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Côte d’Ivoire : de l’Assemblée nationale au parlement bicaméral

Deux mois après l’élection présidentielle ayant acté la réélection d’Alassane Ouattara, le collège électoral ivoirien est de nouveau convoqué le 27 décembre 2025 pour choisir les députés qui vont siéger à l’Assemblée nationale, l’une des plus anciennes institutions politiques du pays.

Par Anderson Diédri et Bakary Traoré (Eburnie Today)

L’assemblée nationale de Côte d’Ivoire représente le peuple, légifère, contrôle l’action du gouvernement et vote le budget. Son évolution est liée à l’histoire de la Côte d’Ivoire depuis son indépendance. La Côte d’Ivoire devient colonie française en 1893 et est administrée dans le cadre de l’AOF (Afrique occidentale française) à partir de 1904. Avant la Seconde Guerre mondiale, les Ivoiriens n’avaient pas de représentants directs en France. Un unique député, le Sénégalais Blaise Diagne, représentait l’ensemble des colonies de l’AOF.

Après la Conférence de Brazzaville (1944), une ordonnance du 22 août 1945 crée deux collèges électoraux dans les colonies, amorçant une représentation locale. Ces évolutions ouvrent la voie à la création des premières institutions pré-parlementaires que sont le Conseil général, l’Assemblée territoriale et l’Assemblée législative (1959). L’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire est instituée par la Constitution ivoirienne du 31 octobre 1960. La première Assemblée est composée le 27 novembre 1960, avec 70 députés, tous Ivoiriens. Elle devient alors l’unique chambre du Parlement sous la Première République.

Une Assemblée nationale monocolore entre 1960 et 1990

Entre 1960 et 1990, la vie politique ivoirienne était animée et dominée par la pensée unique, celle du président Houphouët Boigny et le parti unique, le PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire), membre du RDA (Rassemblement démocratique africain). Durant cette période dominée par le PDCI-RDA, cinq législatures se succèdent.

Le président Philippe Yacé dirige l’Assemblée nationale de 1960 à 1980. Lui succède Henri Konan Bédié de 1980 à 1993, avant qu’il ne devienne président de la République. Les ères Philippe Yacé et Henri Konan Bédié sont marquées par une forte centralisation du pouvoir exercée par le PDCI et l’absence de pluralisme politique réel.

Mais les choses vont réellement changer avec le vent de la démocratie qui souffle sur le monde. Il n’y a pas que le Mur de Berlin qui tombe : les systèmes politiques monopartistes s’effritent et disparaissent avec l’ouverture démocratique et les bouleversements démocratique des années 1990.

La Côte d’Ivoire organise pour la première fois, en 1990 des élections législatives dans un système de multipartisme avec la participation de dix-neuf partis et groupements politiques dont dix-huit de l’opposition. Des partis comme le Front Populaire Ivoirien (FPI), le Parti Ivoirien des Travailleurs (PIT), l’Union des Sociaux-Démocrates (USD), le Parti Républicain de Côte d’Ivoire (PRCI) et le Parti Socialiste Ivoirien (PSI) présentent des candidats.

Sur les 175 députés élus après les élections législatives de 1990, il y a deux candidats indépendants et 10 députés dont 9 du FPI et 1 du PIT. Une timide présence de l’opposition dans une Assemblée nationale encore dominée par le PDCI. L’institution va évoluer au rythme des tensions et querelles politiques en Côte d’Ivoire.

La présidence Bédié et le coup d’État militaire

À la mort du président Félix Houphouët-Boigny, le 7 décembre 1993, deux hommes se retrouvent en compétition directe pour lui succéder. Henri Konan Bédié, président de l’Assemblée nationale et dauphin constitutionnel et Alassane Ouattara, alors Premier ministre. Une dualité de légitimité explosive s’installe et va créer une longue rivalité politique entre les deux hommes. Henri Konan Bédié finit par s’imposer grâce au texte constitutionnel.

« La constitution, notre loi suprême, me confère dans cette dramatique situation, des responsabilités dont je mesure le poids, des responsabilités de chef de l’État. Je les assume dès maintenant. Je les assumerai dans le droit fil de celui qui en fut l’inspirateur et le pays sera gouverné. Le pays sera gouverné pour tous, Ivoiriens et étrangers vivant sur notre sol. À cette fin, je demande à tous de se mettre à ma disposition », indiquait sur les antennes de la télévision nationale Henri Konan Bédié le 7 décembre 1993.

Devenu président, Henri Konan Bédié cède son fauteuil de président de l’Assemblée nationale à Charles Bauza Donwahi qui va diriger la 8ème législature de 1993 à 1995. L’Assemblée nationale n’est plus monocolore : quelques partis d’opposition y sont représentés. En 1997, Charles Bauza Donwahi décède et est remplacé à la tête de l’institution par Émile Atta Brou dont le mandat est écourté par le coup d’Etat militaire du Général Robert Guéï en 1999. La neuvième législature de la première République censée s’achever en 2000 va s’écourter brusquement.

L’Assemblée nationale ivoirienne pourrait être renouvelée en décembre prochain. © SIA-KAMBOU / AFP

 La deuxième République et la marche vers le Parlement

Le coup d’État de 1999 marque une rupture majeure dans les activités de l’Assemblée nationale puisque, pour la première fois depuis 1960, sa dissolution est prononcée par les nouveaux maîtres d’Abidjan. Les putschistes annoncent également la suspension de la Constitution de 1960, du Conseil économique et social et du Conseil constitutionnel. Le pays est désormais dirigé par le Comité national de salut public (CNSP) avec à sa tête le général Robert Guéï. Les militaires dirigés par le général Guéï se présentent en réformateurs. L’une de leurs priorités est de doter la Côte d’Ivoire d’une nouvelle Constitution.

Le texte proposé par les militaires par référendum, le 23 juillet 2000, est adopté par le peuple. La Constitution est officiellement promulguée le 1er août 2000 par la loi n°2000-513. Cependant, il faudra attendre la fin de la crise post-électorale de 2000 pour que la Côte d’Ivoire puisse retrouver une Assemblée nationale.

L’élection présidentielle du 22 octobre 2000 est organisée après le coup d’État du 24 décembre 1999 et la transition militaire dirigée par le général Robert Guéï. Elle devait marquer le retour à un régime civil mais les militaires tentent de se maintenir au pouvoir. Face aux militaires, Laurent Gbagbo et le FPI est le seul parti politique majeur en compétition. La Commission électorale va déclarer Gbagbo vainqueur (59,36 % soit 1 065 597 voix).

Robert Guéï refuse de reconnaître sa défaite et fait dissoudre la Commission nationale électorale. Ensuite, il se proclame vainqueur via le ministère de l’Intérieur. Les partisans de Laurent Gbagbo descendent dans la rue et demandent le départ des militaires. Robert Guéï tente de se maintenir au pouvoir mais finalement sous la pression populaire le 25 octobre 2000, il fuit le pays. Le bilan humain de la crise est lourd : entre 150 et 300 morts (1, 2, 3).

Le retour à l’ordre constitutionnel et l’arrivée au palais présidentiel de Laurent Gbagbo vont permettre l’organisation de l’élection législative de décembre 2000.

La première législature de la deuxième République va officiellement siéger de 2001 à 2011. Mamadou Koulibaly préside l’Assemblée nationale durant une décennie traversée par une crise politico-militaire qui éclate en 2002 et une crise postélectorale fin 2010-début 2011. Le mandat des députés élus en 2000 est prolongé par décrets successifs et l’Assemblée nationale ne se renouvelle pas pendant plus de 10 ans, fonctionnant avec une légitimité affaiblie durant toute la crise. Après l’installation d’Alassane Ouattara en 2011, les législatives de décembre 2011 mettent fin à onze ans de blocage institutionnel et renouvellent enfin l’Assemblée.

Mamadou Koulibaly va céder son fauteuil à Guillaume Soro en 2012. L’ancien chef rebelle va diriger l’institution jusqu’en 2016, année d’une nouvelle réforme constitutionnelle en Côte d’Ivoire. Durant toute cette période, l’Assemblée nationale ivoirienne va fonctionner correctement en jouant un rôle politique important par l’adoption des lois, la promotion de la diplomatie parlementaire et les débats en commission sur des décisions importantes comme la réforme de la coopération militaire avec la France.

L’adoption d’une nouvelle Constitution en 2016 va consacrer le troisième République et crée un Parlement bicaméral composé du Sénat qui est la chambre haute et de l’Assemblée nationale, désormais chambre basse. En 2025, l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire compte 255 députés élus en 2021 pour 5 ans au scrutin majoritaire à un tour. Adama Bictogo, un homme d’affaires et membre influent du RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix) est l’actuel président de l’Assemblée nationale.

Cet article a été réalisé par Eburnie Today, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

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Les affirmations du porte-parole du gouvernement ivoirien sur le ratio policier par habitant et sur le nombre de burkinabè en Côte d’Ivoire sont-ils exacts ?

Cet article examine trois affirmations publiques faites par le ministre porte-parole du gouvernement ivoirien Amadou Coulibaly.

Azil Momar Lo, Africa Check

Dans un entretien diffusé par le média français France 24, le 22 octobre 2025 à quelques jours de la présidentielle ivoirienne, le ministre ivoirien de la Communication et porte-parole du gouvernement de Côte d’Ivoire, Amadou Coulibaly, a fait une série de déclarations portant sur des sujets tels que la sécurité et la démographie.

Amadou Coulibaly sur France 24, le 22 octobre 2025. Capture d’écran effectuée sur le compte YouTube de la chaîne française

Amadou Coulibaly s’est d’abord exprimé au sujet des effectifs de policiers en Côte d’Ivoire qui, selon lui, ont augmenté depuis l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir en 2011. « Nous avons réussi à réduire le ratio de policiers par habitant. On avait, en 2011, un policier pour 1 600 habitants. Aujourd’hui nous avons un policier pour 421 habitants », a-t-il affirmé.

Puis, vers la fin de l’interview, le ministre ivoirien de la Communication a déclaré que la Côte d’Ivoire abrite « environ 3 millions » de ressortissants burkinabé. Il a tenu ces propos alors qu’il répondait à une question concernant des accusations portées par le Capitaine Ibrahim Traoré, le président de la transition au Burkina Faso, envers les autorités ivoiriennes qu’il a accusées « d’héberger les opposants » de son pays et de « servir de base arrière aux terroristes qui frappent le Burkina Faso ».

Capture effectuée sur le site de Radio France International

Dans sa réponse, Coulibaly a indiqué que la Côte d’Ivoire « n’a aucun intérêt à déstabiliser un pays voisin » (le Burkina Faso, NDLR), dont la population résidente en Côte d’Ivoire « représente environ 3 millions d’habitants ».

Dans cet article, nous examinons ces différentes affirmations concernant respectivement le ratio de policiers par habitant d’abord en 2011, le ratio d’aujourd’hui et enfin le nombre de ressortissants du Burkina Faso vivant en Côte d’Ivoire selon les données disponibles.

Sur quelles preuves s’appuient les affirmations d’Amadou Coulibaly ?

Nous nous sommes rapprochés de la cellule de communication du ministère ivoirien de la Communication pour connaître la source des données d’Amadou Coulibaly. Malgré nos relances, nous n’avons pas obtenu de réponse jusqu’à la mise en ligne de cet article. Il sera mis à jour si le ministère de la Communication nous fait parvenir des précisions. 

Déclaration 1 : « En 2011, la Côte d’Ivoire avait un ratio d’un policier pour 1 600 habitants »

Verdict : globalement correct

Les plateformes gouvernementales ivoiriennes mettent à disposition du public le « Bilan complet du gouvernement de Côte d’Ivoire 2011-2025 ». Ce document, présenté comme « la brochure officielle du bilan des actions menées par le Gouvernement de Côte d’Ivoire de 2011 à 2025 », détaille les différentes réalisations de l’actuel président Alassane Ouattara arrivé au pouvoir en 2011 et réélu pour un quatrième mandat consécutif au terme de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Ce document a été mis en ligne sur le réseau social X, le 18 septembre 2025, par le gouvernement ivoirien.

Dans ce bilan, apparaît le ratio de policier par habitant au sein de la population urbaine. Ainsi, en 2011, ce ratio était d’un policier pour 1 680 habitants, selon le document.

Capture d’écran réalisée à la page 24 du Bilan complet du gouvernement de Côte d’Ivoire 2011-2025

Nous avons adressé un courrier électronique à l’Agence nationale de statistique (ANStat) de Côte d’Ivoire pour nous enquérir de ses données sur la question. Mais nos questions n’ont pas encore obtenu de réponse. Notre article sera mis à jour si l’ANStat nous fait parvenir des précisions.

L’expert sénégalais Elimane Sall, consultant et formateur en défense, paix et sécurité, explique que la source qui fait autorité au niveau international pour les données brutes sur les effectifs de police par pays est l’Enquête sur les tendances de la criminalité et le fonctionnement des systèmes de justice pénale de l’ONU (UN-CTS en Anglais, pour  »United Nations Surveys on Crime Trends and the Operations of Criminal Justice »). « C’est la source primaire à laquelle se réfèrent la plupart des bases de données universitaires et des rapports internationaux », fait savoir l’expert.

Cette enquête annuelle est administrée par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Elle fournit un aperçu des tendances et des interrelations entre les différents éléments du système de justice pénale afin de favoriser la prise de décisions éclairées dans le domaine administratif, à l’échelle nationale et internationale. Sur sa plateforme, l’ONUDC avertit que les statistiques sur la criminalité communiquées dans le cadre de l’UN-CTS concernent principalement les crimes signalés et/ou détectés. Il convient donc d’interpréter ces données avec prudence et de faire preuve de circonspection lors des comparaisons entre pays.

Des policiers anti-émeutes ivoiriens bloquent l’accès au palais de justice d’Abidjan, le 24 avril 2025. ISSOUF SANOGO / AFP

Nous avons contacté l’ONUDC qui nous a redirigé vers son portail de données dans lequel les données collectées dans le cadre de l’UN-CTS sont publiées. Cependant, pour 2011, les données pour la Côte d’Ivoire, ainsi que celles de plusieurs autres pays, sont absentes. La seule donnée disponible pour la Côte d’Ivoire remonte à 2008. Pour cette année, avec un personnel de 15 770 policiers recensés, la Côte d’Ivoire affichait un ratio de 73,30 policiers pour 100 000 habitants. Ce qui représente 1 policier pour 1364 habitants.

La plateforme Our World in Data, également recommandée par Elimane Sall, agrège et contextualise des données internationales, y compris le ratio policier/1000 personnes. Mais pour la Côte d’Ivoire, elle ne dispose pas de données concernant l’année 2011.

En l’absence de réponse de l’ANStat et en raison d’un manque de sources indépendantes, nous avons évalué cette déclaration à la lumière de la seule source publique disponible qui émane du gouvernement ivoirien.

Par conséquent, cette affirmation d’Amadou Coulibaly est globalement correcte.

Déclaration 2 : « Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire a un ratio d’un (01) policier pour 421 habitants »

Verdict : exagéré

Selon la brochure officielle du bilan des actions menées par le Gouvernement de Côte d’Ivoire de 2011 à 2025 mentionnée plus haut, le ratio est d’un policier pour 509 habitants en 2024.

Ces mêmes données sont reprises en détails par une brochure publiée sur la plateforme gouvernementale bilan.gouv.ci, qui est logée sur le site du gouvernement de Côte d’Ivoire gouv.ci.

Source: bilan.gouv.ci

Selon la brochure, le ratio de gendarme/habitant est passé de 1/1385 en 2011 à 1/1210 en 2024/2025.

Quant au ratio de policiers par habitant, il est passé de 1/1 680 en 2011 à 1/509 en 2024/2025.

Ce ratio d’un policier pour 509 habitants en 2024/2025 indiqué par les données gouvernementales est donc légèrement plus important que le ratio d’un policier pour 421 habitants mentionné par Amadou Coulibaly.

Par ailleurs, le ratio de policier par habitant est aussi mentionné dans le Projet de loi finances portant budget de l’Etat pour l’année 2025, publié par le Ministère des Finances et du Budget de Côte d’Ivoire. La section du document consacrée aux activités du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité fait le point sur le ratio de fonctionnaires de Police sur population urbaine, en indiquant un ratio d’un policier pour 601 habitants pour 2023.

Mais le document précise que la cible de la Côte d’Ivoire pour l’année 2025 est d’un policier pour 509 habitants.

Nos recherches sur le portail de données de l’ONUDC ont été infructueuses. Pour la Côte d’Ivoire, les dernières statistiques datent de 2008.

De la même manière, les données les plus récentes de la plateforme Our World in Data pour la Côte d’Ivoire remontent à 2008.

Eu égard aux données disponibles, la déclaration du porte-parole rapportant qu’aujourd’hui la Côte d’Ivoire a un ratio d’un policier pour 421 habitants est exagérée. Les données publiques les plus actuelles font état d’un ratio d’un policier pour 509 habitants en 2024/2025.

Il n’existe pas de ratio standard international sur le nombre de policiers par habitants

Dans son Info Finder, la version anglaise de sa base d’agrégation de sources fiables, Africa Check renseigne qu’il n’existe pas de ratio standard officiel en termes d’effectifs de policiers par habitant. Ce que confirme Elimane Sall, expert et formateur sénégalais en défense, paix et sécurité

« Il n’existe pas de ratio universellement reconnu par des organismes comme les Nations Unies (ONU) ou Interpol que tous les États membres seraient tenus d’atteindre », note-t-il.

Elimane Sall détaille que cela s’explique par plusieurs facteurs complexes. Il souligne d’abord le « contexte sécuritaire spécifique ». Le ratio « idéal » dépend intrinsèquement des menaces spécifiques (criminalité organisée, extrémisme violent, sécurité post-conflit, etc.), de la géographie (densité de population, zones urbaines vs. rurales) et de la structure même de la force (police nationale, gendarmerie, polices municipales, etc.) de chaque pays.

Ce spécialiste met également l’accent sur l’« approche de la sécurité », pour dire que « l’approche moderne de la sécurité insiste davantage sur la gouvernance, la légitimité, l’efficacité et le respect des droits de l’homme que sur le simple volume des effectifs. Avoir plus de policiers ne signifie pas nécessairement une meilleure sécurité », estime-t-il.

Enfin, Elimane Sall mentionne le facteur «définition variable ». « La définition d’un « policier » varie d’un pays à l’autre (inclusion ou non de la gendarmerie, des agents de soutien, des douanes, etc.), rendant l’établissement d’une norme unique difficile », conclut-il.

Déclaration 3 : Il y a environ « 3 millions » de ressortissants du Burkina Faso vivant en Côte d’Ivoire

Verdict : sous-estimé 

En Côte d’Ivoire, le Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 2021 (RGPH 2021) dont les chiffres définitifs ont été publiés en juillet 2022 rapporte les dernières statistiques officielles sur le nombre de personnes de nationalité étrangère résidant dans le pays.

Le Tableau 8 de cette étude d’envergure nationale précise de manière détaillée la répartition de la population non ivoirienne par nationalité en 1998 et en 2021.

Comme on peut le voir sur le tableau ci-dessus, en 2021, l’effectif des ressortissants du Burkina Faso est de 4 056 444 personnes. Ce chiffre était de 2 238 548 en 1998 selon la même source.

Le chiffre de 4 056 444 est supérieur à celui indiqué par le porte-parole du gouvernement (« environ 3 millions »).

En conclusion, l’estimation d’Amadou Coulibaly concernant le nombre de Burkinabè en Côte d’Ivoire est en dessous de ce que révèlent les données publiques disponibles sur le sujet.

Cet article a été réalisé par Africa Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

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Imbroglio sur le nombre de décès enregistrés lors des manifestations en lien avec la présidentielle ivoirienne de 2025

De nombreuses informations sont relayées sur les réseaux sociaux et parfois par les acteurs politiques et des institutions sur les différents incidents qui ont émaillé le processus électoral en vue de la présidentielle du 25 octobre 2025 en Côte d’Ivoire. En l’absence d’une communication officielle précise, il est difficile de se retrouver dans ces chiffres qui sont avancés. Éclairage sur ces incidents rapportés, en particulier sur le nombre de décès enregistrés.

Anderson Diedri, Eburnie Today

En début de soirée du 25 octobre 2025, le jour du scrutin, alors que les populations attendaient les premiers résultats de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, livrait ses premières analyses sur les antennes des télévisions nationales. Il a expliqué que le scrutin s’est globalement bien déroulé dans l’ensemble malgré des incidents signalés dans certaines localités du pays. Il a exprimé sa satisfaction d’avoir dénombrer moins de pertes en vie humaines lors de cette élection, alors que les périodes électorales sont généralement des périodes de tensions socio-politiques en Côte d’Ivoire.

« Voyez-vous à chaque fois, qu’à l’occasion d’une élection, il y a mort d’hommes, nous prenons ça pour notre compte, même si ce n’est pas directement lié à la Commission électorale indépendante parce que nous on ne tue pas. Mais c’est toujours regrettable que l’occasion de l’opération dont vous avez la responsabilité constitue une cause mortifère au point d’affecter la vie des citoyens. Il y a, à un moment donné, un regret. Donc, aujourd’hui, je suis un homme plus ou moins heureux parce qu’en dehors du cas malheureux dans la zone de l’Agneby-Tiassa où l’un de nos frères d’armes a perdu la vie, je crois qu’on n’a pas dénombré de mort sur toute l’étendue du territoire. Ce qui est une bonne chose pour nous. Nous sommes satisfaits de cela », a déclaré Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, comme le rapporte cette publication de la chaîne de télévision ivoirienne NCI à partir de la 13ème minute (13’45).

Le président de la CEI fasaiit référence au décès, survenu le 20 octobre 2025, du Sous-lieutenant Klenon Lassina Daniogo, un officier de gendarmerie en service à l’escadron d’Agboville au cours d’une mission de sécurisation.

Ce décès est-il effectivement le seul enregistré au cours des manifestations en lien avec la présidentielle ivoirienne de 2025 ?

Décompte des chiffres réels des incidents 

Si, au moment de la mise en ligne de cet article, il n’y avait pas encore eu de communication officielle précise et détaillée faisant le bilan de l’ensemble des incidents, en particulier sur le nombre de décès, un recensement a été effectué par la Coalition Anti Dohi sur la base des communiqués et déclarations de la justice, de la police, de la gendarmerie, d’institutions étatiques, des partis politiques et des témoignages sur le terrain. Ce décompte fait état d’une dizaine de morts.

Dans un contexte marqué par des manifestations de l’opposition, et alors que le Front Commun, une coalition de partis politiques de l’opposition dirigée par le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), a annoncé une marche, le 11 octobre 2025, pour réclamer « (la) démocratie, (la) justice et (la) paix ».

En réponse, Andjou Koua, le préfet du département d’Abidjan, a publié un arrêté interdisant « toute marche le 11 octobre 2025 sur toute l’étendue du territoire du département d’Abidjan » pour « la préservation de l’ordre public en cette période particulière de la campagne électorale pour l’élection présidentielle ». Puis, un arrêté conjoint, pris le 17 octobre 2025 par les ministres de la Défense Téné Birahima Ouattara et de l’Intérieur et de la Sécurité Vagondo Diomandé, a ajouté que « les meetings et manifestations publiques des partis ou groupements politiques sont interdits sur toute l’étendue du territoire national, à l’exception de ceux qui s’inscrivent dans le cadre de la participation au processus électoral relatif à l’élection du Président de la République du 25 octobre 2025 ».

Cependant, le Front Commun a maintenu son mot d’ordre, ouvrant la voie à des interventions des forces de l’ordre. Plusieurs incidents ont été enregistrés.

La police arrête un manifestant lors d’affrontements avec des partisans de l’opposition à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le samedi 11 octobre 2025. AP Photo/Diomande Ble Blonde

Dans une déclaration faite le 27 octobre 2025 par sa présidente Namizata Sangaré, le Conseil national des droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDH) a dressé un bilan de la situation préélectorale entre le 11 et le 21 octobre 2025. Il fait état de six morts survenus lors des manifestations de l’opposition. « Suite aux interventions des forces de l’ordre, plus de 700 personnes ont été interpellées selon les autorités et contre lesquelles des procédures judiciaires ont été ouvertes. Six autres ont perdu la vie dont deux dans la région du Sud-Comoé, une dans la région de l’Agneby-Tiassa (Grand Yapo), une à Daloa et deux à Yamoussoukro », a annoncé le CNDH, sans plus de détails.

Selon un communiqué du procureur de la République de Toumodi, une personne nommée Paul Kacou Konan (46 ans) est décédée, le 21 octobre 2025, d’un traumatisme crânien, après avoir reçu une pierre à la tête alors qu’il aidait la gendarmerie à lever des barricades dressées par des « individus » dans le village de Kami (commune de Yamoussoukro).

En outre, comme l’a indiqué le président de la CEI, la gendarmerie nationale a confirmé, dans communiqué, la mort du Sous-lieutenant Klenon Lassina Daniogo, le 20 octobre 2025, après avoir reçu des tirs « à l’épaule et à l’abdomen » lors d’une patrouille de sécurisation à Grand Yapo sur l’axe Agboville-Azaguié. Une enquête a été ouverte pour « élucider les circonstances de ce drame ».

Le 19 octobre 2025, un homme du nom de Marc Géraude Kprohi (34 ans) a également perdu la vie. Selon le communiqué du procureur de la République de Daloa, il a été arrêté ce jour-là avec huit autres personnes à l’occasion d’une opération de démantèlement de barricades érigées entre les villages de Bla et Tchébléguhé sur l’axe Daloa-Issia. Il est mort lors de son évacuation au Centre hospitalier régional (CHR) de Daloa, après avoir constaté un « état d’essoufflement » au cours de son « interrogatoire » à la brigade de gendarmerie de Daloa. Une enquête a été ouverte pour connaître les « causes » du décès. Selon cet article du média ivoirien Linfodrome, daté du 21 octobre 2025, sur des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, la mort de Marc Géraude Kprohi s’inscrit dans le cadre d’« incidents (survenus) dans un climat politique particulièrement tendu, à quelques jours de la présidentielle du 25 octobre 2025 ».

Capture d’écran de l’article du média Linfodrome sur le décès Marc Géraude Kprohi à Daloa

Autre décès signalé en lien avec ce contexte électoral, celui d’Ernest Christophe Allouan (22 ans), le 13 octobre 2025. La Police nationale a expliqué, dans un communiqué, qu’il a été atteint à la mâchoire par une balle tirée par « des individus non identifiés circulant à bord d’un véhicule 4×4 », lors d’une manifestation à Bonoua. Il a succombé à ses blessures dans la soirée au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Treichville à Abidjan où il avait été évacué. Une enquête a été ouverte par la direction de la Police criminelle « afin de faire toute la lumière sur les circonstances de ce drame et d’identifier les auteurs ». Dans une dépêche de l’Agence ivoirienne de presse datée du 14 octobre 2025, « des manifestations de jeunes dans les rues de Bonoua visant, selon eux, à s’opposer à protester contre un quatrième mandat du candidat du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) à la présidentielle, Alassane Ouattara, et la réaction des forces de l’ordre ont paralysé les activités dans certains quartiers de la ville de Bonoua, lundi 13 octobre 2025 ».

Capture d’écran de la dépêche de l’Agence ivoirienne de presse

Dans un communiqué daté du 15 octobre 2025, le PPA-CI dirigé par Laurent Gbagbo, dressant un bilan « provisoire » des événements, a indiqué « deux personnes décédées » dont Ernest Christophe Allouan et « un bébé de deux ans, qui a été étouffé par les gaz lacrymogènes d’une grenade lancée par les forces de l’ordre dans une cour dans le village d’Abié dans le département d’Adzopé ».

Contactée par la Coalition Anti Dohi, le 28 octobre 2025, Augustine Asseuhin Agoua, la grand-mère a témoigné que le bébé de « trois mois » (et non deux ans comme annoncé par le PPA-CI) est décédé après avoir inhalé du gaz lacrymogène lancé par les forces de l’ordre lors d’une intervention au petit matin du 14 octobre 2025. L’enfant étant malade, il n’a pas supporté le gaz lacrymogène, estime-t-elle : « Je n’ai pas l’argent. Quand ça s’est passé, je n’ai eu personne pour venir à mon aide. Donc je ne suis pas partie à l’hôpital. La maman du bébé est actuellement malade ».

S’agissant des événements survenus le jour du scrutin, le 25 octobre 2025, le CNDH a indiqué que ses observateurs « ont rapporté avoir été informés de pertes en vie humaine à Nahio, dans la région du Haut-Sassandra et des violences contre des personnes, y compris des éléments des forces de l’ordre et des agents électoraux ». Sans plus de précision.

Dans une déclaration faite le 26 octobre (ici et ici), le Front Commun a dit avoir noté « trois morts et vingt-neuf blessés » à Grand-Nahio, « quatre morts, 67 blessés graves et 5 maisons incendiés », à Niamayo et dans le village de Didakouadioblé à Toumodi. Le « jeune N’Guessan Kouadio Richard, 13 ans seulement, tué par balle alors qu’il n’était pas mêlé d’aucune manière à une quelconque manifestation », a rapporté le Front Commun.

Après vérification, plusieurs habitants assurent qu’il n’y a pas de village nommé Didakouadioblé à Toumodi, mais plutôt Didakouadiokro et Didablé. Contacté le 28 octobre 2025, le chef intérimaire du village de Didablé, Yao Kra, a expliqué à la Coalition Anti Dohi qu’ « il n’y a rien eu à Didablé. Il n’y a pas eu d’incident. Rien ne s’est passé ici. Le vote s’est passé tranquillement ».

Franck Abel Kouamé, le président des jeunes Didakouadiokro, joint également, suite aux incidents dans le village, quatre jeunes ont été interpellés le 25 octobre 2025 en fin de journée par la police (trois de Didakouadiokro et un de Didayaokro). Un blessé « grave » a été évacué à Toumodi, puis à Bouaké pour des soins. Lorsque les « lacrymogènes ont été lancés, ça l’a tapé sur la tête », a-t-il rapporté.

Selon Edouardo Kouadio, un membre de la famille, il s’agit de Romaric N’Goran, 17 ans. « On était ici. Les forces de l’ordre ont lancé des lacrymogènes. Il était à la maison et ça l’a tapé au niveau de la tête. Il a été évacué d’abord au centre de santé de Didablé. Vers minuit-1h du matin, ça n’allait pas, donc on l’a envoyé à Toumodi. C’est de Toumodi qu’on l’a envoyé à Bouaké. Ça va un peu chez lui », a-t-il témoigné.

Concernant les événements à Nahio, contacté les 27 et 28 octobre 2025, un fonctionnaire et un habitant sur place, Zirihi Onané, ont confirmé la mort de trois personnes. Il s’agit de Digbeu Gouaméné Faras (ancien ambulancier de Nahio), Douamé Zely Guimos (un chef de quartier) et Micheline Ballié. Un bilan également rapporté par le site d’information ivoirien Linfodrome. Ces témoignages font état de 21 blessés et 25 maisons incendiées. Les autorités administratives se sont rendues à Nahio au lendemain des événements pour appeler à l’apaisement. Zirihi Onané, dont la maison a été aussi « calcinée », explique que ces affrontements violents ont eu lieu le jour du scrutin, lorsqu’un groupe de jeunes a tenté d’empêcher le déroulement des votes.

Dans la soirée du 28 octobre 2025, un communiqué du procureur de la République d’Issia a confirmé nos recherches, précisant qu’à Nahio, « les affrontements ont fait trois (03) morts, causé des blessures à dix-neuf (19) personnes et entrainé la destruction de nombreux biens ». Une enquête a été ouverte à pour « situer les responsabilités ».

En somme, contrairement aux déclarations du président de la Commission électorale indépendante indiquant, le 25 octobre 2025,  qu’en dehors de l’officier de gendarmerie décédé le 20 octobre 2025 à Agboville, « on n’a pas dénombré de mort sur toute l’étendue du territoire » lors du processus électoral, les données collectées et recoupées par la Coalition Anti Dohi indiquent qu’une dizaine de personnes ont perdu la vie au cours de la période indiquée.

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Eburnie Today, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

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Fact-checking Sécurité & Criminalité

Côte d’Ivoire : non, des « insurgés » n’ont ni pris d’assaut l’aéroport de Korhogo, ni incendié un hélicoptère

Les publications que nous examinons dans cet article détournent des événements réels survenus en Côte d’Ivoire pour diffuser de fausses informations. Bien qu’un hélicoptère MI-24D se soit écrasé à l’aéroport de Korhogo, le 27 octobre 2025, aucune attaque liée à une insurrection contre les autorités n’est à l’origine de l’incident.

Raymond Dibi, Agence Ivoirienne de Presse

En Côte d’Ivoire, les résultats provisoires de l’élection présidentielle tenue le 25 octobre 2025 ont été publiés par la Commission Électorale Indépendante (CEI), le 27 octobre 2025. Le Président sortant Alassane Ouattara, candidat à sa propre réélection, a été élu provisoirement après avoir obtenu 89,77 % des voix. Le même jour où ces résultats provisoires ont été proclamés, une publication du compte Amadou Maiga, suivi par plus de 72 000 abonnés, a affirmé : « URGENT : Les insurgés ont pris d’assaut l’aéroport de Korhogo. Un hélicoptère MI-24 incendié. »

Capture d’écran de la publication du compte Amadou Maiga

Le mot « insurgé » vient du verbe « s’insurger », qui signifie se révolter ou se soulever contre l’autorité en place. Autrement dit, les insurgés sont des personnes qui prennent part à une insurrection, c’est-à-dire une révolte armée ou violente dirigée contre le pouvoir établi.

Le post Facebook ci-dessus fait donc croire que des « insurgés » auraient attaqué l’aéroport de Korhogo et incendié un hélicoptère militaire.

Au moment de la mise en ligne de cet article, la publication comptait un millier de mentions  »J’aime »’, plus de 100 commentaires et une soixantaine de partages. Elle a notamment été amplifiée par plusieurs autres comptes Facebook (1, 2, 3, 4 ).

Contexte de la publication que nous examinons

La publication que nous examinons détourne des événements réels survenus en Côte d’Ivoire pour propager de fausses informations.

En effet, le 27 octobre 2025, jour de la proclamation des résultats provisoires de la présidentielle ivoirienne de 2025, un hélicoptère de type MI-24D de l’armée ivoirienne s’est écrasé sans faire de victime à l’aéroport de Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire. D’où l’usage des termes « les insurgés ont pris d’assaut l’aéroport de Korhogo » et « un hélicoptère MI-24 incendié » par le post Facebook.

Capture d’écran d’un article du publié sur le média ivoirien Fraternité Matin, le 27 octobre 2025

Le même jour, le 27 octobre 2025, le journaliste ivoirien Fernand Dédeh a rapporté sur Facebook que des tirs ont été entendus en territoire burkinabé, à proximité de la frontière ivoirienne, dans la zone de Téhini (Nord-Est). Il a rapporté cette information en même temps que le crash de l’hélicoptère de MI-24D de l’armée ivoirienne. Ces deux informations évoquant le domaine de la défense et de la sécurité ont pu alimenter des craintes et fake news sur les réseaux sociaux.

Capture d’écran de la publication de Fernand Dédeh

D’après les données cartographiques de Google en 2025, environ 250 kilomètres, pour quatre heures de route en voiture, séparent les localités de Korhogo et Téhini.

Capture d’écran Google Maps

Ce qui s’est réellement passé à l’aéroport de Korhogo

Dans le détail, un communiqué officiel de l’État-major général des armées de Côte d’Ivoire publié, le 27 octobre 2025, explique que, le même jour, aux environs de 13h00, un hélicoptère MI-24D des Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI) a subi une panne technique au décollage sur la piste de l’aéroport de Korhogo. L’appareil a effectué « un posé d’urgence, sans faire de victime parmi les membres d’équipage ni au sein du personnel présent sur la zone aéroportuaire ».

Le communiqué n’évoque aucune trace d’incendie ou d’attaque qui serait à l’origine de l’incident, contrairement à ce qu’indique la publication de la page Facebook Amadou Maiga.

Capture d’écran du communiqué officiel du ministère d’État, ministère de la Défense, annonçant qu’un hélicoptère MI-24D des Forces armées de Côte d’Ivoire a subi une panne technique au décollage.

Au moment de la mise en ligne de cet article, aucun canal officiel de communication du gouvernement ivoirien, aucun journaliste ou média crédible, n’a confirmé une prétendue prise d’assaut de l’aéroport de Korhogo par des insurgés, le 27 octobre 2025.

Cet article a été réalisé par l’Agence ivoirienne de presse, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

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Fact-checking Politique & Gouvernance

Élection présidentielle en Côte d’Ivoire : faux, l’Agence ivoirienne de presse n’a pas rapporté que des terroristes ont voté à Korhogo (Nord)

Des publications faisant le tour de Facebook mentionnent l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP) comme la source d’images qui prétendent montrer des « terroristes » en train de voter à Korhogo. C’est faux.

Raymond Dibi – Agence ivoirienne de presse

Une publication partagée sur Facebook par le compte Lee Mali Ma Patrie affirme que des « terroristes auraient été aperçus le 25 octobre 2025 dans la matinée à Korhogo, précisément à Korohara, en train de voter », citant l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP) comme source.

Dans le détail, la publication diffusée, le jour de l’élection présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire, allègue : « RCI Urgent. Des terros aperçus ce matin à Korhogo plus précisément à Korohara en train de vouloir accomplir leur devoir terroriste en votant pour Alassane Dramane Ouattara. La Côte d’Ivoire est devenu si bas, il faut que le peuple se réveille. Source : Agence Ivoirienne de Presse (AIP) ». Au moment de la mise en ligne de cet article, cette publication avait déjà généré plus d’un millier de mentions « J’aime », plus de 520 commentaires et plus de 230 partages.

Cette rumeur a été également relayée sur Facebook (1,2) par d’autres profils citant l’AIP.

Des publications (1,2,3,4) rapportent les mêmes rumeurs, citant comme source le média ivoirien Abidjan.net.

Images décontextualisées

La vérification effectuée à l’aide de la recherche d’image inversée sur Google et de l’outil Google Lens révèle que la photo principale de cette publication (en haut) circule en ligne depuis au moins 2013. Elle avait été utilisée dans un article de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), dans un tout autre contexte. Selon le HCR l’image montre « un réfugié malien au Burkina Faso (qui) vérifie si son nom est sur les listes électorales affichées dans le camp de réfugié de Goudebou ».

Quant à la deuxième photo, en bas à gauche de la publication, la vérification par recherche d’image inversée a révélé qu’elle date de juillet 2013. Elle avait été utilisée pour illustrer un article publié sur le site d’information Abamako.com, sans aucun lien avec la situation évoquée dans la publication. La photo prise par le journaliste de l’Agence France-Presse (AFP) Fred Dufour montre des Maliens qui ont commencé à voter au premier tour de l’élection présidentielle malienne de 2013.

Par ailleurs, nos vérifications menées sur les canaux officiels de l’Agence Ivoirienne de Presse (AIP), site web, pages Facebook et X, n’ont révélé aucune publication faisant état de la présence de terroristes votant à Korhogo.

Contacté par la Coalition Anti Dohi, Soro Sionfolo, le chef de bureau régional de l’AIP à Korhogo, a réfuté la diffusion par l’AIP des allégations contenues dans la publication de la page Lee Mali Ma Patrie. Selon lui, l’AIP n’a jamais été saisi à ce sujet et n’a publié aucun élément relatif à des terroristes votant dans cette localité. Il souligne que cette affirmation est totalement infondée et relève d’une désinformation manifeste visant à tromper le public.

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Fact-checking Politique & Gouvernance

FICHE D’INFO – Présidentielle ivoirienne de 2025 : comment les votes sont comptés et publiés officiellement ?

À la veille de l’élection présidentielle ivoirienne de 2025, une fausse publication attribuée à Abidjan.net  annonçant des résultats fictifs a semé la confusion sur les réseaux sociaux. Face à ces résultats fictifs largement relayés, il est essentiel de rappeler comment les votes sont réellement comptés et comment les résultats officiels sont publiés.

Aymar Kevin, Cellule Anti Fake News

À la fermeture des bureaux de vote, les agents désignés par la Commission électorale indépendante (CEI) procèdent au dépouillement in situ, en présence des représentants des partis politiques, des observateurs accrédités et parfois d’électeurs témoins.

Selon le guide de l’observateur électoral, mis à la disposition du public par la CEI, les bulletins sont extraits de l’urne, comptés, triés (exprimés, blancs, nuls) et consignés dans un procès-verbal affiché publiquement.

Le dépouillement des votes est « le processus le plus transparent », selon Thierry Nessemon, observateur auprès de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH). Ainsi, à la suite de cet exercice, l’affichage du résultat local de ce dépouillement vise à assurer que chaque citoyen puisse vérifier la concordance entre ce qui a été annoncé et ce qui figure dans le procès-verbal officiel, selon le guide de l’observateur électoral.

Au centre, la présidente du Conseil constitutionnel, Chantal Camara. Source : CEI

Centralisation et publication : du local au national

 

Le guide de la CEI fait savoir qu’une fois les résultats de chaque bureau affichés, ceux-ci sont transmis aux instances locales de la CEI puis vers une plateforme de centralisation. À ce stade, la CEI élabore les résultats provisoires fondés sur les procès-verbaux transmis.

Ensuite, après les dépouillements au niveau de la CEI, la publication officielle par le Conseil constitutionnel clôture le processus de comptage et marque la reconnaissance institutionnelle de l’élection. Il est de son ressort de proclamer de manière définitive les résultats de l’élection, note le guide de l’observateur électoral.

Vérification par les observateurs et les représentants

Pour s’assurer de l’intégrité pleine de la période suivant le vote, plusieurs acteurs gouvernementaux et indépendants interviennent à des fins d’observation et de vérification.

En effet, le guide de l’observateur électoral de la CEI fait remarquer qu’il y a les représentants des partis présents dans les bureaux de vote, qui veillent à la bonne tenue des opérations. Les missions d’observation nationales ou internationales examinent non seulement le vote, mais aussi la phase de comptage et de centralisation. Leur rôle est de garantir que les chiffres ne proviennent pas uniquement d’un bureau éloigné, mais s’appuient sur des copies accessibles et vérifiables.

Source : CEI

Distinguer les résultats officiels des rumeurs

Dans un contexte électoral, les rumeurs peuvent se propager, que ce soit en termes de chiffres non vérifiés, de résultats partiels ou d’annonces informelles.

Drissa Soulama, coordonnateur national du Forum de la société civile de l’Afrique de l’Ouest (FOSCAO-CI), a expliqué à la Coalition Anti-Dohi quels sont les indices d’un résultat fiable sur les élections. « Un bon résultat, note-t-il, est un résultat issu d’un bureau et qui a suivi le processus de validation ».

« En effet, tout résultat issu d’un bureau de vote doit être inscrit sur un PV (procès-verbal, NDLR) avec la signature du président du bureau de vote, celle des représentants des candidats présents ainsi que des scrutateurs. C’est ce PV qui va subir le processus de validation du bureau de vote jusqu’à la proclamation par la commission centrale », indique Drissa Soulama.

En outre, notons qu’il est également important de se référer aux sources officielles, telles que les communications de la CEI ou du Conseil constitutionnel. Ce dernier est la seule instance habilitée à communiquer les résultats officiels d’une élection.

Les documents publics, les affichages des résultats dans les bureaux de vote et la publication des procès-verbaux sont aussi des preuves de la légitimité du scrutin. Un résultat diffusé par des structures non habilitées – comme ceux publiés par Abidjan.net à quelques heures de l’élection présidentielle – ou en dehors du calendrier annoncé, doit ainsi être pris avec prudence. Soulignons tout de même, qu’Abidjan.net a dit que cet incident provenait d’« une erreur d’affichage » et d’« un dysfonctionnement technique survenu lors des opérations de mise à jour » à l’occasion des « essais internes » sur sa plateforme des résultats de l’élection présidentielle de 2025.

Comme rappelé dans cet article publié par Africa Check dans le cadre des travaux de la Coalition Anti Dohi, « les dispositions du Code électoral ivoirien interdisent clairement toute publication de sondages et de résultats de vote après la publication des listes électorales définitives. C’est d’ailleurs ce qui a motivé la double mise en garde par la Commission électorale indépendante (CEI) visant les personnes et médias enfreignant la loi électorale à travers la publication de résultats de vote de sondage en période électorale ».

Cet article a été réalisé par Cellule Anti Fake News membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

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Côte d’Ivoire : de fausses rumeurs évoquent l’assassinat du Directeur de publication du média Abidjan.net

Des publications mensongères sur les réseaux sociaux en Côte d’Ivoire ont prétendu que, Robert Kra, Directeur de publication du célèbre site d’information Abidjan.net, a été enlevé et assassiné.

                                    Dofra Sekongo, Lemediacitoyen.com

Le 24 octobre 2025, à la veille de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, de faux résultats provisoires attribués au site Abidjan.net  ont circulé sur internet et les réseaux sociaux. Ces données fictives annonçaient la victoire du président sortant Alassane Ouattara avec plus de 95 % des suffrages, parmi les cinq candidats en lice.

Peu après la parution de ces faux résultats, le site Abidjan.net s’est fendu d’un communiqué pour présenter ses excuses sur cet incident qu’il dit provenir d’« une erreur d’affichage » et d’« un dysfonctionnement technique survenu lors des opérations de mise à jour » à l’occasion des « essais internes » sur sa plateforme des résultats de l’élection présidentielle de 2025.

Les rumeurs que nous vérifions

Le 25 octobre 2025, le profil Facebook Maimouna Camara, communément appelée (la Guêpe), a publié sur sa page Facebook un message affirmant : « Mr Kra directeur de publication du site Abidjan.net enlevé par les encagoulés pour avoir publié les résultats avant la date ».

À la date du 26 octobre 2025, la publication a enregistré plus de 9 000 mentions « J’aime », plus de 1 000 commentaires et 671 partages.

Capture d’écran de la publication de Maimouna Camara sur Facebook

Contacté par téléphone le 26 octobre 2025 par la Coalition Anti Dohi, Robert Kra a démenti les rumeurs : « Je suis vivant et en bonne santé. La preuve, c’est que nous sommes en train de parler ».

À ce propos, Abidjan.net a publié un communiqué de démenti formel, réfutant les affirmations selon lesquelles Robert Kra aurait été enlevé, arrêté ou se serait suicidé.

Cet article a été réalisé par Le Média Citoyen membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition

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Présidentielle en Côte d’Ivoire : faux, le convoi du ministre de la Défense n’a pas été attaqué le jour de l’élection

Le 25 octobre 2025, jour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, une rumeur affirmant que le convoi du ministre ivoirien de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a été pris pour cible par des individus non identifiés a circulé massivement sur les réseaux sociaux. Des publications évoquent même des véhicules incendiés et des pertes en vies humaines. Vérification faite, ces publications sont fausses.

Par Emmanuel Azian, Abidjan Fact Check

Une publication diffusée sur Facebook par la page AES MEDIAS TV et relayée sur plusieurs comptes Facebook (1, 2, 3), le 25 octobre 2025, prétend que le convoi du ministre ivoirien de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a été attaqué par des individus armés alors qu’il se rendait dans un bureau de vote dans le cadre de l’élection du président de la République. Selon les auteurs de ces posts, deux véhicules du cortège ont été incendiés et leurs occupants ont été tués.

Capture d’écran de la publication sur Facebook, effectuée le 26 octobre 2025

Une photo datant de 2020

En procédant à une recherche inversée d’image avec le moteur de recherche Google, nous avons pu constater que la photo accompagnant la publication ne date pas d’octobre 2025. Selon un article du journal français Le Figaro, publié le 19 octobre 2020, cette image montre l’incendie d’un bus survenu lors d’une manifestation contre la candidature du président Alassane Ouattara à un troisième mandat.

Le site Afrik.com explique que deux bus de la Société des transports abidjanais (SOTRA) ont été incendiés dans cette manifestation à Abidjan.

Capture d’écran sur le site du quotidien Le Figaro, effectuée le 26 octobre 2025

Le ministre ivoirien de la Défense est apparu dans un bureau de vote

Alors que AES MEDIAS TV a fait cette publication ce 25 octobre à 11h32, le ministre Téné Birahima Ouattara, a assuré peu avant, à 10h02 sur Facebook, qu’il a voté à Kong, dans le Nord-Est du pays. « Je viens à l’instant d’accomplir, au bureau N°2 EPP BAD à Kong, mon devoir citoyen en prenant part au vote de ce samedi 25 octobre 2025 », a écrit le ministre.

Capture d’écran de la publication du ministre Téné Birahima Ouattara

Son vote a été relayé par plusieurs médias notamment L’Intelligent d’Abidjan, L’Avenir et Le Mandat. Ces médias n’ont rapporté aucun incident concernant le ministre de la Défense.

Contacté le 26 octobre 2025, par la Coalition Anti Dôhi, le journaliste Joël Touré de l’Intelligent d’Abidjan, envoyé spécial de son média à Kong, a confirmé que « le ministre a bel et bien voté dans la localité de Kong avant de rejoindre Ferké plus tard dans la journée » du 25 octobre 2025. Il ajoute qu’il n’y a eu « aucun incident à signaler tout au long du trajet » du ministre de la Défense.

En outre, aucune communication officielle n’a été faite sur cette rumeur.

Dans le cadre de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 en Côte d’Ivoire, le pays connaît une recrudescence de fausses informations circulant sur les réseaux sociaux.

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Abidjan Fact-Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

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Ces publications qui prétendent montrer un avion-cargo de l’armée française transportant « des mercenaires » du Bénin vers la Côte d’Ivoire sont fausses

Une vidéo diffusée sur Facebook prétend montrer un hélicoptère français transportant des « mercenaires » du Bénin vers la Côte d’Ivoire. Or, il s’agit en réalité d’un exercice militaire filmé au Pakistan. Aucun média crédible ni source officielle n’a confirmé ces allégations.

Par Cédric Barnet, Ivoire Check

«“RCI Urgent Ce soir, un cargo rempli de mercenaires français en provenance du Bénin a atterri à Abidjan avec un important arsenal militaire. Source : AIP (Agence Ivoirienne de presse) », peut-on lire dans une publication faite sur Facebook par le compte Le cadavre ambulant comptabilisant 48 000 followers et suivi par 593 personnes.

Peu avant, le même compte a publié une vidéo sur laquelle on voit un hélicoptère au sol avec le commentaire suivant : « Dans la soirée de ce samedi, un avion cargo en provenance du Bénin aurait atterri discrètement à Abidjan, transportant un groupe de mercenaires présumés de nationalité française accompagné d’un important arsenal militaire. Des témoins indiquent que le convoi aurait été accueilli sous haute sécurité, alimentant de nombreuses spéculations sur la nature réelle de cette opération. Plusieurs observateurs s’interrogent sur les motivations de cette arrivée et sur le silence des autorités ivoiriennes face à une telle situation, qui pourrait avoir des implications sécuritaires majeures pour la Côte d’Ivoire et la sous-région ouest-africaine. Source : Abidjan.net ».

Capture d’écran de la publication du compte Cadavre Ambulant effectuée le 26 octobre 2025

Cette publication, qui a enregistré plus de 113 000 vues à la date du 26 octobre 2025, a été reprise par plusieurs comptes, notamment ici, ici, ici et ici.

Une ancienne vidéo de 2023

Une recherche d’image inversée avec l’outil Google Lens nous a permis de retrouver sur Facebook une version plus ancienne de cette vidéo que nous vérifions. Publiée le 7 mai 2023 sur le compte Pakistan Strategic Forum, la vidéo est accompagnée d’une légende indiquant qu’il s’agit d’un hélicoptère de transport de troupes et utilitaire SA 330 Puma du Corps d’aviation de l’armée pakistanaise (PAAC) roulant la nuit depuis une base aérienne située dans la zone de responsabilité du commandement du Nord (COIN), à l’appui d’une prochaine opération offensive.

Capture d’écran de la vidéo originale sur Facebook, effectuée le 26 octobre 2025

Sur TikTok, la même vidéo avait déjà été publiée le 22 juin 2025 avec le commentaire suivant : « Le chasseur d’ennemis. Le cobra Falen ». Le commentaire est suivi de plusieurs hashtags dont  #hélicoptère #armée #Pakistan #tendance #vidéos, des indices liant cette vidéo au Pakistan.

Capture d’écran de la vidéo sur TikTok, effectuée le 26 octobre 2025

Contacté le 26 octobre 2025, Hubert Assin Armand, Rédacteur en chef de l’Agence ivoirienne de presse (AIP), citée comme source dans cette publication, dément l’information.

« Nous n’avons pas traité une telle information. Cette manière de faire de ceux qui publient les fausses informations est bien connue. Ils utilisent juste la notoriété de l’AIP pour rendre crédible leurs fausses informations », a-t-il expliqué.

La Coalition Anti Dohi a également contacté, le 26 octobre 2025, Robert Kra, le directeur de publication du média ivoirien Abidjan.net également cité comme source dans le post. Il a assuré que son média n’a jamais publié une telle publication.

« Nous n’avons jamais produit un tel contenu. Si les auteurs de cette publication nous citent, c’est parce qu’ils veulent donner du crédit à leur manipulation ! », a-t-il affirmé.

Une méthode récurrente dans le cadre de la présidentielle ivoirienne de 2025

Une technique souvent utilisée pour donner de la crédibilité aux contenus manipulateurs consiste à attribuer les informations publiées notamment sur les réseaux sociaux à des médias sérieux  comme étant la source. Depuis le lancement de campagne présidentielle pour la présidentielle du 25 octobre 2025, les internautes ivoiriens assistent à une grande vague de désinformation visant à jeter le discrédit sur le processus électoral. C’est ce qu’explique la Coalition Anti Dohi dans cet article sur la marche de l’opposition du 11 octobre 2025.

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Ivoire Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

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Non, le président de la CEI n’a pas été interpellé après une prétendue fuite de résultats provisoires

Une rumeur sur Facebook affirme que le président de la CEI, Ibrahim Kuibiert Coulibaly, a été arrêté après que des résultats provisoires de l’élection présidentielle d’octobre 2025 ont fuité sur internet. Mais, ces allégations sont dénuées de tout fondement.

Patrick-William Yao, Abidjan Fact Check

Un post Facebook publié sur la page « Côte d’Ivoire », le 25 octobre 2025, affirme que le président de la Commission Électorale Indépendante (CEI), Ibrahim Kuibiert Coulibaly, a été arrêté à la suite d’une fuite de documents confidentiels présentant les résultats provisoires de l’élection présidentielle.

En l’espace de 24 heures, la publication a recueilli plus de 3 500 mentions  »J’aime », plus de 900 commentaires et plus de 300 partages.”

Cette même publication a été partagée par plusieurs comptes et pages Facebook, ( 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8) notamment par le compte Amadou Maiga qui compte plus de 72 000 abonnés.

Contexte ,

Cette publication est intervenue à la suite d’un scandale médiatique survenu le 24 octobre 2025, lorsque de faux résultats de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 sont apparus sur Abidjan.net, un des médias en ligne les plus suivis en Côte d’Ivoire. Ces résultats fictifs largement relayés sur les réseaux sociaux à moins de 24 heures du scrutin ont alimenté beaucoup de débats et théories sur les réseaux sociaux, rapportant ainsi « une fuite de documents secrets du régime » et des résultats des élections présidentielles « déjà disponibles avant même le jour des élections ».

Ce site d’informations a publié ce qui était présenté comme des « résultats provisoires par régions » de l’élection, avant de faire un communiqué d’excuses pour indiquer une erreur de publication de ces résultats fictifs émanant d’« un dysfonctionnement technique ». L’incident a immédiatement suscité une réaction de la CEI, chargée de l’organisation et de la gestion des élections dans le pays. L’autorité électorale a, par la suite, indiqué avoir porté plainte contre Abidjan.net pour ce manquement vis-à-vis du Code électoral qui interdit la publication de résultats de vote et de sondage en période électorale.

Dans la foulée, le 25 Octobre 2025, l’Autorité Nationale de la Presse (ANP) de Côte d’Ivoire a annoncé « la suspension immédiate d’Abidjan.net » de toute activité de « journalistique pour une durée de 26 jours ».

Le Président de la CEI n’a pas été arrêté

Contrairement à ce qu’affirment les publications Facebook que nous vérifions, aucune source crédible – soit-elle institutionnelle ou médiatique – n’a confirmé l’arrestation du président de la CEI. La page officielle de la CEI ne comporte aucune publication relative à une interpellation.

Le 25 octobre 2025, le jour de l’élection présidentielle ivoirienne, une vidéo publiée par le média Frat Mat Info, la page Facebook du journal gouvernemental Fraternité Matin, a rapporté que Ibrahime Kuibiert Coulibaly s’est adressé à la presse en sa qualité de président de la CEI. S’exprimant sur la publication de faux résultats de vote par Abidjan.net, Coulibaly a qualifié l’incident de « troubles à l’ordre public ».

Capture d’écran de la publication de FratMat Info dans laquelle Ibrahime Kuibiert Coulibaly
s’exprime sur la publication de faux résultats de vote par Abidjan.net

« J’ai donné des instructions fermes à tous nos collaborateurs sur le terrain afin d’exclure de toutes les zones de notre compétence ce média en ligne, parce qu’ils ne sont pas venus pour donner des informations, ils sont venus pour les moduler », a-t-il souligné, tout en ajoutant que les résultats provisoires ne peuvent donc être ni diffusés ni commentés par un autre média avant leur validation officielle.

Le président de la CEI a également fait une apparition télévisée en début de soirée du 25 octobre 2025 pour faire «un point de situation» sur la journée du vote.

Capture d’écran d’une émission diffusée sur la Nouvelle Chaîne Ivoirienne le 25 octobre 2025 et dans laquelle apparaît le président de la CEI Ibrahime Kuibiert Coulibaly

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Abidjan Fact-Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.