Election Présidentielle 2025 : Des faux propos sur l’impact de la chute du président Ouattara sur la France attribués à la Présidente du SENAT de Côte d’Ivoire

VERDICT ET CÔTE DE FIABILITÉ

FAUX, les propos sur l’impact d’une éventuelle chute du président Ouattara sur la France attribués à la Présidente du Sénat Kandia Camara par ailleurs directrice régionale de campagne Abobo du candidat Alassane Ouattara est une Fake news. Après les recherches sur les canaux officiels du Sénat, de la mairie d’Abobo ainsi que les vérifications  auprès de la chargée de communication de Kandia Camara, les résultats ont confirmé qu’elle n’a pas tenu de tels propos.

Par Victoire Kouamé

FAIT

Une publication partagée sur  Facebook par le profil Brutal Réalité, le 23 octobre 2025 attribue des propos à Kandia Camara affirmant que si Alassane Dramane Ouattara n’est plus président au soir du 25 octobre 2025, La France elle-même verra le sol trembler sous ses pieds.

ANALYSE

Cette publication a suscité plusieurs réactions et engagements dont plus de 1400 mentions ‘’ j’aime’’ plus de 1000 commentaires et 920 partages.

Selon cette publication , elle aurait affirmé ceci : « Si notre “papa adoré” Alassane Dramane Ouattara n’est plus président au soir du 25 octobre 2025, ce ne sont pas seulement certains d’entre nous qui auront des ennuis. La France elle-même verra le sol trembler sous ses pieds.

Car la chute d’ADO sera la déflagration qui fera vaciller les bases de son influence : la Côte d’Ivoire lui échappera, et avec elle, toute une sous-région prête à se libérer du vieux joug colonial.

Le sort du RHDP, comme celui de la France en Afrique de l’Ouest, repose aujourd’hui sur une seule décision : celle d’Emmanuel Macron. S’il ne sauve pas Ouattara, il condamne tout un système.

Ce soir-là, s’il tombe… c’est tout un empire qui s’effondre. »

Source : Capture d’écran de la publication

A la suite de l’auteur de la publication  qui a mis en commentaire “ le sort du RHDP est entre les mains de Macron”, plusieurs autres commentaires sont venus soutenir ce postulat.

Source: Capture d’écran des commentaires

VERIFICATION DES FAITS (Méthodologie)

Nous avons contacté dans un premier temps l’auteur de la publication pour nous donner la source de cette information en nous précisant où, quand et à quelle occasion la ministre Kandia Camara aurait tenu ces propos. Notre demande est restée sans suite.

Ensuite nous avons entrepris des recherches sur Google avec les mots clés : Kandia Camara propos sur la France et la chute de Ouattara, nous n’avons trouvé aucun résultat.

Kandia Camara occupant par ailleurs les fonctions de maire d’Abobo et de présidente du Sénat, nous avons fait des recherches d’abord sur sa page Facebook personnelle , et ensuite sur la page Facebook officielle du Sénat et la page Facebook Mairie de la commune d’Abobo.  Les résultats de ces recherches n’ont pas permis de trouver d’éléments indiquant qu’elle a tenu un tel discours.

Contacté via messenger Isabelle Vovor, journaliste communicante institutionnelle et politique, par ailleurs chargée de communication de Kandia Camara a affirmé qu’il s’agit d’une Fake news.

Kandia Camara ‘’ n’a jamais tenu de tels propos ‘’ a-t-elle soutenu.

CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

Après toutes ces vérifications, les propos attribués à la ministre Kandia Camara sont faux. Ils ont été publiés dans le but de manipuler l’opinion publique dans le contexte électoral que connaît la Côte d’Ivoire.

Conseils  aux lecteurs :

  • Ne relayez pas cette publication mensongère à votre entourage.
  • Toujours demander la source d’une information et s’assurer de la véracité avant de la relayer.

« Cet article a été réalisé par Victoire Kouamé, dans le cadre de la Situation Room Virtuelle de veille électorale mise en place, en partenariat avec le Centre for Journalism Innovation and Development (CJID), mobilisant des fact-checkers, journalistes et veilleurs numériques »

Présidentielle ivoirienne de 2025 : la prolifération de résultats et sondages non officiels en violation des règles électorales

En Côte d’Ivoire, un célèbre média en ligne a publié des résultats de vote fictifs à quelques heures de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Avant lui, d’autres initiatives similaires ont été observées sur les réseaux sociaux et dans les médias. Pourtant, la loi électorale interdit toute publication de ce type à partir de la date de diffusion de la liste électorale définitive. 

Par Azil Momar Lo, Africa Check

Le 24 octobre 2025, de faux résultats de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 sont apparus sur Abidjan.net, un des médias en ligne les plus suivis du pays. Ces résultats fictifs largement relayés sur les réseaux sociaux à moins de 24 heures du scrutin ont alimenté beaucoup de débats et théories sur les réseaux sociaux, rapportant ainsi « une fuite de documents secrets du régime » et des résultats des élections présidentielles « déjà disponibles avant même le jour des élections ».

Peu après la parution de ces faux résultats, le site Abidjan.net s’est fendu d’un communiqué pour présenter ses excuses sur cet incident qu’il dit provenir d’une d’« une erreur d’affichage » et « d’un dysfonctionnement technique survenu lors des opérations de mise à jour » à l’occasion des « essais internes » sur sa plateforme des résultats de l’élection présidentielle de 2025.

Un  mois avant cet incident, un cas similaire de publication de résultats de sondage avait déjà eu lieu sur les réseaux sociaux et dans les médias en Côte d’Ivoire. En effet, à travers une publication datant du 23 septembre 2025, l’homme politique Tiemoko Assalé, candidat déclaré à la présidentielle du 25 octobre, mais recalé à l’étape du parrainage, a indiqué qu’un sondage réalisé par The Messina Group, un institut américain, pour la période allant du 13 août au 3 septembre 2025, le classait à la 4e position des intentions de vote au 1er tour. Sa publication est devenue virale, engrangeant ainsi plus de 3 000 mentions j’aime, plus de 1 000 commentaires et plus de 100 partages. Plusieurs autres exemples (1,2,3) rapportent et interprètent diversement les résultats de ce sondage qui a été aussi repris à sa UNE par le quotidien ivoirien Le Nouveau Réveil dans son édition du 2 octobre 2025.

Violation des règles électorales

Pourtant, les dispositions du Code électoral ivoirien interdisent clairement toute publication de sondages et de résultats de vote après la publication des listes électorales définitives. C’est d’ailleurs ce qui a motivé la double mise en garde par la Commission électorale indépendante (CEI) visant les personnes et médias enfreignant la loi électorale à travers la publication de résultats de vote de sondage en période électorale.

D’abord, le 7 octobre 2025, la CEI a publié un premier communiqué rappelant qu’il est formellement interdit en Côte d’Ivoire de publier des résultats de vote et de sondages suite à la publication des listes électorales définitives. Puis, le 24 octobre 2025, suite à la publication des résultats fictifs de l’élection présidentielle par Abidjan.net, la CEI a réitéré, à travers un communiqué, qu’elle est « l’unique autorité habilitée à communiquer les résultats provisoires issus des bureaux de vote », en annonçant par la même occasion qu’elle « se réserve le droit de prendre toute mesure appropriée en cas de manquement ».

En réaction à la publication de ces sondages fictifs par Abidjan.net, la CEI a publié un communiqué dénonçant une « atteinte manifeste à la sincérité du débat démocratique » et des « agissements susceptibles de troubler l’ordre public ». Elle y annonce avoir porté plainte contre le média incriminé auprès des autorités judiciaires compétentes, soulignant la gravité de la diffusion de résultats fictifs à la veille du scrutin.

Que dit la loi électorale ?

Dans un communiqué publié le 7 octobre 2025, la CEI a mentionné qu’en application de l’article 39 du Code électoral : « Il est interdit à toute personne physique ou morale non habilitée à cet effet, de publier ou de diffuser des estimations de vote ou des résultats de sondage, sous quelque forme que ce soit et à partir de quelque lieu que ce soit, à compter de la publication de la liste électorale définitive ». Ce qui veut dire que toute publication ou diffusion de sondage est donc interdite à partir du moment où la liste électorale définitive est publiée.

Le président de la CEI Ibrahime Koulibaly-Kuibiert, le 22 octobre 2025, au siège de l’institution à Abidjan, lors d’une séance de travail avec l’Association des Autorités Electorales d’Afrique (AAEA ) portant sur l’évolution du processus électoral ivoirien

En Côte d’Ivoire, la liste électorale définitive pour la présidentielle du 25 octobre a été rendue consultable le 4 juin 2025, conformément à l’annonce faite par le président de la CEI, Ibrahime Koulibaly-Kuibiert, deux jours plus tôt. Cette liste comporte 8 727 731 électeurs et peut être consultée sur le site de la CEI.

Bien que la loi interdise la diffusion de sondages et d’estimations électorales, pourquoi ces publications continuent-elles de circuler sur les réseaux sociaux et dans les médias ivoiriens ?

Regard d’experts sur la persistance du phénomène malgré l’existence des lois

Pour Marguerite Yoli-Bi Koné, superviseure de la Commission électorale indépendante pour les régions du Gboklé, de la Nawa et de San Pedro, cette situation s’explique par la prégnance des fake news en période électorale. Elle pointe du doigt notamment « des usagers qui cherchent du buzz », et estime qu’il reste très peu d’options avec « un citoyen qui décide sciemment d’enfreindre la loi, qui s’enferme dans sa chambre et invente des choses » sur le processus électoral. Aujourd’hui, note la représentante de la CEI, les réseaux sociaux sont devenus « des zones de non droit » malgré l’existence de la loi qui, selon elle, « est très connue » des usagers. « Tant qu’elle existe, nous sommes obligés de l’appliquer ».

Au Sénégal, par exemple, des professionnels des médias jugent « dépassées » les lois encadrant la diffusion de sondages d’opinion en période électorale. Sur cette question, Marguerite Yoli-Bi Koné note que l’initiative de changer la loi appartient au gouvernement ainsi qu’aux députés qui sont les représentants de la population. « Si les populations font le vœu qu’on change cette loi, elle sera changée ». Néanmoins, elle met en garde contre le fait que les élections en Afrique sont souvent « des moments d’exagération des conflits qui existaient déjà. Donc il faut faire attention à ce qu’il faut publier sur les réseaux sociaux », explique-t-elle, donnant pour exemple le fait que des usagers prennent parfois des documents qu’ils manipulent à l’aide de l’intelligence artificielle et les publient sur les réseaux sociaux. La transparence est certes nécessaire, mais selon Marguerite Yoli-Bi Koné, elle « doit être encadrée ». Cela veut dire que l’on n’a pas le droit de faire une compilation de votes et prétendre qu’il s’agit des résultats de l’élection, dans la volonté de tromper les populations et les électeurs, renchérit la représentante de la CEI.

Prenant le contrepied de cet argument, Dr Geoffroy Julien Kouao, politologue et essayiste ivoirien, argue que « l’article 39 du code électoral est anachronique et politiquement incorrect ».

« Nous sommes à l’ère des réseaux sociaux, c’est-à-dire de l’information instantanée. En sus, la publication des sondages est une pratique démocratique qui permet aux candidats de connaître leur position avant le vote et de travailler en conséquence ».

Évoquant des exigences de transparence et pour éviter la fraude électorale, l’expert souligne par ailleurs qu’« il serait bon que les résultats par bureau de vote soient instantanément publiés par les médias traditionnels et par les internautes ».

Enfin, Dr Geoffroy Julien Kouao conclut que « s’il est facile de sanctionner les médias traditionnels, il en serait autrement avec les réseaux sociaux ».

« Selon la loi électorale ivoirienne (Article 59, Ndlr), les résultats provisoires sont donnés par la commission électorale dans un délai 5 jours après la fermeture des bureaux de  vote. Un délai trop long et qui pourrait alimenter les suspicions de fraudes », commente-t-il.

Lire et comprendre les sondages

Cette analyse sur les sondages en période électorale, publiée par une Coalition dirigée par Africa Check pour lutter contre la désinformation lors de la présidentielle sénégalaise de 2024, met en lumière plusieurs enjeux liés à l’interdiction des sondages en période électorale. Le texte s’appuie notamment sur un guide publié en 2016 par Africa Check, qui propose des conseils pratiques pour lire et comprendre les résultats d’un sondage d’opinion.

Selon ce guide, avant de donner du crédit à un sondage, il est essentiel d’en examiner la source, les motivations du commanditaire, la formulation des questions, la méthode de sélection des répondants, la représentativité de l’échantillon, le mode de collecte des données et le moment de réalisation de l’enquête, car chacun de ces éléments peut influencer fortement la fiabilité et l’objectivité des résultats.

Cet article a été réalisé par Africa Check membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

Présidentielle en Côte d’Ivoire : cartographie des pays où les Ivoiriens de la diaspora votent

La diaspora ivoirienne est souvent présentée comme une force électorale décisive. Mais en réalité, seuls certains pays organisent effectivement le vote. De quels pays s’agit-il, et que représentent-ils dans l’électorat ?

Emmanuel Azian, Abidjan Fact Check

Selon les dernières estimations de l’OCDE (2022), près d’un 1,15 millions d’Ivoiriens vivent hors du territoire national, principalement en Europe, en Amérique du Nord et dans les pays d’Afrique de l’Ouest.

Cartographie des votants de la diaspora

L’organisation pratique du scrutin à l’extérieur incombe à la Commission Électorale Indépendante (CEI), en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères, comme le stipule le décret No 2025-651 du 30 juillet 2025 fixant les modalités de vote des Ivoiriens de l’étranger pour l’élection présidentielle de 2025. Selon le décret, la CEI peut ouvrir des bureaux de vote dans tout pays disposant d’une représentation diplomatique de la Côte d’Ivoire ou ne l’ayant pas, avec l’assentiment du pays d’accueil.

Lors du scrutin présidentiel de 2020, la CEI a ouvert des bureaux de vote dans 19 pays. Ces pays regroupent la majorité des ressortissants ivoiriens inscrits à l’étranger. Dans cette veine, les Commissions électorales des représentations diplomatiques (CERD), sont choisies sur « la base de la forte représentativité de la population ivoirienne y résidant ».

Représentativité  de la diaspora dans le nombre total de votants

Lors de la présidentielle d’octobre 2020, la Commission électorale indépendante estimait à environ 7 495 082 le nombre total d’inscrits sur la liste électorale. Le nombre de votants établi dans la diaspora était évalué à 97 669 personnes (soit 1,3 % du total des inscrits), dont 56 940 hommes (58,3 %) et 40 729 femmes (41,7 %).

Cette proportion d’électeurs contraste avec le poids démographique de la diaspora, évaluée à près de 1,2 million de personnes (selon l’OCDE) réparties principalement entre la France, les États-Unis, le Mali, le Burkina Faso, le Ghana et le Maroc. En comparaison, l’électorat national concentrait la quasi-totalité des électeurs (7 397 413 participants).

Pour la présidentielle d’octobre 2025, ces chiffres ont connu une légère hausse. Selon la Commission électorale indépendante, il y a 11 906 lieux de vote, soit 11 835 en Côte d’Ivoire et 71 à l’étranger.

En ce qui concerne les bureaux de vote, la CEI a pu en déployer 25 678 soit 25 370 en Côte d’Ivoire et 308 à l’étranger dans 18 Commissions électorales de la représentation diplomatique (CERD). Le nombre total d’électeurs s’élève à 8 727 431 dont 120 178 (soit 1,37 %) au niveau de la diaspora.

La cartographie des bureaux ouverts à l’extérieur dans le cadre de cette élection présidentielle se compose comme suit :

En Afrique

Amérique

Europe

D’éventuels obstacles à la participation de la diaspora

Une vidéo publiée sur YouTube le 18 octobre 2025 par l’agence de presse Alerte Info sur les élections présidentielles, fait remarquer que la diaspora vivant en France précisément à Lyon n’est pas galvanisée pour le vote. Le reportage explique que ce manque d’engouement est notamment causé par « la complexité de l’inscription sur les listes électorales consulaires, la nécessité de disposer d’une carte nationale d’identité ou d’un passeport en cours de validité, ainsi que les difficultés logistiques pour se rendre aux rares bureaux de vote ouverts, souvent situés dans les capitales seulement ».

Toujours selon le reportage d’Alerte Info, pour de nombreux expatriés, le vote est perçu comme une démarche complexe et coûteuse. Par conséquent, certains renoncent par découragement, d’autres ignorent simplement les modalités d’inscription.

Interrogée par la Coalition Anti Dohi, Marguerite Yoli Bi, Commissaire centrale à la CEI, a expliqué que « le décalage horaire, le déploiement et repliement du matériel par la logistique pour la sécurisation des urnes, la formation du personnel, la sécurisation des urnes et la remontée des résultats constituent autant d’étapes sensibles et des défis majeurs ». Toutefois, a-t-elle poursuivi, « la CEI adopte les mêmes critères de sécurité à l’extérieur qu’en Côte d’Ivoire en collaboration avec les autorités du pays hôte ».

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Abidjan Fact Check membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

Côte d’Ivoire : faux, ce communiqué n’émane pas des instances du PDCI-RDA

Une comparaison d’un communiqué authentique du PDCI-RDA et celui que nous vérifions dans cet article prouve qu’il s’agit d’un faux document. De plus, face à la persistance des rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux, les instances du PDCI-RDA ont démenti avoir publié ce communiqué.

Par Mohamed Kébé, Ivoire Check

Une publication (archivée ici) qui circule sur Facebook et qui a été massivement partagée dans des groupes WhatsApp en Côte d’Ivoire ce vendredi 24 octobre 2025 fait croire que le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) a publié un communiqué se désengageant des récentes manifestations en Côte d’Ivoire.

« Le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) tient à informer l’opinion nationale et internationale qu’il ne se reconnaît plus dans la dynamique actuelle de désobéissance civile ni dans certaines orientations récemment adoptées au sein du front commun de l’opposition (…) », lit-on en substance dans le texte qui accompagne cette publication. Le même communiqué est partagé sur Facebook par Horizon Rhdp Notre Héritage (archivé ici), Mariam Ouattara (archivé ici) et Fofana Foflebeni  (archivé ici).

Pour situer cette publication dans le contexte, le 10  octobre 2025 dernier a été marqué par le lancement officiel de la campagne présidentielle prévue pour le 25 octobre 2025. À cette occasion, l’opposition ivoirienne a organisé une marche pacifique pour protester contre le quatrième mandat du président sortant Alassane Ouattara. Cette marche, soutenue notamment par le PDCI-RDA, a occasionné l’interpellation de 237 personnes, selon des sources officielles.

Vérification

En comparant un communiqué authentique du PDCI-RDA et celui qui lui a été attribué dans la publication que nous vérifions, la Coalition Anti Dohi a constaté une incohérence  au niveau de la police d’écriture. De plus, une observation d’anciens communiqués publiés par le PDCI-RDA sur Facebook  permet de constater que ce parti politique insère toujours un titre dans ces communiqués officiels comme on peut le voir ici (le 8 octobre 2025) ,ici (le 18 octobre 2025) et ici (le 22 septembre 2025).

Faux communiqué
Vrai communiqué

Un communiqué fabriqué

Au moment de la mise en dernier communiqué du parti datait du 22 octobre 2025. Il dénonçait « une campagne mensongère et diffamatoire » accusant un de ses cadres d’être « le financier des manifestations de protestation contre le régime RHDP dans la région de l’Agnéby-Tiassa (Agboville) ».

La Coalition Anti Dohi n’a trouvé aucune trace d’un communiqué similaire à celui qui figure dans la publication que nous examinons sur la page Facebook du PDCI-RDA.

En outre, Dr Osman Cherif, cadre du PDCI-RDA, a qualifié sur son compte Facebook le document de “Fake”. Dans sa publication, on peut lire : « C’est un Fake, manifestement fabriqué dans un laboratoire  (…) ».

La Coalition Anti Dohi a contacté   membre du bureau politique et de la communication du PDCI-RDA. Il a également soutenu que ce communiqué est un faux et ne provient pas de son parti : « C’est une fausse information. Le dernier communiqué du secrétaire exécutif du PDCI-RDA date d’hier. Aujourd’hui, ils n’ont fait aucun communiqué. Un démenti est même en cours de rédaction », a-t-il dit.

En résumé, ce communiqué attribué au PDCI-RDA est un faux.

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Ivoire Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

Faux, la CEI n’a pas appelé les Ivoiriens à ne pas se rendre aux urnes le 25 octobre

La Commission électorale indépendante (CEI) n’a pas appelé les électeurs à ne pas aller voter le 25 octobre 2025. Contrairement à une publication relayée sur les réseaux sociaux notamment Facebook. L’institution électorale a formellement démenti cette rumeur.

Par Anderson Diedri, Eburnie Today

Une publication faite sur Facebook ce 23 octobre 2025 par la page CASH Ivoire soutient que la Commission électorale indépendante (CEI) appelle les électeurs à ne pas se rendre aux urnes le samedi pour l’élection du président de la république. « La CEI – ELECTION PRESIDENTIELLE. LE 25 OCTOBRE NE SORTEZ PAS DE CHEZ VOUS – IL N’Y AURA PAS D’ELECTION… (Sic) », lit-on dans le texte qui accompagne cette publication. Le visuel qui est diffusé reprend la charte graphique de l’institution électorale.

Contacté par la Coalition Anti Dohi, la CEI a précisé qu’elle n’est pas à l’origine de cette publication. « Ce visuel a été détourné. Les visuels officiels existent. On a fait un démenti sur notre page Facebook CEI Alerte fakenews », a réagi Inza Kigbafory, son responsable de la communication.

Dans ce démenti, l’organe électoral assure qu’il « n’a jamais publié qu’il n’y aura pas d’élection le 25 octobre 2025 » et « invite chaque électeur à se rendre dans son lieu de vote pour accomplir son devoir de citoyen ».

En effet, la Commission électorale indépendante a lancé, le 10 octobre 2025, une campagne en ligne à travers la publication de plusieurs visuels notamment sur Facebook où elle invite les électeurs aux urnes le 25 octobre 2025.

En outre, jusqu’au moment de la mise en ligne de cet article, aucune annonce officielle relative à une éventuelle annulation ou un report de la présidentielle du 25 octobre n’a été faite par les autorités ivoiriennes.

La campagne électorale pour ce scrutin se termine le 23 octobre 2025 conformément au calendrier électoral.

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Eburnie Today, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition

Côte d’Ivoire : attention à cette vidéo trompeuse sur la distribution de cartes électorales frauduleuses à Abidjan

Une vidéo censée montrer une distribution de cartes électorales frauduleuses à Abidjan circule sur Facebook. Pour certains internautes, cette vidéo est la preuve qu’une vaste fraude se prépare pour la victoire du camp présidentiel. Après vérification et analyse des indices, il s’avère que la vidéo a été prise au Cameroun.

Par Anderson Diédri & Traoré Bakary, Eburnie Today

La vidéo, archivée ici, a été publiée sur Facebook et comporte deux indices importants : la date du 15 octobre 2025 et un texte dans le coin inférieur droit sur lequel on lit que « les cartes d’électeurs distribuées à qui le veut en pleine rue d’Abidjan à visage découvert et sans crainte de la police et autres (Sic) ». Dans cette vidéo qui dure quelque quinze secondes, on entend de fortes clameurs au moment où différentes mains éparpillent des cartes sur une grande enveloppe de couleur kaki posée à même le sol.

Les internautes qui commentent la vidéo sont assez partagés. Certains indiquent qu’il s’agit d’une opération de fraude en faveur d’Alassane Ouattara, le président ivoirien sortant et candidat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). D’autres sont plutôt sceptiques : ils indiquent que la vidéo n’a pas été prise en Côte d’Ivoire. Dans quelques commentaires, le Cameroun est cité comme étant le pays d’origine de la vidéo.

Capture d’écran de la vidéo sur Facebook, effectuée le 24 octobre 2025

Une recherche d’image inversée grâce à l’extension InVID permet de retrouver cette même vidéo partagée par différentes pages et comptes sur Facebook.

Dès le 13 octobre 2025 – soit au lendemain de la présidentielle camerounaise – le compte Facebook Djobero Djoro a partagé la vidéo. Celle-ci, de meilleure qualité que celle évoquant la Côte d’Ivoire, avait cumulé plus d’un million de vues, plus de 700 commentaires et 4000 partages au moment de la mise en ligne de cet article.

« Voilà comment on a appréhendé les fraudeurs au marché mokolo, à lui seul 56 cartes de vote », indique le texte qui accompagne la vidéo partagé par Djobero Djoro. Une recherche par mot-clé avec le groupe de mot « marché mokolo » permet de constater qu’il s’agit d’un vaste marché à ciel ouvert situé à Yaoundé, la capitale politique du Cameroun.

L’analyse des images permet de constater que les cartes visibles dans les deux vidéos identiques ne correspondent pas à la carte d’électeur de la Côte d’Ivoire. La carte ivoirienne est imprimée sur du papier comme on peut le voir dans ces différentes publications (1, 2, 3). Le code barre de la carte ivoirienne est au recto, avec la photo et l’empreinte digitale. Au verso de la carte se trouvent les armoiries en grand non loin du tableau des scrutins. La couleur dominante de la carte d’électeur ivoirienne se rapproche de la couleur orange au recto et de la couleur verte au verso.

Le recto de la carte d’électeur ivoirienne portant les armoiries (Capture d’écran AIP effectuée le 24 octobre 2025)
Opération de retrait des cartes d’électeur, Photo CEI Facebook

Les cartes visibles dans la vidéo ressemblent bien plus à la carte d’électeur camerounaise. Elles sont imprimées sur un support plastique, avec un code barre au verso. Contrairement à la carte ivoirienne, les armoiries du Cameroun sont imprimées au recto et la couleur dominante se rapproche du bleu.

Capture d’écran Facebook d’une carte d’électeur au Cameroun, effectuée le 24 octobre 2025

La Commission électorale indépendante (CEI) de Côte d’Ivoire a indiqué sur sa page Facebook de lutte contre la désinformation (CEI Alerte fakenews) que sur cette vidéo, « il ne s’agit pas des cartes d’électeur de Côte d’Ivoire », invitant « chaque électeur à se rendre dans son lieu de vote pour retirer sa carte ».

La vidéo supposée montrer la distribution de cartes d’électeurs ivoiriennes circule dans un contexte électoral tendu en Côte d’Ivoire et un contexte post-électoral au Cameroun marqué par des contestations. L’élection présidentielle camerounaise a eu lieu le 12 octobre 2025. Les résultats provisoires ont été annoncés par la Commission nationale de recensement des votes le 22 octobre 2025, indiquant la réélection de Paul Biya avec 53,66 % des suffrages. Un opposant, Issa Tchiroma Bakary, a revendiqué la victoire avant l’annonce des résultats officiels, publiant des procès-verbaux qui lui donnaient l’avantage.

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Eburnie Today, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

La carte d’identité pour mineur est-elle synonyme de droit de vote en Côte d’Ivoire ?

Une vidéo virale montre des enfants exhibant leur carte nationale d’identité ivoirienne, suscitant des spéculations sur leur éventuelle participation à la présidentielle d’octobre 2025. Or, en Côte d’Ivoire, le droit de vote n’est accordé qu’à partir de 18 ans, et posséder une CNI ne suffit pas pour voter. Décryptage
Martine Zogbé & Traoré Bakary, Eburnie Today

La vidéo, qui circule sur TikTok et Facebook, est longue d’une quinzaine de secondes. Sur les images, on peut voir trois enfants tenir une carte nationale d’identité ivoirienne. La personne qui s’exprime dans la vidéo se présente comme la sœur aînée des trois enfants visibles dans la vidéo. Toute joyeuse, elle affirme en dioula (ethnie parlée en Côte d’Ivoire) que ses petits frères et sa petite sœur ont pu avoir leurs cartes nationales d’identité ivoirienne (CNI).
Un internaute qui partage la vidéo sur TikTok s’étonne que des enfants (mineurs) puissent avoir une CNI. Dans une publication Facebook reprenant la même vidéo, l’auteur du post a inscrit deux phrases sur les images de la vidéo : « vous dites quoi de ça des mineurs on une pièce d’identité CNI (sic) » puis « c’es pour cette raison que MR kubier refuse de faire la RLE (sic) ».

La RLE ou Révision de la liste électorale est une opération visant à réaliser le toilettage de la liste électorale en Côte d’Ivoire. Les partis de l’opposition ivoirienne avaient demandé une révision de la liste avant l’élection présidentielle d’octobre 2025. Le président de la Commission électorale indépendante (CEI) de Côte d’Ivoire, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, a indiqué qu’une telle opération était impossible.


« Vous constaterez aisément avec moi qu’une opération de révision, mise à jour, comporte en moyenne 6 à 7 mois d’opération. Vous comprenez donc l’impossibilité de conduire une autre opération de révision de la liste électorale au risque de compromettre la tenue de l’élection du président de la République à la date constitutionnelle », avait indiqué Coulibaly-Kuibiert, le 2 juin 2025, lors d’une conférence de presse.


Selon l’internaute qui a partagé la vidéo sur Facebook, le refus d’organiser la révision de la liste électorale est une manœuvre du président de la CEI pour camoufler des anomalies comme la présence d’enfants (mineurs) sur la liste électorale. D’ailleurs dans les nombreux commentaires laissés par des internautes, plusieurs soutiennent que ces mineurs détenteurs de la CNI iront voter lors de la prochaine présidentielle.

Pour d’autres, il est impossible pour des mineurs d’avoir une carte nationale d’identité ivoirienne (CNI). Ces derniers estiment que la carte que les enfants ont présenté dans la vidéo est une carte CMU (Couverture maladie universelle).
Afin de déterminer si le document présenté dans la vidéo est bien une carte nationale d’identité (CNI) et non une carte CMU (Couverture maladie universelle), nous réalisons une comparaison des deux documents.
La couleur de la CNI ivoirienne est d’un vert pâle avec aux centre un dégradé orange. La carte porte le drapeau de la Côte d’Ivoire dans le coin supérieur droit. A l’opposé, la carte CMU est d’un vert et d’un orange plus foncé. Le logo de la CNAM est utilisé comme un motif distinctif sur toute la carte ; tantôt visible en orange tantôt en vert. Contrairement à la CNI, la carte CMU porte les armoiries de la Côte d’Ivoire dans le coin supérieur gauche et le drapeau dans le coin supérieur droit. La carte visible dans la vidéo est bien une CNI ivoirienne.

La carte CMU (en haut) et la CNI ivoirienne (en bas)


En Côte d’Ivoire, un mineur peut disposer d’une carte nationale d’identité


Contrairement aux idées reçues, la Côte d’Ivoire fait partie des pays africains qui autorisent les mineurs à posséder une carte nationale d’identité (CNI). Cela est possible depuis l’adoption de la loi n°2019-566 du 26 juin 2019 instituant une carte nationale d’identité biométrique. « La carte nationale d’identité biométrique est obligatoire pour tout ivoirien âgé d’au moins seize ans. Elle peut être délivrée aux citoyens ivoiriens figés d’au moins cinq ans », indique le texte de loi en son article 3. L’Office National de l’Etat Civil et de l’Identification de Côte d’Ivoire (ONECI) mène des campagnes d’information pour le rappeler aux parents souhaitant faire établir une CNI à leurs enfants.


« Aujourd’hui, nous avons fait en sorte qu’à partir de 5 ans, on puisse bénéficier d’une carte nationale d’identité, parce qu’à cet âge, la biométrie de l’individu n’évolue plus. La carte d’identité, qu’il s’agisse de la carte de résident ou de la carte nationale d’identité, intègre des composants électroniques qui facilitent la numérisation de l’identité et l’accès aux services digitaux », a précisé Christian Kodia Ago, directeur général de l’ONECI dans une interview.


La CNI ne confère pas le droit de vote


Cependant, la CNI pour les mineurs ne leur donne pas le droit de vote. En Côte d’Ivoire, les conditions pour être électeur sont clairement définies par la loi et affirmées dans le code électoral. L’électeur doit être de nationalité ivoirienne, être majeur (l’âge minimum pour voter est de 18 ans), jouir de ses droits civils et politiques et être inscrit sur la liste électorale.


« Sont électeurs les Ivoiriens des deux sexes et les personnes ayant acquis la nationalité ivoirienne soit par naturalisation soit par mariage, âgés de dix-huit ans accomplis, inscrits sur une liste électorale, jouissant de leurs droits civils et politiques et ne se trouvant dans aucun des cas d’incapacité prévus par la loi. Les personnes visées à l’alinéa précédent, vivant à l’étranger et immatriculées dans une représentation diplomatique ou consulaire, peuvent prendre part à l’élection du Président de la République selon les modalités fixées par décret en Conseil des ministres, sur proposition de la Commission chargée des élections », d’après l’article 3 du code électoral.


Les mineurs ne peuvent donc pas être inscrits sur la liste des électeurs même s’ils possèdent la carte nationale d’identité (CNI). Les majeurs ayant une carte nationale d’identité n’ont pas également de facto le droit d’accéder à un bureau de vote. Seuls les Ivoiriens inscrits sur la liste électorale peuvent voter sur présentation de la carte d’électeur. Les cartes d’électeur sont délivrées « à tout électeur inscrit sur la liste électorale » (article 14 du code) et « sont délivrées aux intéressés sur présentation d’une pièce d’identité » (article 15 du code).


La Carte nationale d’Identité ivoirienne est un document biométrique d’identification officiel que tout ivoirien peut posséder dès l’âge d’au moins 5 ans. Ce document administratif officiel ne garantit pas le droit de vote à son détenteur. En Côte d’Ivoire seuls les Ivoiriens âgés de dix-huit ans accomplis et inscrits sur la liste électorale peuvent voter s’ils sont inscrits sur la liste électorale.


Notons que la Commission électorale indépendante a publié la liste électorale définitive le 2 juin 2025. Elle compte plus de 8,7 millions d’inscrits soit 715 000 électeurs en plus par rapport à 2023 (année de la dernière révision). La révision de la liste électorale était l’une des principales revendications de l’opposition. Les principaux partis de l’opposition comme le PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) et le PPACI (Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire), ont indiqué qu’il y a avait des irrégularités sur la liste électorale comme la présence de mineurs, de votants aux parents inconnus, de mères ayant plus d’une trentaine d’enfants ou encore un nombre élevé de centenaires (1, 2, 3).

Côte d’Ivoire : ce qu’il faut savoir sur les cinq candidats en lice pour la présidentielle d’octobre 2025

Alassane Ouattara, Adjoua Henriette Lagou, Sénin Ahoua Jacob Don-Mello, Jean-Louis Billon et Ehivet Simone Gbagbo seront en course pour la magistrature suprême le 25 octobre prochain. Qui sont ces hommes et ces femmes qui veulent diriger la Côte d’Ivoire ?


Anderson Diedri et Bakary Traoré, Eburnie Today

Sur les 60 dossiers de candidatures transmis par la Commission électorale indépendante (CEI) au Conseil Constitutionnel, cinq ont été validés après examen. La décision a été rendue le 8 septembre 2025 par la présidente de l’institution, Chantal Nanaba Camara.

Simone Gbagbo, la dame de fer

Simone Gbagbo est née le 1er janvier 1949 à Moossou, Grand-Bassam. Historienne de formation, elle est titulaire d’un doctorat de troisième cycle en littérature orale et a mené des recherches en linguistique appliquée. Très tôt engagée, elle milite dans des organisations de jeunesse, notamment la Jeunesse Estudiantine Catholique (JEC). Dans les années 1970, alors que la Côte d’Ivoire est dirigée par le président Félix Houphouët-Boigny, elle se distingue dans le milieu syndical. Son engagement la conduit en prison à plusieurs reprises, notamment en 1982 lors d’une grève des enseignants. Chercheuse à l’Institut d’Histoire, d’Art et d’Archéologie (IHAA), elle participe à la création clandestine du Front Populaire Ivoirien (FPI) au début des années 1980. Le parti est officiellement reconnu en 1990 avec l’instauration du multipartisme.


Simone Gbagbo est élue députée de la commune d’Abobo en 1995 et devient vice-présidente de l’Assemblée nationale, poste qu’elle occupe jusqu’en 1999. En 2000, elle devient première dame lorsque Laurent Gbagbo accède à la présidence. En 2011, elle est arrêtée avec Laurent Gbagbo à la suite de la crise post-électorale. En mars 2015, elle est condamnée à 20 ans de prison par la justice ivoirienne. Elle est libérée en août 2018 grâce à une loi d’amnistie signée par le président Alassane Ouattara.


En 2024, elle annonce sa candidature à l’élection présidentielle sous la bannière du Mouvement des Générations Capables (MGC). Lors d’un discours en décembre de la même année, elle déclare : « Je voudrais vous faire une offre audacieuse : celle de construire une Côte d’Ivoire totalement transformée, modernisée et prospère, dans une Afrique décomplexée, développée, équipée, incontournable, forte et respectée de tous. »

Jean Louis-Billon, business et politique

Jean-Louis Billon est né le 8 décembre 1964 à Bouaké, en Côte d’Ivoire. Issu d’une famille liée au monde des affaires, il est le fils de Pierre Billon, fondateur de la Société immobilière et financière de la côte africaine (SIFCA). Après une enfance passée en Côte d’Ivoire, il poursuit ses études en France puis aux États-Unis, avant de revenir au pays en 1995.


À la suite du décès de son père en 2001, il prend la tête du Groupe SIFCA. La même année, il est élu maire de la commune de Dabakala. En 2002, il devient président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, poste qu’il occupe jusqu’en 2012. En 2012, il est nommé ministre du Commerce, de l’Artisanat et de la Promotion des PME, fonction qu’il exerce jusqu’en janvier 2017. En 2013, il est élu président du Conseil régional du Hambol.


Membre du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), il en devient le porte-parole. Le 12 juillet 2017, il est suspendu de ses fonctions de président du Conseil régional du Hambol, après avoir rejoint le PDCI alors qu’il avait été élu sous la bannière du Rassemblement des Républicains (RDR).


En 2020, il présente sa candidature à l’investiture du PDCI pour l’élection présidentielle, avant de se retirer et d’apporter son soutien à Henri Konan Bédié. En mars 2021, il est élu député en battant le candidat du RDR avec 47,64 % des voix. La même année, il annonce sa candidature à l’élection présidentielle prévue en 2025.


Au sein du PDCI, il tente de briguer la présidence du parti, mais Tidjane Thiam est choisi. Il poursuit néanmoins ses ambitions politiques et renonce à sa nationalité française afin de se conformer aux exigences de candidature. Le 8 septembre 2025, sa candidature à la présidentielle est validée, cette fois sous la bannière du Congrès Démocratique (CODE). Après l’annonce de la validation de sa candidature par le Conseil Constitutionnel, Jean-Louis Billon a déclaré vouloir « d’une Côte d’Ivoire réconciliée, forte et prospère » et s’engage « à porter haut vos aspirations, à défendre vos espoirs et à bâtir, avec vous, un avenir digne de notre histoire et de notre jeunesse ».

Ahoua Don-Mello, éviter la politique de la chaise vide

Ahoua Don-Mello est né le 23 juin 1958 à Bongouanou, en Côte d’Ivoire. Diplômé de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INPHB) de Yamoussoukro, il poursuit ses études à l’École nationale des ponts et chaussées de Paris, où il obtient le titre de docteur-ingénieur à l’âge de 27 ans.


Il entame une carrière d’enseignant-chercheur, intervenant à l’INPHB, à l’École supérieure interafricaine de l’électricité de Bingerville, à l’université du Burundi, ainsi qu’au Laboratoire du bâtiment et des travaux publics. En 1998, il est nommé responsable de la technopole de Yamoussoukro. De 2000 à 2011, il dirige le Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD).


Engagé politiquement dès sa jeunesse, il milite au Parti socialiste en France. En 1983, il rencontre Laurent Gbagbo et intègre le Front populaire ivoirien (FPI), où il occupe divers postes en Côte d’Ivoire et en France jusqu’en 1996. Il quitte le FPI en 1997 pour fonder le parti Renaissance, avant d’y revenir en 2000.


En 2010, il est nommé ministre de l’Équipement et de l’Assainissement dans le dernier gouvernement de Laurent Gbagbo. Après la chute de Gbagbo en 2011, il s’exile. En 2014, il devient conseiller du président guinéen Alpha Condé, puis haut représentant des BRICS pour l’Afrique occidentale et centrale.


De retour en Côte d’Ivoire, il rejoint le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) fondé par Laurent Gbagbo. En 2025, après avoir annoncé sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre, il est démis de ses fonctions de vice-président du parti.


Alassane Ouattara, candidat à sa propre succession

Alassane Ouattara est né le 1er janvier 1942 à Dimbokro, en Côte d’Ivoire. Économiste de formation, il a travaillé au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), où il a été vice-gouverneur de 1983 à 1984, puis gouverneur à partir de 1988.


En 1990, il est nommé Premier ministre de Côte d’Ivoire, ce qui marque son entrée en politique. À la suite du décès du président Félix Houphouët-Boigny en 1993, il est écarté du pouvoir par Henri Konan Bédié et contraint à l’exil. Une réforme constitutionnelle l’empêche de se présenter aux élections présidentielles, en raison de la remise en cause de sa nationalité ivoirienne.


En 1999, il prend la tête du Rassemblement des Républicains (RDR), parti fondé en 1994 par Djéni Kobina. Il devient candidat à la présidence après les accords de paix signés à Pretoria en Afrique du Sud en 2005, dans le contexte de la crise ivoirienne.


Avec le soutien de Henri Konan Bédié, il est élu président de la République de Côte d’Ivoire en 2010 et officiellement investi le 6 mai 2011, sous la bannière du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).


En juillet 2020, à la suite du décès de son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, il annonce sa candidature pour un troisième mandat. Le 29 juillet 2025, il déclare sa candidature pour un quatrième mandat à l’élection présidentielle d’octobre 2025, invoquant la nécessité de préserver la stabilité nationale face à des défis sécuritaires, économiques et monétaires : « Les années passées à la tête de notre pays m’ont fait comprendre que le devoir peut parfois transcender la parole donnée de bonne foi », a-t-il affirmé.

Henriette Lagou, le retour

Henriette Lagou est née le 22 juin 1959. Elle a occupé le poste de ministre de la Famille, de la Femme et de l’Enfant sous la présidence de Laurent Gbagbo. En 2015, elle se présente à l’élection présidentielle en tant que candidate du Renouveau pour la paix et la concorde (RPC).


Le 9 juin 2025, à Villejuif, en région parisienne, elle annonce sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2025, cette fois sous la bannière du Groupement des Partenaires politiques pour la paix (GP-PAIX). Son programme met l’accent sur la diaspora, l’emploi et le logement.


« Nous sommes dans une vision, une vision de concorde pour la Côte d’Ivoire. Nous sommes dans un but de développement pour la Côte d’Ivoire. Nous sommes, par rapport aux autres pays, un pays en développement. Nous avons besoin d’une paix pour pouvoir développer notre pays », a précisé la candidate lors du dépôt de sa candidature à la CEI, le 19 août 2025.

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Eburnie Today, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.