur cette autre vidéo mise en ligne sur la chaîne YouTube de TV5 Monde le 18 avril 2023, avec un texte descriptif qui, entre autres, informe que des milliers de français ont accueilli le discours solennel de Macron sur la réforme des retraites avec un concert de casseroles dans les rues de plusieurs villes de France. L’information est corroborée ici , ici et ici .

Une recherche Google avec les mots-clés « Emmanuel Macron parle de Alassane Ouattara » n’a pas mis en évidence une vidéo similaire à celle du post vérifié.

PesaCheck a analysé une vidéo TikTok prétendant montrer le Président français, Emmanuel Macron, parlant de son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, et l’a trouvé MANIPULÉE.

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Cette publication fait partie d’une série continue de vérifications des faits par PesaCheck, examinant du contenu marqué comme une désinformation potentielle sur Facebook et d’autres plateformes de médias sociaux.

En établissant un partenariat avec Facebook et des plateformes de médias sociaux similaires , les organisations tierces de vérification des faits comme PesaCheck permettent de faire le tri entre les faits et la fiction. Nous faisons ceci en donnant au public, un aperçu plus profond et un contexte aux publications qu’il voit dans ses flux de médias sociaux.

Avez-vous repéré ce que vous pensez être une fausse information sur Facebook ? Voici comment vous pouvez le signaler . Et voici plus d’informations sur la méthodologie de PesaCheck pour vérifier les contenus douteux.

Cette vérification des faits a été réalisée par le fact-checker Françoise Dembélé et éditée par Josaphat Finogbé , éditeur d’articles à PesaCheck. Cet article a été approuvé pour publication par la réactrice en chef de PesaCheck, Doreen Wainainah.

PesaCheck est la première initiative de vérification des faits des finances publiques en Afrique. Il a été cofondé par Catherine Gicheru et Justin Arenstein et est incubé par le plus grand accélérateur de technologies civiques et de journalisme de données du continent : Code for Africa . Il vise à aider le public à séparer la réalité de la fiction dans les déclarations publiques sur les chiffres qui façonnent notre monde, avec un accent particulier sur les déclarations sur les finances publiques qui façonnent la prestation par le gouvernement des services publics liés aux objectifs de développement durable (ODD), tels que les soins de santé, le développement rural et l’accès à l’eau / à l’assainissement. PesaCheck teste également l’exactitude des reportages médiatiques. Pour en savoir plus sur le projet, visitez pesacheck.org .

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Présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire : pour Alassane Ouattara, le quatrième mandat d’affilée ou le deuxième mandat de la Troisième République ?

En Côte d’Ivoire, la mobilisation du 9 août 2025 contre la candidature d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat consécutif a ravivé un débat juridique et politique prégnant sur la légitimité constitutionnelle, tout en nourrissant les risques de confusion et de manipulation de l’opinion publique.

Par Valdez Onanina, Africa Check


Le sujet du « quatrième mandat » d’Alassane Ouattara est critiqué par plusieurs figures publiques et mérite d’être éclairé à la lumière des enjeux juridiques et politiques qu’il soulève et afin de parer à toute instrumentalisation, notamment à travers des contenus  et des déclarations publiques trompeurs.

Depuis son indépendance en 1960, la Côte d’Ivoire a connu trois Républiques, chacune fondée sur une nouvelle Constitution. La Première République (1960–1999) reposait sur la Constitution adoptée à l’indépendance du pays. Elle a été suivie par la Deuxième République (2000 – 2016), instituée après le coup d’État de 1999 et marquée par une volonté de limitation des mandats. Enfin, la Troisième République est instaurée en 2016 avec une nouvelle Constitution qui introduit de nouvelles réformes institutionnelles, dont un Sénat et une vice-présidence.

La candidature annoncée d’Alassane Ouattara à l’élection présidentielle d’octobre 2025 a ravivé une question polémique au sein de l’opinion publique ivoirienne : s’agit-il d’un quatrième mandat consécutif ou d’un deuxième mandat sous la Troisième République ? Déjà vivement critiquée en 2020, quand Ouattara se présentait pour un troisième mandat, cette perspective a été remise au centre du débat public à la faveur de la marche du 9 août 2025, organisée par le Front commun PDCI–PPA-CI. Plusieurs milliers de manifestants ont défilé à Abidjan pour dénoncer « un 4e mandat anticonstitutionnel ».

Manifestation pacifique de l’opposition, dans le quartier de Yopougon, à Abidjan, le 9 août 2025. © Issouf SANOGO / AFP

En 2020, le Conseil constitutionnel avait validé la troisième candidature de Ouattara en s’appuyant sur la Constitution de 2016. Selon sa décision, cette nouvelle Constitution, « quoi qu’affirmant le principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux pour l’avenir, du fait de l’effet immédiat de la loi nouvelle, mentionné à l’article 184, n’a pas entendu conférer à l’article 55 alinéa premier, un effet rétroactif et que, faute d’avoir expressément prévu une disposition transitoire faisant rétroagir ses effets sur les candidatures aux élections présidentielles antérieures à son avènement, son mandat en cours ne peut être pris en compte dans le décompte du nombre de ses mandats ». Le Conseil avait également précisé que « la question de la possibilité ou non, pour le Président de la République sortant de briguer un nouveau mandat doit s’analyser à l’aune de l’adoption d’une nouvelle Constitution ».



Un dilemme constitutionnel aux résonances politiques


En clair, la Constitution ivoirienne de 2000 limitait à deux le nombre de mandats présidentiels (article 35). La nouvelle Constitution, adoptée par référendum en 2016, maintient la limitation à deux mandats (article 55), mais ne prévoit explicitement pas de clause transitoire sur les mandats antérieurs.


C’est notamment sur cette absence de disposition transitoire que le Conseil constitutionnel a validé, en 2020, la candidature de Ouattara, lui permettant ainsi de faire un troisième mandat, considéré comme le premier sous la Troisième République, en vertu de la non-rétroactivité des lois.


Dans le débat public autour de ce sujet, l’argument du « compteur à zéro » qui a souvent été avancé pour justifier la candidature d’Alassane Ouattara en 2020 repose sur une lecture formaliste du changement constitutionnel intervenu en Côte d’Ivoire en 2016. Selon cette logique, l’adoption d’une nouvelle Constitution marque une rupture institutionnelle, inaugurant la Troisième République et ouvrant ainsi un nouveau cycle présidentiel. Cette interprétation permettrait à Ouattara de briguer deux nouveaux mandats, indépendamment de ceux exercés sous la Deuxième République. Le Conseil constitutionnel ivoirien a validé cette position dans sa décision du 14 septembre 2020, estimant que la Constitution de 2016, bien qu’affirmant la limitation à deux mandats présidentiels, ne comportait aucune clause transitoire interdisant explicitement une nouvelle candidature. La haute instance avait conclu que le mandat en cours (2015-2020), ne pouvait être pris en compte dans le décompte des mandats sous la nouvelle République, en raison de l’absence d’effet rétroactif de l’article 55 et de la non-prévision d’une disposition transitoire dans l’article 184.


Cette lecture est vivement contestée sur le plan démocratique. Plusieurs juristes, partis politiques et organisations de la société civile dénoncent une instrumentalisation du droit constitutionnel au service du maintien au pouvoir. Le PDCI-RDA, un des principaux partis d’opposition, interprète cet argumentaire comme une « violation flagrante » de la Loi fondamentale et une « dérive autocratique ». Pour les opposants d’Alassane Ouattara, l’article 55 de la Constitution ivoirienne consacre l’esprit de limitation des mandats, et toute tentative de contournement affaiblit la crédibilité des institutions.



Ce débat ivoirien s’inscrit dans une dynamique plus large observée sur le continent africain, où les révisions constitutionnelles sont parfois utilisées pour prolonger des mandats présidentiels. Au Bénin, la réforme constitutionnelle du 7 novembre 2019, adoptée par la loi n°2019-40, a modifié en profondeur la Constitution de 1990 sans pour autant instaurer une nouvelle République. Il s’agissait d’une révision substantielle, mais non d’une refonte totale du texte fondateur. Cette réforme a introduit des innovations majeures : alignement des mandats électifs à cinq ans (Article 80), instauration d’élections générales à partir de 2026 (Article 157) et durcissement de la limitation des mandats présidentiels avec la formule : « En aucun cas, nul ne peut, de sa vie, exercer plus de deux mandats de président de la République. » (Article 42). Cette clause, explicite et sans ambiguïté, a fermé la porte à toute tentative de prolongation du pouvoir, y compris pour le président Patrice Talon, qui a confirmé à plusieurs reprises qu’il ne briguerait pas un troisième mandat.

Le cas du Sénégal offre également un éclairage précieux. En 2016, l’ancien président Macky Sall a initié une réforme constitutionnelle adoptée par référendum le 20 mars, puis promulguée par la loi n°2016-10 du 5 avril. Cette réforme a modifié plusieurs articles de la Constitution de 2001, mais n’a pas instauré une nouvelle République. Elle a notamment restauré le quinquennat présidentiel :  « La durée du mandat du Président de la République est de cinq ans. Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs », peut-on lire à l’article 27. Face à des critiques juridiques et politiques sur l’interprétation de la réforme constitutionnelle de 2016, notamment sur la possibilité d’une troisième candidature, Macky Sall a annoncé le 3 juillet 2023 qu’il ne se représenterait pas à l’élection présidentielle de 2024, « même si la Constitution (lui) en donne le droit », avait-il affirmé dans un discours à la nation. Il a ajouté que le souci de préserver la paix sociale l’emportait sur toute interprétation favorable à une nouvelle candidature. Cette décision a été saluée comme un geste d’apaisement démocratique dans un contexte de crise socio-politique.


Selon Médoune Samba Diop, docteur d’État en droit public et enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal, et auteur du livre Les élections présidentielles de l’an 2000 au Sénégal, « même sans cette clause transitoire, le président Alassane Ouattara aurait dû avoir la sagesse et l’élégance républicaine pour ne pas se représenter pour quelque cause ou quelque alibi que ce soit. S’il pense que, dans son parti et dans d’autres partis ivoiriens, personne ne peut le remplacer, il ne fait que constater son échec ».


« La même critique je la fais aussi aux membres de l’opposition, plus précisément à Tidjane Thiam et à Laurent Gbagbo : devant leur inéligibilité eux aussi devraient trouver d’autres personnes qui pourraient, comme eux, diriger leur pays et proposer leur candidature au lieu d’opter pour des solutions enceintes de tous les dangers pour la Côte d’Ivoire », a poursuivi Diop, interrogé par la Coalition Anti Dohi.


En outre, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, dans plusieurs avis, insiste sur le respect du consensus national et de la transparence dans les révisions constitutionnelles. Elle considère que l’absence de dialogue inclusif peut invalider la légitimité d’un changement, même s’il est formellement conforme au droit. Ainsi, l’interprétation du « compteur à zéro » en Côte d’Ivoire, bien qu’adossée à une lecture juridique, reste profondément contestée dans son essence démocratique.


Cet article a été réalisé par Africa Check membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.