Face aux FIMI : journalistes, fact-checkers et citoyens, trois acteurs essentiels pour protéger l’information

« Comment construire une défense collective contre les manipulations de l’information en Côte d’Ivoire ? »

Une fausse information peut circuler en quelques minutes sur WhatsApp, Facebook ou TikTok. Mais empêcher qu’elle ne provoque la confusion, la méfiance ou des tensions ne relève pas uniquement de la responsabilité des journalistes. Les fact-checkers et les citoyens ont également un rôle déterminant à jouer.

En Côte d’Ivoire, les réseaux sociaux et les applications de messagerie occupent une place importante dans les échanges quotidiens. Ils permettent aux citoyens de s’informer, de débattre et de participer à la vie publique. Mais ils peuvent aussi faciliter la diffusion de rumeurs, de faux communiqués, d’images détournées ou de contenus fabriqués à l’aide de l’intelligence artificielle.

Ces risques deviennent particulièrement sensibles lors des élections, des crises sécuritaires, des tensions communautaires ou des controverses politiques.

Face à ces menaces, une question se pose : comment protéger l’espace informationnel sans restreindre la liberté d’expression ni empêcher le débat démocratique ?

La réponse repose notamment sur une coopération entre les médias, les professionnels de la vérification et les citoyens.

Comprendre les FIMI : de quoi parle-t-on ?

L’acronyme FIMI signifie Foreign Information Manipulation and Interference, soit manipulation de l’information et ingérence étrangère.

Selon le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), les FIMI désignent des comportements intentionnels et coordonnés de manipulation informationnelle susceptibles de porter atteinte aux valeurs, aux procédures et aux processus politiques.

Ces opérations peuvent notamment recourir à des faux comptes, des médias trompeurs, des documents falsifiés ou des réseaux de diffusion coordonnés.

Leur objectif peut être d’influencer les perceptions, de discréditer des institutions, d’exacerber des divisions ou de fragiliser la confiance du public.

Toutefois, toute fausse information n’est pas une opération FIMI. Pour établir une ingérence étrangère, il faut disposer d’éléments crédibles sur les acteurs impliqués, leurs comportements et leurs éventuels liens avec l’extérieur.

Cette distinction est importante : lutter contre les FIMI ne consiste pas à qualifier systématiquement les opinions divergentes ou les critiques politiques de manipulations étrangères.

  1. Les journalistes : informer sans devenir des relais involontaires

Les journalistes occupent une position centrale dans la protection de l’intégrité de l’information.

Leur responsabilité ne se limite pas à publier rapidement une nouvelle. Ils doivent également en établir l’origine, vérifier les faits et expliquer le contexte.

Vérifier avant de publier

Lorsqu’une vidéo montrant des violences supposées circule sur les réseaux sociaux, un journaliste ne devrait pas la reprendre uniquement parce qu’elle est devenue virale.

Il doit chercher à identifier son origine, la date et le lieu de l’enregistrement, ainsi que les circonstances dans lesquelles elle a été réalisée.

Des outils comme Google Lens ou le projet InVID peuvent contribuer à retrouver des images déjà publiées et à examiner certains contenus audiovisuels.

Ces outils ne remplacent cependant pas le recoupement avec des témoins, des sources documentaires et des informations indépendantes.

Identifier les récits manipulatoires

Les journalistes doivent également analyser la manière dont une information est présentée.

Une campagne peut, par exemple, multiplier les publications accusant une institution de dissimuler des faits, sans produire de preuves vérifiables.

Dans ce cas, il ne suffit pas de reproduire les accusations. Il faut examiner leur origine, leur cohérence et les éléments disponibles pour les confirmer ou les contredire.

Éviter l’amplification involontaire

Un article qui reprend intégralement une rumeur dans son titre peut contribuer à sa diffusion, même lorsqu’il cherche à la démentir.

Il est donc préférable de mettre en avant les faits établis, de contextualiser les affirmations trompeuses et d’éviter les titres sensationnalistes.

Ces principes rejoignent les recommandations du manuel de l’UNESCO sur le journalisme, les fausses nouvelles et la désinformation, qui insiste sur la vérification, la qualité éditoriale et l’éducation aux médias.

En période électorale, cette responsabilité devient particulièrement importante : une information erronée sur les résultats, les modalités de vote ou les décisions d’une institution peut affecter la compréhension du processus par les électeurs.

  1. Les fact-checkers : vérifier les affirmations et expliquer les manipulations

Le fact-checking constitue une deuxième ligne de défense.

Contrairement à une idée répandue, le travail des fact-checkers ne consiste pas simplement à apposer les mentions « vrai » ou « faux » sur les publications.

Il s’agit d’un processus de recherche qui mobilise des sources vérifiables, des documents, des outils numériques et des méthodes transparentes.

Vérifier les affirmations publiques

Un fact-checker peut examiner une déclaration politique, un chiffre économique, une photographie, un communiqué ou une vidéo virale.

En Côte d’Ivoire, des plateformes comme DUBAWA , Africa Check  ou Cellule Anti Fake News contribuent à documenter les affirmations trompeuses et à rendre les résultats des vérifications accessibles au public.

Leurs publications peuvent également servir de ressources aux journalistes, aux enseignants et aux organisations citoyennes.

Documenter les techniques de manipulation

La vérification peut aller au-delà du contenu lui-même.

Lorsque plusieurs comptes diffusent simultanément un message trompeur, les fact-checkers et enquêteurs numériques peuvent examiner les modalités de diffusion et rechercher des indices de coordination.

Cette démarche rejoint l’approche développée dans le premier rapport du SEAE sur les menaces FIMI, qui propose d’étudier les acteurs, les comportements, les contenus, la diffusion et les effets.

Il convient toutefois de distinguer une information fausse, une campagne coordonnée suspectée et une opération d’ingérence étrangère effectivement documentée.

Former et sensibiliser

Les fact-checkers jouent aussi un rôle pédagogique.

Ils peuvent apprendre aux citoyens à rechercher la source originale d’une image, à vérifier une déclaration officielle ou à identifier un faux compte.

Cette dimension éducative est essentielle : une vérification publiée peut corriger une rumeur particulière, tandis qu’une formation permet aux participants de développer des réflexes utiles face à de nombreuses autres publications.

Les principes de transparence des sources et des méthodes sont notamment défendus par l’International Fact-Checking Network (IFCN), qui promeut des standards professionnels pour les organisations de fact-checking.

  1. Les citoyens : la première ligne de vigilance

Les citoyens ne sont pas de simples destinataires de l’information. Ils participent également à sa circulation.

Un message transféré dans un groupe WhatsApp familial, une vidéo repartagée sur Facebook ou une rumeur relayée dans un quartier peuvent atteindre rapidement de nombreuses personnes.

Chaque utilisateur peut donc contribuer, volontairement ou non, à la diffusion d’une information trompeuse.

Développer des réflexes simples

Avant de partager une publication, trois questions sont essentielles : qui est à l’origine du message, quelles preuves sont disponibles et d’autres sources fiables confirment-elles les faits ?

Une publication qui provoque une forte émotion ou demande un partage immédiat mérite une attention particulière.

L’UNESCO, dans son manuel consacré au journalisme et à la désinformation, présente des méthodes de vérification numérique pouvant également servir de base à l’éducation aux médias.

Ne pas amplifier les rumeurs

Lorsqu’une information paraît suspecte, il est préférable de suspendre son partage.

Prenons un exemple fictif : un message WhatsApp annonce la fermeture immédiate de plusieurs établissements scolaires à Abidjan à la suite d’une prétendue décision ministérielle.

Avant de transmettre cette annonce, le citoyen peut rechercher le communiqué original, consulter les canaux officiels du ministère concerné et vérifier si des médias crédibles ont confirmé l’information.

En l’absence de confirmation, le comportement le plus prudent consiste à ne pas présenter la rumeur comme un fait établi.

Signaler sans accuser

Les citoyens peuvent également signaler les contenus suspects aux plateformes numériques, aux médias ou aux organisations de fact-checking.

Il est utile de transmettre le lien de la publication, une capture d’écran et les raisons du doute.

Cependant, signaler une publication ne signifie pas qu’elle est nécessairement fausse ou qu’elle constitue une ingérence étrangère.

Les opinions politiques, les critiques institutionnelles et les désaccords doivent pouvoir s’exprimer librement. La vigilance informationnelle ne doit pas devenir un prétexte pour faire taire des opinions divergentes.

  1. En Côte d’Ivoire, pourquoi une réponse collective est-elle nécessaire ?
Source : CIDDH

Les manipulations informationnelles peuvent exploiter des préoccupations déjà présentes dans la société : tensions politiques, insécurité, difficultés économiques, relations communautaires ou méfiance envers certaines institutions.

Les périodes électorales constituent un exemple particulièrement sensible, mais les risques ne disparaissent pas une fois les élections terminées.

Une rumeur relative à un incident sécuritaire, à une décision administrative ou à un conflit communautaire peut également provoquer des réactions importantes.

Pour cette raison, la réponse ne peut pas être uniquement nationale ou numérique.

Elle doit aussi s’appuyer sur les réalités locales : radios communautaires, correspondants régionaux, associations de jeunes, organisations de femmes, enseignants et leaders communautaires.

Un journaliste peut vérifier une information, un fact-checker peut documenter sa manipulation, tandis qu’un relais communautaire peut expliquer les conclusions dans une langue accessible à son public.

Cette complémentarité est particulièrement importante auprès des personnes qui s’informent principalement par la messagerie mobile ou par les échanges de proximité.

  1. Comment organiser une défense collective contre les FIMI ?

La lutte contre les manipulations informationnelles gagne à reposer sur une coopération structurée.

Le Service européen pour l’action extérieure souligne l’importance d’une réponse en réseau, associant plusieurs catégories d’acteurs pour détecter, analyser et contrer les opérations FIMI.

En Côte d’Ivoire, une approche communautaire pourrait s’organiser autour de quatre actions complémentaires.

Premièrement, détecter les rumeurs émergentes. Les citoyens, associations et relais communautaires peuvent signaler les publications suspectes, sans porter de jugement prématuré.

Deuxièmement, vérifier et documenter. Les journalistes et fact-checkers examinent les affirmations, recherchent les sources originales et déterminent ce qui peut être établi.

Troisièmement, diffuser les résultats. Les médias, radios locales et organisations citoyennes rendent les vérifications accessibles dans des formats courts, compréhensibles et adaptés aux différents publics.

Quatrièmement, renforcer les compétences. Les ateliers d’éducation aux médias et à l’information permettent aux citoyens d’acquérir des réflexes durables plutôt que de dépendre exclusivement des démentis publiés après chaque rumeur.

Cette démarche doit préserver l’indépendance éditoriale des journalistes, la neutralité des vérifications et la liberté d’expression des citoyens.

  1. Six gestes pour contribuer à une information plus fiable

Face à une publication virale ou à un message alarmant, chacun peut appliquer quelques gestes simples :

  1. S’arrêter avant de partager, particulièrement lorsque le message suscite une émotion intense.
  2. Rechercher la source originale et vérifier son identité.
  3. Contrôler la date, le lieu et le contexte des images, vidéos et déclarations.
  4. Comparer plusieurs sources fiables, notamment les documents originaux et les enquêtes journalistiques.
  5. Signaler les contenus suspects sans accuser publiquement leurs auteurs sans preuves.
  6. Partager les vérifications fiables, en expliquant calmement ce qui a été établi.

Ces gestes sont simples, mais ils peuvent contribuer à limiter la circulation des informations trompeuses.

À retenir : trois messages clés

  1. Les journalistes ont la responsabilité de vérifier et de contextualiser. Leur rôle consiste à informer avec rigueur, sans devenir des relais involontaires des manipulations.
  2. Les fact-checkers contribuent à établir les faits et à expliquer les méthodes de manipulation. Leur efficacité repose sur des preuves accessibles, une méthodologie transparente et une démarche impartiale, conformément aux principes de l’International Fact-Checking Network.
  3. Les citoyens peuvent freiner la circulation des rumeurs. Vérifier avant de partager, signaler les contenus suspects et diffuser des informations fiables sont autant de contributions à la protection de l’espace informationnel.

Conclusion : l’intégrité de l’information est une responsabilité partagée

Face aux FIMI, aucune catégorie d’acteurs ne peut agir efficacement de manière isolée.

Les journalistes disposent des compétences nécessaires pour enquêter et contextualiser. Les fact-checkers apportent des méthodes spécialisées de vérification et d’analyse. Les citoyens, quant à eux, peuvent identifier les rumeurs émergentes, éviter leur amplification et contribuer à la circulation d’informations fiables.

En Côte d’Ivoire, renforcer cette coopération représente une piste importante pour améliorer la résilience informationnelle des communautés et préserver la qualité du débat démocratique.

La meilleure défense contre les manipulations ne consiste pas seulement à corriger les fausses informations. Elle consiste aussi à construire une société capable de les questionner, de les vérifier et de leur résister collectivement.

Note éditoriale : cet explainer présente des recommandations et un exemple fictif, sans prétendre documenter une opération FIMI particulière en Côte d’Ivoire. Les liens hypertextes intégrés renvoient aux ressources institutionnelles, méthodologiques et aux plateformes de vérification citées.

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Cet article a été rédigé par Kaberu TAIRU, Consultant en Fact-checking. Il a été édité et validé dans le cadre du projet de lutte contre les manipulations de l’information et les ingérences étrangères (FIMI), mis en œuvre en Côte d’Ivoire par le CIDDH avec l’appui d’International IDEA.

 

Identifier une opération FIMI : les signaux qui doivent alerter

« Apprendre à reconnaître les comportements suspects dans l’environnement informationnel »

Un même message publié par plusieurs comptes, une vidéo virale sans source identifiable, des commentaires identiques diffusés en quelques minutes : ces indices peuvent révéler une tentative de manipulation de l’information. Mais suffisent-ils à prouver l’existence d’une opération d’ingérence étrangère ?

Sur Facebook, TikTok, WhatsApp, X ou d’autres plateformes numériques, certaines publications peuvent atteindre rapidement des milliers de personnes. Leur succès peut résulter d’un intérêt spontané du public, mais aussi d’une stratégie organisée visant à influencer les perceptions.

Les opérations de manipulation de l’information et d’ingérence étrangère, connues sous l’acronyme anglais FIMI (Foreign Information Manipulation and Interference), s’inscrivent dans cette seconde catégorie lorsqu’elles impliquent une dimension étrangère étayée par des éléments d’analyse.

Elles peuvent chercher à influencer un débat public, discréditer des institutions, accentuer des tensions sociales ou orienter la perception d’un événement politique.

Cependant, une information trompeuse, un compte anonyme ou une publication virale ne constituent pas, à eux seuls, la preuve d’une opération FIMI.

Les manipulations de l’information et ingérences étrangères (FIMI) désignent des comportements manipulatoires susceptibles de menacer les valeurs et processus démocratiques.

Pour identifier une manipulation potentiellement coordonnée, il faut dépasser la simple lecture du message et examiner quatre dimensions : la source, le contenu, la diffusion et l’objectif possible.

  1. La source : qui se cache derrière le message ?

L’analyse de la source constitue une dimension essentielle du cadre méthodologique ABCDE du Service européen pour l’action extérieure.

La première étape consiste à identifier l’origine de l’information.

Sur les réseaux sociaux, un compte peut se présenter comme un média, une organisation citoyenne, une institution publique ou un simple internaute. Mais cette présentation ne garantit pas son authenticité.

Plusieurs questions permettent de commencer l’analyse :

  • Qui publie l’information et quelle identité revendique ce compte ?
  • Existe-t-il un site internet, des coordonnées ou d’autres éléments permettant de vérifier son identité ?
  • Depuis quand le compte existe-t-il ?
  • Quels types de contenus publie-t-il habituellement ?
  • Son identité ou sa présentation a-t-elle récemment changé ?

Un compte créé récemment, qui publie soudainement de nombreux messages politiques ou reproduit exclusivement les publications d’autres pages, peut mériter un examen plus approfondi.

Il faut néanmoins rester prudent. L’anonymat n’est pas une preuve de manipulation. Certaines personnes utilisent des pseudonymes pour protéger leur vie privée, leur sécurité ou leur liberté d’expression.

Ce qui doit attirer l’attention, c’est davantage l’association de plusieurs comportements inhabituels : identité trompeuse, usurpation d’une institution, absence de transparence et activité manifestement coordonnée.

  1. Le contenu : que dit réellement la publication ?

Une opération de manipulation ne repose pas nécessairement sur une information entièrement fausse.

Elle peut utiliser une photographie authentique avec une légende trompeuse, un extrait vidéo sorti de son contexte, une déclaration partiellement reproduite ou une information exacte présentée de manière à provoquer une interprétation erronée.

L’analyse doit donc porter sur le message et sur les éléments utilisés pour lui donner de la crédibilité.

Quatre vérifications sont particulièrement utiles :

  • Les preuves : le message cite-t-il des documents, des témoins identifiables ou des sources consultables ?
  • Les images et vidéos : correspondent-elles réellement à l’événement présenté ?
  • Le contexte : la date, le lieu et les circonstances sont-ils correctement indiqués ?
  • Le langage : le message cherche-t-il à informer ou utilise-t-il surtout la peur, la colère et l’indignation pour provoquer une réaction immédiate ?

Par exemple, une vidéo montrant une manifestation peut être authentique, mais avoir été filmée plusieurs années auparavant ou dans un autre pays.

Sa republication avec une légende affirmant qu’elle montre des troubles actuels en Côte d’Ivoire peut alors induire les internautes en erreur.

Ce type de manipulation peut être vérifié par une recherche inversée d’images, l’identification des premières publications ou la comparaison avec des sources indépendantes.

Des outils comme Google Lens et InVID-WeVerify permettent de rechercher l’origine d’images et d’examiner certains contenus vidéo.

Mais une précaution demeure essentielle : même lorsqu’un contenu est trompeur, cela ne suffit pas à établir qu’il appartient à une opération FIMI.

  1. La diffusion : une popularité spontanée ou une amplification organisée ?

C’est souvent l’examen de la diffusion qui permet de dépasser le simple fact-checking et d’identifier les premiers indices d’une manipulation coordonnée.

Une publication peut devenir virale parce qu’elle intéresse réellement les internautes. Mais sa visibilité peut également être renforcée artificiellement par des comptes automatisés, des profils fictifs ou des groupes agissant de manière concertée.

Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) insiste sur cette dimension comportementale dans ses travaux consacrés aux FIMI. Son quatrième rapport, publié en mars 2026, indique que les opérations étudiées utilisent fréquemment plusieurs comptes et plateformes pour diffuser les mêmes contenus et renforcer leur visibilité apparente.

Quels comportements doivent attirer l’attention ?

Plusieurs signaux peuvent justifier une analyse approfondie :

La répétition inhabituelle des messages. Des dizaines de comptes publient exactement le même texte, avec les mêmes fautes, les mêmes images ou les mêmes hashtags.

La synchronisation des publications. Plusieurs comptes diffusent un contenu presque simultanément, parfois à intervalles réguliers.

Les interactions artificielles. Certains profils semblent principalement destinés à aimer, commenter ou repartager les contenus d’autres comptes.

La circulation entre plusieurs plateformes. Un message apparaît sur un site peu connu, puis est rapidement repris sur Facebook, X, TikTok et dans des groupes WhatsApp.

Les réseaux de comptes suspects. Plusieurs profils présentent des caractéristiques similaires et semblent se renforcer mutuellement.

Ces comportements peuvent correspondre à ce que les chercheurs appellent des comportements inauthentiques coordonnés.

La Commission européenne présente une méthodologie de détection des comportements inauthentiques coordonnés qui examine la coordination, l’authenticité des comptes, les caractéristiques des sources et les effets des activités observées.

Il faut néanmoins éviter les conclusions hâtives. Des militants, des associations ou des citoyens peuvent légitimement partager les mêmes messages dans le cadre d’une campagne publique.

Ce qui distingue une mobilisation authentique d’une manipulation coordonnée, ce n’est pas seulement la répétition : ce sont les pratiques trompeuses utilisées pour masquer les acteurs, leur identité ou l’organisation réelle de la diffusion.

  1. L’objectif possible : que cherche-t-on à provoquer ?

La dernière dimension consiste à examiner les effets recherchés par la publication.

Source : CIDDH

Une campagne informationnelle peut chercher à informer, sensibiliser ou convaincre. Ces objectifs ne sont pas nécessairement problématiques : ils participent au débat public.

En revanche, certaines opérations peuvent utiliser des procédés trompeurs pour atteindre d’autres objectifs.

Il peut s’agir de :

  • Diviser : accentuer des tensions politiques, communautaires ou religieuses.
  • Délégitimer : présenter systématiquement une institution, un média ou un processus électoral comme frauduleux, sans preuves suffisantes.
  • Discréditer : attaquer la réputation d’une personnalité ou d’une organisation par des accusations fabriquées.
  • Déstabiliser : créer un climat de peur, d’incertitude ou de méfiance.
  • Influencer : orienter les perceptions des citoyens en donnant une visibilité artificielle à certains discours.

Il est toutefois difficile d’établir l’intention réelle d’un acteur uniquement à partir d’une publication.

Le premier rapport du SEAE sur les menaces FIMI explique comment analyser les acteurs, les comportements et les effets possibles des manipulations.

L’analyse doit distinguer l’objectif supposé, les comportements effectivement observés et les effets démontrables.

  1. Comment analyser concrètement un contenu viral ?

Prenons un exemple fictif.

À quelques jours d’une élection en Côte d’Ivoire, un message circule sur Facebook et WhatsApp :

« URGENT ! Une source proche de la commission électorale confirme que les résultats sont déjà connus. Partagez avant la suppression de cette information ! »

Le message est accompagné d’une image présentée comme un document confidentiel. Plusieurs pages diffusent simultanément la même publication.

Comment procéder ?

Étape 1 : examiner la source

Le compte à l’origine de la publication est-il identifiable ? A-t-il déjà publié des informations fiables ? Peut-on retrouver le document sur les canaux officiels de l’institution concernée ?

Étape 2 : vérifier le contenu

Le document comporte-t-il des incohérences ? Existe-t-il une annonce officielle ? Les affirmations sont-elles confirmées par d’autres sources indépendantes ?

Étape 3 : observer la diffusion

Plusieurs comptes reproduisent-ils exactement la même publication ? Les messages sont-ils diffusés à quelques secondes d’intervalle ? Existe-t-il des indices de coordination ?

Étape 4 : examiner l’objectif possible

La publication cherche-t-elle à faire croire que le scrutin est déjà décidé ? À provoquer la colère ? À affaiblir la confiance dans l’institution électorale ?

Étape 5 : formuler une conclusion proportionnée aux preuves

Si le document est faux, il est possible de conclure à la circulation d’une fausse information.

Si plusieurs comptes présentent des comportements suspects, on peut signaler des indices d’amplification coordonnée à approfondir.

Mais pour qualifier l’ensemble d’opération FIMI, il faut encore établir des éléments crédibles concernant la dimension étrangère de l’activité.

  1. La grille d’analyse pratique : quatre questions à se poser

Cette grille simplifiée peut être utilisée par les journalistes, fact-checkers, organisations citoyennes et participants à une formation sur l’intégrité de l’information.

Dimension Question principale Signal d’alerte possible
Source Qui publie ? Identité usurpée, source dissimulée, historique suspect
Contenu Quelles preuves sont présentées ? Images détournées, affirmations invérifiables, faux documents
Diffusion Comment le message circule-t-il ? Publications synchronisées, comptes trompeurs, amplification artificielle
Objectif possible Quel effet le message cherche-t-il à produire ? Polarisation, discrédit, confusion ou délégitimation

Cette grille constitue un premier niveau d’alerte, et non un outil permettant de prouver automatiquement une ingérence.

La méthode ABCDE permet d’examiner l’acteur, le comportement, le contenu, l’ampleur de la diffusion et les effets.

Pour les enquêtes approfondies, le SEAE propose notamment le cadre ABCDE : Actor (acteur), Behaviour (comportement), Content (contenu), Degree (ampleur de la diffusion) et Effect (effet).

Cette approche permet d’étudier une opération au-delà de la seule véracité du message.

  1. Quels réflexes adopter face à une manipulation suspectée ?

Le premier réflexe consiste à éviter d’amplifier le message suspect, notamment en le repartageant sans contextualisation.

Il est ensuite recommandé de conserver les éléments utiles à une éventuelle vérification : lien de la publication, date, captures d’écran, nom du compte et, si possible, premières occurrences du message.

La vérification peut mobiliser plusieurs outils gratuits :

  • Google Lens pour rechercher l’origine possible d’une image.
  • InVID-WeVerify pour examiner les images clés d’une vidéo.
  • Les sites institutionnels pour contrôler les annonces officielles.
  • Des plateformes spécialisées comme DUBAWA ,  Africa Check  ou Cellule Anti Fake News publient des enquêtes de vérification et des ressources pédagogiques.

Lorsqu’un contenu paraît coordonné, il est préférable de le transmettre à une équipe de veille informationnelle ou à des professionnels de la vérification plutôt que d’accuser publiquement un acteur sans éléments suffisants.

Une correction efficace doit présenter les faits vérifiés, expliquer brièvement les éléments trompeurs et renvoyer vers les sources utilisées.

  1. Pourquoi est-il important de distinguer suspicion et preuve ?

Les opérations FIMI peuvent être difficiles à attribuer.

Les rapports du SEAE consacrés aux FIMI documentent les techniques de manipulation, les réseaux de diffusion et les difficultés d’attribution.

Le quatrième rapport du SEAE sur les menaces FIMI, publié en mars 2026, fait état de 540 incidents détectés et analysés en 2025. Parmi ceux-ci, 65 % n’ont pas fait l’objet d’une attribution à un acteur étatique déterminé, malgré des indices de coordination avec des infrastructures connues.

Ce constat illustre une difficulté centrale : même lorsque les comportements manipulatoires sont documentés, identifier avec certitude les responsables peut nécessiter des investigations supplémentaires.

L’attribution peut reposer sur des liens techniques entre comptes et sites internet, des infrastructures communes, des éléments financiers, des comportements récurrents ou d’autres preuves corroborées.

Une analyse rigoureuse doit donc pouvoir conclure qu’un contenu est faux ou qu’une diffusion semble coordonnée sans prétendre connaître l’identité des commanditaires lorsque les preuves manquent.

Cette prudence protège aussi les citoyens et les organisations contre les accusations infondées.

Conclusion : apprendre à regarder au-delà du message

Reconnaître une opération de manipulation de l’information ne consiste pas seulement à déterminer si une publication est vraie ou fausse.

Il faut aussi comprendre qui la diffuse, comment elle circule, quels comportements l’accompagnent et quels effets elle pourrait chercher à produire.

Un contenu viral n’est pas nécessairement manipulé. Plusieurs comptes partageant la même opinion ne constituent pas automatiquement un réseau inauthentique. Et une fausse information ne prouve pas, à elle seule, une ingérence étrangère.

En revanche, lorsque des sources trompeuses, des contenus manipulés et des comportements coordonnés se combinent, il devient nécessaire d’approfondir les vérifications.

Face à une publication suspecte, quatre questions doivent devenir des réflexes : qui parle, que dit-on, comment le message circule-t-il et pourquoi cherche-t-on à le diffuser ?

Développer cette capacité d’analyse est essentiel pour renforcer la résilience informationnelle des citoyens en Côte d’Ivoire, protéger la qualité du débat public et prévenir les manipulations susceptibles d’affecter la confiance démocratique.

Sources documentaires et méthodologiques

Les références suivantes permettent d’approfondir et de vérifier les notions développées dans cet article.

  1. Service européen pour l’action extérieure — Premier rapport sur les menaces FIMI (2023) : définition des FIMI et méthodologie ABCDE.
  2. SEAE — Quatrième rapport sur les menaces FIMI (mars 2026) : analyse des réseaux, infrastructures, comportements coordonnés et difficultés d’attribution.
  3. Commission européenne — Coordinated Inauthentic Behaviour Detection Tree : méthodologie de détection des comportements inauthentiques coordonnés.
  4. EUvsDisinfo — Foreign Information Manipulation and Interference Explained : distinction entre désinformation et FIMI, et présentation des principales techniques de manipulation.

Note éditoriale : l’exemple électoral présenté est fictif et sert uniquement à illustrer la méthode. Les chiffres et les références méthodologiques proviennent des publications institutionnelles citées.

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Cet article a été rédigé par Kaberu TAIRU, Consultant en Fact-checking. Il a été édité et validé dans le cadre du projet de lutte contre les manipulations de l’information et les ingérences étrangères (FIMI), mis en œuvre en Côte d’Ivoire par le CIDDH avec l’appui d’International IDEA.

 

 

Côte d’Ivoire : le CAFN lance « Santé Mentale pour Tous » au GBAIRÊ LAB

Le Centre d’Appui à la Fiabilité de l’Information et au Numérique (CAFN) a officiellement lancé, vendredi 28 août 2026 au GBAIRÊ LAB à Yopougon, son programme « Santé Mentale pour Tous ». Cette initiative entend créer un cadre régulier d’information, de sensibilisation, de prévention et d’orientation autour de la santé mentale et du bien-être, notamment auprès des jeunes.

Le GBAIRÊ LAB a accueilli, le vendredi 28 août 2026, le lancement officiel du programme « Santé Mentale pour Tous », une initiative portée par le Centre d’Appui à la Fiabilité de l’Information et au Numérique (CAFN).

Organisée autour du thème « Santé mentale et bien-être à l’ère du numérique : informer, prévenir et agir ensemble », la rencontre a réuni des professionnels, représentants d’institutions, organisations de la société civile, acteurs de jeunesse et participants autour des enjeux liés à la santé mentale et au bien-être.

Le lancement a notamment enregistré la participation de représentants du Programme National de Santé Mentale, du Ministère de l’Emploi et de la Protection Sociale, de KL Coaching, de l’Agence Emploi Jeunes (AEJ) de Yopougon, du Conseil Communal des Jeunes de Yopougon (CCJY) et du Réseau des Jeunes pour les ODD en Côte d’Ivoire.

Informer, prévenir et orienter

À travers « Santé Mentale pour Tous », le CAFN souhaite contribuer à améliorer l’accès des communautés à une information compréhensible et fiable sur les questions liées à la santé mentale et au bien-être.

L’initiative repose ainsi sur trois principaux leviers : Informer – Prévenir – Orienter.

Informer, pour permettre aux populations de mieux comprendre les questions relatives à la santé mentale et de disposer d’informations fiables.

Prévenir, en contribuant à déconstruire les préjugés et les idées reçues et en favorisant des comportements attentifs au bien-être.

Orienter, enfin, afin de mieux faire connaître les professionnels, ressources et structures compétents vers lesquels les personnes peuvent se tourner lorsque cela est nécessaire.

Le programme s’inscrit dans une démarche d’information, d’éducation et d’orientation. Les activités proposées par le CAFN et le GBAIRÊ LAB ne remplacent donc pas les consultations médicales ou psychologiques.

Santé mentale et environnement numérique au cœur des échanges

Le lancement a également permis de mettre en discussion la place croissante du numérique dans la vie quotidienne et ses liens avec le bien-être.

Réseaux sociaux, circulation rapide de conseils non vérifiés, désinformation, pressions sociales ou encore difficulté à identifier des sources fiables sont autant de problématiques qui justifient l’implication du CAFN sur cette question.

En tant qu’organisation engagée dans la fiabilité de l’information, le fact-checking, l’éducation aux médias et à l’information et l’inclusion numérique, le CAFN entend notamment apporter son expertise sur la dimension informationnelle de la santé mentale.

L’objectif est de favoriser de meilleurs réflexes face aux contenus rencontrés en ligne, tout en encourageant le recours aux professionnels compétents pour les questions nécessitant une prise en charge spécialisée.

Donner aussi la parole aux jeunes

La cérémonie a accordé une place importante à l’expression et aux préoccupations des jeunes.

À travers notamment la séquence « Parole aux jeunes », le programme entend partir des perceptions, interrogations et besoins d’information des premiers concernés pour nourrir les échanges avec les professionnels et les acteurs institutionnels.

Cette approche vise également à encourager une parole plus ouverte sur le bien-être et à contribuer progressivement à déconstruire les préjugés qui entourent encore les questions de santé mentale.

Huit ateliers prévus jusqu’en décembre

Le lancement du 28 août constitue le point de départ d’un programme qui se poursuivra au GBAIRÊ LAB de septembre à décembre 2026.

Huit ateliers thématiques sont programmés autour de sujets directement liés aux réalités des communautés :

– santé mentale et réussite scolaire, universitaire et professionnelle ;
– santé mentale et lutte contre les préjugés ;
– stress, émotions et stratégies d’adaptation ;
– équilibre entre vie professionnelle, associative et personnelle ;
– santé mentale des bénévoles, journalistes et acteurs communautaires ;
– désinformation, méfiance numérique et confiance sociale ;
– construction d’une communauté bienveillante et promotion du bien-être collectif ;
– prévention, orientation et accès aux ressources en santé mentale.

Le programme ne se limitera pas aux rencontres physiques. Des micro-trottoirs, podcasts, contenus de sensibilisation et campagnes numériques permettront également de prolonger les échanges auprès d’un public plus large.

Une dynamique ouverte aux partenaires

À travers « Santé Mentale pour Tous », le CAFN souhaite également favoriser la collaboration entre professionnels de santé, institutions publiques, organisations de jeunesse et de la société civile, médias, acteurs du numérique, entreprises et partenaires au développement.

Le GBAIRÊ LAB, tiers-lieu d’innovation, d’information et d’impact du CAFN à Yopougon, servira de cadre aux différentes activités.

Le lancement du programme constitue ainsi une première étape vers la construction d’une dynamique communautaire durable autour de la santé mentale, du bien-être et de l’accès à une information fiable.

« Santé Mentale pour Tous » poursuit une ambition simple : mieux informer pour mieux prévenir et mieux orienter.

Prochains rendez-vous

Les ateliers du programme se dérouleront au GBAIRÊ LAB, à Yopougon Siporex, de septembre à décembre 2026.

Les informations relatives aux inscriptions et aux différentes sessions seront communiquées progressivement sur les plateformes numériques du CAFN et de la Cellule Anti Fake News.

Santé Mentale pour Tous
INFORMER • PRÉVENIR • ORIENTER

FIMI en Côte d’Ivoire : comprendre les manipulations de l’information et les ingérences étrangères

Comprendre le phénomène avant de savoir y répondre

Dans un monde où l’information circule rapidement grâce aux réseaux sociaux et aux plateformes numériques, la capacité à distinguer les informations fiables des contenus trompeurs devient un enjeu majeur.

Aujourd’hui, les sociétés ne font pas seulement face à la circulation de fausses informations isolées. Elles sont également confrontées à des stratégies plus complexes visant à influencer les perceptions, fragiliser la confiance dans les institutions ou perturber le débat public.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le concept de FIMI (Foreign Information Manipulation and Interference), traduit en français par manipulation de l’information et ingérence étrangère.

En Côte d’Ivoire, comme dans plusieurs pays africains, la transformation rapide de l’écosystème numérique, l’importance croissante des réseaux sociaux dans la circulation de l’information et les enjeux liés aux périodes électorales rendent nécessaire une meilleure compréhension de ces phénomènes.

  1. Qu’est-ce qu’une FIMI ?

La FIMI désigne des actions organisées visant à manipuler l’environnement informationnel d’un pays afin d’influencer les perceptions, les comportements ou les processus de décision.

Elle implique généralement l’intervention d’un acteur étranger ou d’un réseau lié à un acteur extérieur qui cherche à atteindre un objectif stratégique à travers l’information.

Contrairement à une simple erreur ou à une rumeur spontanée, une opération FIMI repose souvent sur :

  • une intention précise ;
  • une stratégie organisée ;
  • des méthodes coordonnées ;
  • l’utilisation de différents canaux de diffusion ;
  • une volonté d’influencer un public ciblé.

Une opération FIMI peut utiliser des contenus vrais, faux ou sortis de leur contexte. Son objectif n’est pas uniquement de faire croire à une information fausse, mais parfois de créer de la confusion, de renforcer des divisions ou de réduire la confiance envers certaines institutions ou acteurs.

À retenir : Une FIMI ne cherche pas seulement à diffuser une fausse information ; elle cherche à influencer un environnement informationnel.

  1. Quelle différence entre FIMI, fake news et désinformation ?

Source : CIDDH

Les termes « fake news », « désinformation » et « FIMI » sont souvent utilisés de manière interchangeable, mais ils désignent des réalités différentes.

La fausse information (fake news)

L’expression « fake news » est couramment utilisée pour désigner un contenu présenté comme une information mais qui contient des éléments faux ou trompeurs.

Cependant, ce terme peut être imprécis, car toutes les informations fausses ne répondent pas au même objectif.

La mésinformation

La mésinformation correspond à une information fausse ou inexacte partagée sans intention de nuire.

Exemple : Une personne partage une ancienne image en pensant sincèrement qu’elle correspond à un événement récent.

La désinformation

La désinformation désigne la création ou la diffusion volontaire d’une information fausse ou trompeuse dans le but d’induire un public en erreur.

Exemple : Créer volontairement une fausse publication attribuée à une institution pour influencer l’opinion publique.

La FIMI

La FIMI va au-delà d’un simple contenu trompeur.

Elle correspond à une opération structurée de manipulation de l’information, souvent menée ou soutenue par des acteurs étrangers, visant à influencer un environnement informationnel.

Exemple simplifié :

  • Une personne partage une fausse information par erreur → mésinformation.
  • Un individu invente volontairement une fausse information → désinformation.
  • Un réseau organisé crée et diffuse plusieurs contenus trompeurs pour influencer un débat public dans un autre pays → FIMI.

Message clé : Toutes les FIMI utilisent des techniques de désinformation, mais toute désinformation n’est pas une FIMI.

  1. Comment fonctionnent les opérations FIMI ?

Source : CIDDH

Les opérations FIMI suivent souvent plusieurs étapes.

Identifier des sujets sensibles

Les acteurs manipulateurs exploitent généralement des thèmes qui suscitent déjà des débats ou des émotions fortes :

  • questions politiques ;
  • élections ;
  • sécurité ;
  • identité ;
  • tensions sociales ;
  • crises économiques.

Ils cherchent à exploiter des fragilités existantes dans une société.

Construire un récit manipulateur

La manipulation ne consiste pas toujours à inventer totalement une histoire.

Elle peut prendre plusieurs formes :

  • modifier le contexte d’une information réelle ;
  • exagérer certains faits ;
  • attribuer de fausses intentions à un acteur ;
  • présenter une opinion comme un fait ;
  • utiliser une image ancienne pour illustrer un événement actuel.

Amplifier la diffusion

Les réseaux sociaux peuvent être utilisés pour accélérer la visibilité d’un contenu grâce à :

  • des comptes multiples ;
  • des faux profils ;
  • des réseaux coordonnés ;
  • des campagnes de publication répétée ;
  • des contenus générés par intelligence artificielle.

L’objectif peut être de donner l’impression qu’une information est largement acceptée alors qu’elle est artificiellement amplifiée.

  1. Quels acteurs peuvent être impliqués ?

Les opérations FIMI peuvent mobiliser différents types d’acteurs :

Des acteurs étatiques étrangers

Certains États peuvent chercher à influencer l’opinion publique d’un autre pays pour défendre leurs intérêts stratégiques.

Des réseaux organisés

Des groupes peuvent coordonner la création et la diffusion de contenus trompeurs à grande échelle.

Des relais locaux ou internationaux

Des individus, pages ou comptes peuvent parfois participer à la diffusion de récits manipulatoires, volontairement ou non.

Des outils technologiques

Les technologies numériques peuvent faciliter :

  • la création rapide de contenus ;
  • l’automatisation de publications ;
  • la gestion de faux comptes ;
  • la manipulation d’images, vidéos ou audios.
  1. Pourquoi les FIMI deviennent-elles un enjeu important aujourd’hui ?

Plusieurs facteurs expliquent l’importance croissante des FIMI.

La transformation numérique

Avec l’augmentation de l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux, chaque citoyen peut produire et partager de l’information.

Cette évolution favorise la participation citoyenne, mais augmente également les risques de propagation rapide de contenus trompeurs.

La rapidité de circulation de l’information

Une information fausse peut atteindre un grand nombre de personnes avant même qu’elle soit vérifiée.

L’utilisation de nouvelles technologies

L’intelligence artificielle facilite aujourd’hui la création de contenus plus réalistes, rendant parfois la distinction entre vrai et faux plus complexe.

Les enjeux démocratiques

Les FIMI peuvent affecter :

  • la confiance dans les institutions ;
  • la qualité du débat public ;
  • la participation citoyenne ;
  • la perception des processus électoraux.
  1. Pourquoi renforcer la résilience informationnelle ?

Source : CIDDH

La réponse aux FIMI ne consiste pas uniquement à supprimer les contenus trompeurs.

Elle nécessite de renforcer la capacité des individus et des institutions à :

  • analyser l’information ;
  • vérifier les sources ;
  • comprendre les mécanismes de manipulation ;
  • identifier les comportements coordonnés ;
  • prendre des décisions éclairées.

Cette capacité collective est appelée résilience informationnelle.

Elle repose notamment sur :

Le journalisme de qualité : Les médias jouent un rôle essentiel dans la vérification et l’explication des faits

Le fact-checking : Les vérificateurs de faits permettent d’identifier les contenus trompeurs et d’expliquer les méthodes utilisées.

L’éducation aux médias et à l’information : Former les citoyens aux réflexes de vérification renforce leur autonomie face aux contenus manipulatoires.

La coopération entre acteurs : La lutte contre les FIMI nécessite une collaboration entre médias, chercheurs, institutions publiques, société civile et citoyens.

Comprendre les FIMI pour mieux protéger l’espace informationnel

Les FIMI représentent une évolution importante des menaces informationnelles contemporaines. Elles ne reposent pas uniquement sur la diffusion de fausses informations, mais sur des stratégies visant à influencer la manière dont les citoyens perçoivent les événements, les institutions et les acteurs publics.

En Côte d’Ivoire, renforcer la compréhension de ces phénomènes constitue une étape essentielle pour développer une société mieux préparée face aux manipulations de l’information.

Car une société résiliente n’est pas une société sans fausses informations : c’est une société capable de les identifier, de les comprendre et d’y répondre collectivement.

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Cet article a été rédigé par Kaberu TAIRU, Consultant en Fact-checking. Il a été édité et validé dans le cadre du projet de lutte contre les manipulations de l’information et les ingérences étrangères (FIMI), mis en œuvre en Côte d’Ivoire par le CIDDH avec l’appui d’International IDEA.

COMMUNIQUÉ DE PRESSE – Présidentielle 2025 en Côte d’Ivoire : une coalition d’acteurs de l’information s’engage pour l’intégrité de l’information

Abidjan, le 12 juillet 2025 – Dans un contexte de montée des discours de haine et de la désinformation en ligne à l’approche de l’élection présidentielle ivoirienne, des organisations de la société civile et des médias spécialisés annoncent la création de la coalition pour l’intégrité de l’information en Côte d’Ivoire dans le cadre de la présidentielle prévue en octobre 2025. Cette initiative stratégique est mise en œuvre sous le leadership éditorial d’Africa Check, avec pour objectif de garantir un accès fiable à l’information pendant cette période électorale cruciale.

Baptisée « Coalition Anti Dohi« , cette initiative réunit des médias ivoiriens spécialisés dans la vérification des faits – Abidjan Fact Check, Le Média Citoyen, la Cellule Anti Fake News (AFIN), Eburnie Today, et Ivoire Check (Repprelci) – ainsi que quatre organisations de la société civile : Ovillage, Amazoon du Web, Wikimedia Côte d’Ivoire et Les Bénévoles de l’EMI. Ensemble, ces entités s’engagent à produire plus d’une centaine de contenus éditoriaux et audiovisuels – articles, fiches, vidéos explicatives – afin de prévenir les dérives informationnelles, tout en renforçant l’esprit critique des citoyens.

« Ce travail de veille, de pédagogie et de collaboration est une réponse directe à une menace bien réelle. Dans le tumulte électoral, la désinformation fragilise nos institutions, polarise les débats et érode la confiance. En tant qu’acteurs de l’information, nous avons le devoir d’agir. En Côte d’Ivoire, comme ailleurs, la démocratie ne tient que si l’on en défend les fondements : l’intégrité, la transparence et le droit de chacun à une information fiable. », souligne Valdez Onanina, rédacteur en chef du bureau francophone d’Africa Check.

La coalition est soutenue par le projet « Renforcer la Fiabilité de l’Information en Afrique » co-financé par le Ministère allemand de la Coopération Économique et du Développement (BMZ) et l’Union Européenne, et mis en œuvre par la GIZ en coopération avec le Ministère de la Communication de Côte d’Ivoire. Le projet soutient une diversité d’acteurs des médias et respecte l’indépendance journalistique et la souveraineté des acteurs. La prise de décision éditoriale reste du ressort de la coalition.

Lancée officiellement ce 12 juillet, l’initiative se déploiera jusqu’en décembre 2025, selon une méthodologie collaborative. Un rapport final d’analyse permettra de dresser un état des lieux de la désinformation électorale et de formuler des recommandations concrètes pour préserver l’intégrité du débat public en Côte d’Ivoire.

Contact : coalitionantidohi@gmail.com