Des publications mensongères sur les réseaux sociaux en Côte d’Ivoire ont prétendu que, Robert Kra, Directeur de publication du célèbre site d’information Abidjan.net, a été enlevé et assassiné.
Le 24 octobre 2025, à la veille de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, de faux résultats provisoires attribués au site Abidjan.net ont circulé sur internet et les réseaux sociaux. Ces données fictives annonçaient la victoire du président sortant Alassane Ouattara avec plus de 95 % des suffrages, parmi les cinq candidats en lice.
Peu après la parution de ces faux résultats, le site Abidjan.net s’est fendu d’un communiqué pour présenter ses excuses sur cet incident qu’il dit provenir d’« une erreur d’affichage » et d’« un dysfonctionnement technique survenu lors des opérations de mise à jour » à l’occasion des « essais internes » sur sa plateforme des résultats de l’élection présidentielle de 2025.
Les rumeurs que nous vérifions
Le 25 octobre 2025, le profil Facebook Maimouna Camara, communément appelée (la Guêpe), a publié sur sa page Facebook un message affirmant : « Mr Kra directeur de publication du site Abidjan.net enlevé par les encagoulés pour avoir publié les résultats avant la date ».
À la date du 26 octobre 2025, la publication a enregistré plus de 9 000 mentions « J’aime », plus de 1 000 commentaires et 671 partages.
Capture d’écran de la publication de Maimouna Camara sur Facebook
Contacté par téléphone le 26 octobre 2025 par la Coalition Anti Dohi, Robert Kra a démenti les rumeurs : « Je suis vivant et en bonne santé. La preuve, c’est que nous sommes en train de parler ».
À ce propos, Abidjan.net a publié un communiqué de démenti formel, réfutant les affirmations selon lesquelles Robert Kra aurait été enlevé, arrêté ou se serait suicidé.
Cet article a été réalisé par Le Média Citoyen membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition
Le 25 octobre 2025, jour de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, une rumeur affirmant que le convoi du ministre ivoirien de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a été pris pour cible par des individus non identifiés a circulé massivement sur les réseaux sociaux. Des publications évoquent même des véhicules incendiés et des pertes en vies humaines. Vérification faite, ces publications sont fausses.
Une publication diffusée sur Facebook par la page AES MEDIAS TV et relayée sur plusieurs comptes Facebook (1, 2, 3), le 25 octobre 2025, prétend que le convoi du ministre ivoirien de la Défense, Téné Birahima Ouattara, a été attaqué par des individus armés alors qu’il se rendait dans un bureau de vote dans le cadre de l’élection du président de la République. Selon les auteurs de ces posts, deux véhicules du cortège ont été incendiés et leurs occupants ont été tués.
Capture d’écran de la publication sur Facebook, effectuée le 26 octobre 2025
Une photo datant de 2020
En procédant à une recherche inversée d’image avec le moteur de recherche Google, nous avons pu constater que la photo accompagnant la publication ne date pas d’octobre 2025. Selon un article du journal français Le Figaro, publié le 19 octobre 2020, cette image montre l’incendie d’un bus survenu lors d’une manifestation contre la candidature du président Alassane Ouattara à un troisième mandat.
Le site Afrik.com explique que deux bus de la Société des transports abidjanais (SOTRA) ont été incendiés dans cette manifestation à Abidjan.
Capture d’écran sur le site du quotidien Le Figaro, effectuée le 26 octobre 2025
Le ministre ivoirien de la Défense est apparu dans un bureau de vote
Alors que AES MEDIAS TV a fait cette publication ce 25 octobre à 11h32, le ministre Téné Birahima Ouattara, a assuré peu avant, à 10h02 sur Facebook, qu’il a voté à Kong, dans le Nord-Est du pays. « Je viens à l’instant d’accomplir, au bureau N°2 EPP BAD à Kong, mon devoir citoyen en prenant part au vote de ce samedi 25 octobre 2025 », a écrit le ministre.
Capture d’écran de la publication du ministre Téné Birahima Ouattara
Son vote a été relayé par plusieurs médias notamment L’Intelligent d’Abidjan, L’Avenir et Le Mandat. Ces médias n’ont rapporté aucun incident concernant le ministre de la Défense.
Contacté le 26 octobre 2025, par la Coalition Anti Dôhi, le journaliste Joël Touré de l’Intelligent d’Abidjan, envoyé spécial de son média à Kong, a confirmé que « le ministre a bel et bien voté dans la localité de Kong avant de rejoindre Ferké plus tard dans la journée » du 25 octobre 2025. Il ajoute qu’il n’y a eu « aucun incident à signaler tout au long du trajet » du ministre de la Défense.
En outre, aucune communication officielle n’a été faite sur cette rumeur.
Dans le cadre de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 en Côte d’Ivoire, le pays connaît une recrudescence de fausses informations circulant sur les réseaux sociaux.
Cet article a été réalisé par le média ivoirien Abidjan Fact-Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.
Une vidéo diffusée sur Facebook prétend montrer un hélicoptère français transportant des « mercenaires » du Bénin vers la Côte d’Ivoire. Or, il s’agit en réalité d’un exercice militaire filmé au Pakistan. Aucun média crédible ni source officielle n’a confirmé ces allégations.
«“RCI Urgent Ce soir, un cargo rempli de mercenaires français en provenance du Bénin a atterri à Abidjan avec un important arsenal militaire. Source : AIP (Agence Ivoirienne de presse) », peut-on lire dans une publication faite sur Facebook par le compte Le cadavre ambulant comptabilisant 48 000 followers et suivi par 593 personnes.
Peu avant, le même compte a publié une vidéo sur laquelle on voit un hélicoptère au sol avec le commentaire suivant : « Dans la soirée de ce samedi, un avion cargo en provenance du Bénin aurait atterri discrètement à Abidjan, transportant un groupe de mercenaires présumés de nationalité française accompagné d’un important arsenal militaire. Des témoins indiquent que le convoi aurait été accueilli sous haute sécurité, alimentant de nombreuses spéculations sur la nature réelle de cette opération. Plusieurs observateurs s’interrogent sur les motivations de cette arrivée et sur le silence des autorités ivoiriennes face à une telle situation, qui pourrait avoir des implications sécuritaires majeures pour la Côte d’Ivoire et la sous-région ouest-africaine. Source : Abidjan.net ».
Capture d’écran de la publication du compte Cadavre Ambulant effectuée le 26 octobre 2025
Cette publication, qui a enregistré plus de 113 000 vues à la date du 26 octobre 2025, a été reprise par plusieurs comptes, notamment ici, ici, ici et ici.
Une ancienne vidéo de 2023
Une recherche d’image inversée avec l’outil Google Lens nous a permis de retrouver sur Facebook une version plus ancienne de cette vidéo que nous vérifions. Publiée le 7 mai 2023 sur le compte Pakistan Strategic Forum, la vidéo est accompagnée d’une légende indiquant qu’il s’agit d’un hélicoptère de transport de troupes et utilitaire SA 330 Puma du Corps d’aviation de l’armée pakistanaise (PAAC) roulant la nuit depuis une base aérienne située dans la zone de responsabilité du commandement du Nord (COIN), à l’appui d’une prochaine opération offensive.
Capture d’écran de la vidéo originale sur Facebook, effectuée le 26 octobre 2025
Sur TikTok, la même vidéo avait déjà été publiée le 22 juin 2025 avec le commentaire suivant : « Le chasseur d’ennemis. Le cobra Falen ». Le commentaire est suivi de plusieurs hashtags dont #hélicoptère #armée #Pakistan #tendance #vidéos, des indices liant cette vidéo au Pakistan.
Capture d’écran de la vidéo sur TikTok, effectuée le 26 octobre 2025
Contacté le 26 octobre 2025, Hubert Assin Armand, Rédacteur en chef de l’Agence ivoirienne de presse (AIP), citée comme source dans cette publication, dément l’information.
« Nous n’avons pas traité une telle information. Cette manière de faire de ceux qui publient les fausses informations est bien connue. Ils utilisent juste la notoriété de l’AIP pour rendre crédible leurs fausses informations », a-t-il expliqué.
La Coalition Anti Dohi a également contacté, le 26 octobre 2025, Robert Kra, le directeur de publication du média ivoirien Abidjan.net également cité comme source dans le post. Il a assuré que son média n’a jamais publié une telle publication.
« Nous n’avons jamais produit un tel contenu. Si les auteurs de cette publication nous citent, c’est parce qu’ils veulent donner du crédit à leur manipulation ! », a-t-il affirmé.
Une méthode récurrente dans le cadre de la présidentielle ivoirienne de 2025
Cet article a été réalisé par le média ivoirien Ivoire Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.
Une rumeur sur Facebook affirme que le président de la CEI, Ibrahim Kuibiert Coulibaly, a été arrêté après que des résultats provisoires de l’élection présidentielle d’octobre 2025 ont fuité sur internet. Mais, ces allégations sont dénuées de tout fondement.
Un post Facebook publié sur la page « Côte d’Ivoire », le 25 octobre 2025, affirme que le président de la Commission Électorale Indépendante (CEI), Ibrahim Kuibiert Coulibaly, a été arrêté à la suite d’une fuite de documents confidentiels présentant les résultats provisoires de l’élection présidentielle.
En l’espace de 24 heures, la publication a recueilli plus de 3 500 mentions »J’aime », plus de 900 commentaires et plus de 300 partages.”
Cette même publication a été partagée par plusieurs comptes et pages Facebook, ( 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8) notamment par le compte Amadou Maiga qui compte plus de 72 000 abonnés.
Contexte ,
Cette publication est intervenue à la suite d’un scandale médiatique survenu le 24 octobre 2025, lorsque de faux résultats de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 sont apparus sur Abidjan.net, un des médias en ligne les plus suivis en Côte d’Ivoire. Ces résultats fictifs largement relayés sur les réseaux sociaux à moins de 24 heures du scrutin ont alimenté beaucoup de débats et théories sur les réseaux sociaux, rapportant ainsi « une fuite de documents secrets du régime » et des résultats des élections présidentielles « déjà disponibles avant même le jour des élections ».
Ce site d’informations a publié ce qui était présenté comme des « résultats provisoires par régions » de l’élection, avant de faire un communiqué d’excuses pour indiquer une erreur de publication de ces résultats fictifs émanant d’« un dysfonctionnement technique ». L’incident a immédiatement suscité une réaction de la CEI, chargée de l’organisation et de la gestion des élections dans le pays. L’autorité électorale a, par la suite, indiqué avoir porté plainte contre Abidjan.net pour ce manquement vis-à-vis du Code électoral qui interdit la publication de résultats de vote et de sondage en période électorale.
Dans la foulée, le 25 Octobre 2025, l’Autorité Nationale de la Presse (ANP) de Côte d’Ivoire a annoncé « la suspension immédiate d’Abidjan.net » de toute activité de « journalistique pour une durée de 26 jours ».
Le Président de la CEI n’a pas été arrêté
Contrairement à ce qu’affirment les publications Facebook que nous vérifions, aucune source crédible – soit-elle institutionnelle ou médiatique – n’a confirmé l’arrestation du président de la CEI. La page officielle de la CEI ne comporte aucune publication relative à une interpellation.
Le 25 octobre 2025, le jour de l’élection présidentielle ivoirienne, une vidéo publiée par le média Frat Mat Info, la page Facebook du journal gouvernemental Fraternité Matin,a rapporté que Ibrahime Kuibiert Coulibaly s’est adressé à la presse en sa qualité de président de la CEI. S’exprimant sur la publication de faux résultats de vote par Abidjan.net, Coulibaly a qualifié l’incident de « troubles à l’ordre public ».
Capture d’écran de la publication de FratMat Info dans laquelle Ibrahime Kuibiert Coulibaly s’exprime sur la publication de faux résultats de vote par Abidjan.net
« J’ai donné des instructions fermes à tous nos collaborateurs sur le terrain afin d’exclure de toutes les zones de notre compétence ce média en ligne, parce qu’ils ne sont pas venus pour donner des informations, ils sont venus pour les moduler », a-t-il souligné, tout en ajoutant que les résultats provisoires ne peuvent donc être ni diffusés ni commentés par un autre média avant leur validation officielle.
Le président de la CEI a également fait une apparition télévisée en début de soirée du 25 octobre 2025 pour faire «un point de situation» sur la journée du vote.
Capture d’écran d’une émission diffusée sur la Nouvelle Chaîne Ivoirienne le 25 octobre 2025 et dans laquelle apparaît le président de la CEI Ibrahime Kuibiert Coulibaly
Cet article a été réalisé par le média ivoirien Abidjan Fact-Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.
Des publications sur les réseaux sociaux ont annoncé des incidents dans les villes de Gagnoa et de Toumodi. Des témoins oculaires de la Coalition Anti Dohi présents sur le terrain ont rejeté ces rumeurs. De plus, la photo qui illustre ces publications a été prise au Togo en juillet 2025.
Depuis le lancement de la campagne présidentielle d’octobre 2025 en Côte d’Ivoire, plusieurs incidents en lien avec le scrutin ont été signalés dans des localités comme Yamoussoukro et Jacqueville, entre autres. Ces actions, perpétrées par des personnes encore non identifiées au moment de la publication de cet article, ont donné lieu à une campagne de désinformation autour de ces élections.
Par exemple, une publication faite sur Facebook ce 25 octobre 2025 par la page Sako Le Révolutionnaire soutient que des responsables de bureaux de votes ont pris la fuite. « URGENT : Les responsables des bureaux de votes à Gagnoa et Toumodi ont été chassés et les lieux incendiés. La tension continue de gagner du terrain », lit-on dans le texte qui accompagne cette publication. Le post a également été relayé sur Facebook par les pages Côte d’Ivoire Ma Patrie et Le Renouveau Ivoirien. La publication a également été reprise ici , ici , ici , ici , ici , ici , ici, ici
Une image décontextualisée, prise au Togo en juillet 2025
Une recherche d’image inversée avec l’outil Bing a orienté vers un article publié le 30 juin 2025 informant d’une manifestation qui a dégénéré au Togo.
La même photo est publiée dans un autre article du média allemand dw.com le 6 août 2025. La légende indique que des manifestants en colère à Lomé (capitale du Togo) ont mis le feu à des barricades lors de protestations contre le président du Conseil des ministres, Faure Gnassingbé.
Capture d’écran sur le site internet de la DW, effectuée le 25 octobre 2025
Pour vérifier cette information sur le terrain, la Coalition Anti Dohi a contacté deux journalistes confrères vivant à Gagnoa (Centre-Ouest) et à Toumodi (Centre). Les deux ont démenti les publications que nous vérifions dans cet article.
Madouce Boniking, président des radios de proximité de la région du Goh, qui a pour chef-lieu la ville de Gagnoa, a expliqué qu’aucun responsable n’a abandonné son bureau et aucun incident n’a été signalé. « Nous avons sillonné la ville ce matin et tout se passe bien. Ce que vous avez vu est une fausse information. Le scrutin se passe à merveille, c’est seulement quelques bureaux de vote qui ont tardé avant d’ouvrir. Sinon, à part cet aspect, tout va bien », a-t-elle confié. « Je suis à Gagnoa depuis longtemps. Le lieu indiqué n’est pas à Gagnoa », a-t-elle ajouté.
De son côté, Leon Saki, journaliste et responsable de la WebTv Tv Toumodi assure à la Coalition que les publications rapportant des incidents impliquant des responsables de bureaux de vote à Gagnoa et Toumodi sont des « informations manipulées ».
« À Toumodi ici, c’est le calme plat. Je viens de le constater en parcourant les bureaux de votes. Les choses vont bien pour le moment », a-t-il renchéri.
Toutefois, selon une vidéo publiée par BBC Afrique sur Facebook, des dysfonctionnements ont été enregistrés à Gagnoa.
Teno Kwamé, président du Bureau de vote 2 à Moko, a rapporté que le déplacement de son bureau vers un autre site, décidé à la dernière minute, a causé des désagréments. « C’est à 8 heures que nous avons été appelés et on nous a dit que le bureau a été délocalisé. Donc c’est à partir de 8h30 qu’on a fait mouvement ici. Et de Moko à ici, c’est un long trajet. Donc on ne sait pas comment la population va savoir que les bureaux ont été délocalisés puisque pour venir, il n’y avait pas un tableau pour écrire que si vous venez, vous êtes à tel lieu », a-t-il expliqué.
Un observateur électoral a également noté que « c’est le RHDP seul qui est représenté dans les bureaux. Les autres partis ne sont pas représentés depuis ce matin », a-t-il déclaré à la BBC.
En somme, l’affirmation selon laquelle les responsables du bureau de vote ont pris la fuite dans les localités de Gagnoa et Toumodi est fausse. La photo qui accompagne les publications que nous vérifions dans cet article n’a pas été prise en Côte d’Ivoire mais au Togo en juillet 2025.
Cet article a été réalisé par le média ivoirien Ivoire Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.
Trois images censées montrer des bureaux de vote incendiés circulent depuis la soirée du 24 octobre 2025 sur les réseaux sociaux. Elles sont, pour les auteurs, la preuve que les Ivoiriens sont hostiles au 4ème mandat d’Alassane Ouattara. En réalité, ces images sont décontextualisées et présentes sur internet depuis le 18 octobre 2025.
Capture d’écran de la publication de Maimouna Camara sur Facebook, effectuée le 25 octobre 2025
Le compte Maimouna Camara, très actif sur Facebook et X, a partagé dans la soirée du 24 octobre 2025 trois images d’incendie avec la légende suivante : « Abidjan-Yopougon, 03 Bureaux de vote incendiés. Bureau 14,18 et 20 Non au 4eme Mandat de Alassane Dramane Ouattara (Sic) ». Derrière le compte Maimouna Camara se cache ‘‘La Guêpe’’, le surnom d’une activiste, souvent présente sur les réseaux sociaux.
Le compte Maimouna Camara ne donne pas de précision sur le quartier exact de Yopougon (commune d’Abidjan) où l’incendie est censé avoir eu lieu. La publication, devenue virale sur les réseaux sociaux, a enregistré dans la matinée du 25 octobre plus de 2 100 commentaires et 650 partages. Ces images ont été reprises sur Facebook (ici et ici).
Une image prise au Cameroun dans un contexte de crise post-électorale
La première image montre l’incendie d’un véhicule visible à travers la grille d’une clôture.
Capture d’écran de la publication de Maimouna Camara sur Facebook, effectuée le 25 octobre 2025
Une recherche d’image inversée avec Google image et Microsoft Bing a permis de constater que cette image est présente sur internet depuis le 18 octobre 2025. On peut la voir dès les premières secondes de cette vidéo publiée sur Facebook. La vidéo permet aussi de voir l’inscription RDPC sur le bâtiment à l’arrière du véhicule en flamme. La personne intervenant dans la vidéo le fait dans une langue locale rendant difficile l’identification du lieu exact de l’incendie.
Capture d’écran Facebook, effectuée le 25 octobre 2025
Cependant dans les commentaires, le mot « Garoua » est régulièrement cité. Garoua est le nom d’une ville située dans le Nord du Cameroun. Une recherche par mots-clés, avec le groupe de mots « incendie RDPC Garoua », permet de retrouver la même vidéo partagée le 16 octobre 2025 sur Facebook avec la description suivante : « Le siège du RDPC incendié à DSCHANG mercredi soir par les Camerounais qui revendiquent la victoire de Issa TCHIROMA et le départ de Paul Biya au pouvoir depuis 43 ans (sic) ».
Capture d’écran Google Search, effectuée le 25 octobre 2025
Les recherches montrent que la première image partagée par le compte Maimouna Camara et extraite d’une vidéo prise au Cameroun n’a aucun lien avec un bureau de vote en Côte d’Ivoire.
À la suite de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 au Cameroun, des violences post-électorales ont éclaté dans plusieurs villes du pays, notamment à Garoua, Douala, Dschang et Bafoussam. Ces tensions ont été alimentées par des rumeurs de fraude électorale et la diffusion de résultats non officiels donnant une nouvelle victoire au président sortant Paul Biya. Des partisans de l’opposition, notamment ceux d’Issa Tchiroma Bakary, ont contesté ces résultats, entraînant des manifestations parfois réprimées par les forces de sécurité.
Une image montrant un incendie en Afrique du Sud
La deuxième image, celle montrant un bâtiment de type R+2 en feu est aussi décontextualisée.
Capture d’écran de la publication de Maimouna Camara sur Facebook, effectuée le 25 octobre 2025
En effet, on la retrouve dans une série de vidéos Tik Tok relatives à un incendie en Afrique du Sud.
Capture d’écran Google Search, effectuée le 25 octobre 2025
Grâce à l’exploitation des éléments de ces deux vidéos en anglais (ici et ici), on apprend que l’image est celle d’un « tragique incendie qui s’est déclaré dans une maison du bidonville de Marikana, à Ekurhuleni, en Afrique du Sud, causant la mort de six membres d’une même famille, dont un enfant d’un an et demi ».
L’incendie s’est déclaré dans une cabane (habitation faite planches de bois et de tôles ondulées) « vers 3 heures du matin le 26 mai 2025, ravageant complètement l’habitation avant l’arrivée des services d’urgence ». Cette deuxième photo n’a donc aucun lien avec des bureaux de vote en Côte d’Ivoire.
Une troisième image difficile à identifier
En ce qui concerne la troisième image, la Coalition Anti Dohi n’a pu retrouver son origine exacte. L’utilisation des moteurs de recherche Yandex, Google et Bing n’ont pas permis de retrouver la correspondance exacte de cette image. L’utilisation d’outil d’intelligence artificielle de recherche d’image n’a également donné aucun résultat probant.
Capture d’écran de la publication de Maimouna Camara sur Facebook, effectuée le 25 octobre 2025
L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information de Côte d’Ivoire (ANSSI-CI) via sa plateforme Facebook Alerte 100, a publié, dans la nuit du 24 octobre 2025, une alerte indiquant que ces images reprises en boucle sur les réseaux sociaux sont des « fake news ».
Capture d’écran Alerte 100 sur Facebook, effectuée le 25 octobre 2025
Contactée par la Coalition Anti Dohi, la Mairie de Yopougon a assuré que la commune compte 161 lieux de vote et 1321 bureaux de vote.
Alors que dans les publications sur Facebook il est mentionné que les bureaux 14, 18 et 20 auraient été incendiés, on peut voir sur le site de la Commission électorale indépendante que les bureaux de vote de Yopougon sont numérotés de 1 à 19 dans chaque lieu de vote. En clair, dans un centre de vote, il y a au maximum 19 bureaux de vote et non 20 comme le font croire les publications que nous examinons.
À Yopougon, les données de la CEI montrent que seuls quatre lieux de vote comptent 14 bureaux de vote. Il s’agit du Groupe scolaire Cité Verte, Groupe scolaire Mamie Adjoua, Groupe scolaire Port-Bouët 2 Plateau et Groupe scolaire Sogefiha 2. L’École Williams Ponty et le Collège Moderne Anador compte 15 bureaux de vote. Le Groupe scolaire Libanais de Yopougon compte 16 bureaux de vote et le Groupe scolaire Rodin 19 bureaux de vote.
La Coalition Anti Dohi s’est rendue dans la commune de Yopougon, dans l’après-midi du 25 octobre 2025, notamment sur les sites des Groupes scolaires Cité Verte, Mamie Adjoua, Port-Bouët 2 Plateau et Sogefiha 2. Aucun bureau de vote n’a été incendié.
Une vidéo récemment publiée sur les réseaux sociaux prétend montrer un véhicule en feu sur le péage de l’autoroute du nord en octobre 2025. Mais la vidéo date d’avril 2022.
Une publication faite sur Facebook ce 23 octobre 2025 par la page CASH Ivoire soutient que le pont à péage de l’autoroute du Nord reliant Abidjan à Yamoussoukro est en feu. « 22-10-2025, péage en feu autoroute du nord », lit-on dans le texte qui accompagne cette publication.
Contexte
Cette publication est apparue dans un contexte électoral en Côte d’Ivoire où l’opposition ivoirienne a organisé plusieurs manifestations dans différentes localités pour protester contre le quatrième mandat du président sortant Alassane Ouattara, candidat à sa propre succession pour le scrutin du 25 octobre 2025. Ces manifestations, qui ont parfois pris des allures de soulèvement populaire, ont conduit à l’interpellation de centaines de personnes, selon des sources officielles.
Une ancienne vidéo datant d’avril 2022
Une recherche d’image inversée avec l’outil Bing a permis de situer le vrai contexte de la vidéo que nous examinons dans cet article. Comme le montre cette publication sur Facebook, la vidéo date du 19 avril 2022, lorsqu’un véhicule avait pris feu au niveau du poste de péage d’Attinguié en fin d’après-midi. L’incendie avait été maîtrisé, mais s’était tout de même propagé à 3 cabines mitoyennes dudit poste comme l’attestent plusieurs médias locaux comme Linfodrome, Afriksoir, et Abidjan.net.
Capture d’écran de la vidéo examinée sur Facebook, effectuée le 23 octobre 2025
De nombreux éléments permettent d’établir des similitudes entre la vidéo dont nous vérifions l’origine et celle relayée en 2022 : les séparateurs rouges et blancs (encadrés en rouge), le toit (encadré en vert) et les piliers oranges (encadré en bleu).
Idée d’une crise préélectorale
Dans ce contexte électoral, la Côte d’Ivoire est en proie à des tensions politiques. Un terreau fertile à la désinformation. Selon Harouna Drabo, analyste de la désinformation au Sahel, ce type de contenus, de plus en plus fréquents sur les réseaux sociaux à l’approche du scrutin présidentiel, vise à installer dans l’opinion publique ivoirienne l’idée d’une crise préélectorale. En entretenant une psychose collective à travers la fabrication d’une réalité virtuelle de chaos, estime-t-il, ces messages contribuent indirectement à décourager la participation électorale le jour du vote.
Pour Jordan Méda, le rédacteur en chef de l’organisation burkinabè de fact-checking Faso Check, « ces contenus sont dangereux parce que dans un contexte électoral avec des tensions entre les différentes fractions, dire que le péage est en feu sans préciser le contexte alors qu’il s’agissait d’un véhicule incendié porte à confusion. Ce qui fait croire à un affrontement où du vandalisme ». Il ajoute que si la fausse information n’est pas traitée ou contextualisée, elle peut contribuer à attiser la haine, les tensions et mettre considérablement à mal l’intégrité de l’information.
Cet article a été réalisé par le média ivoirien Ivoire Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.
FAUX, les propos sur l’impact d’une éventuelle chute du président Ouattara sur la France attribués à la Présidente du Sénat Kandia Camara par ailleurs directrice régionale de campagne Abobo du candidat Alassane Ouattara est une Fake news. Après les recherches sur les canaux officiels du Sénat, de la mairie d’Abobo ainsi que les vérifications auprès de la chargée de communication de Kandia Camara, les résultats ont confirmé qu’elle n’a pas tenu de tels propos.
ParVictoire Kouamé
FAIT
Une publication partagée sur Facebook par le profil Brutal Réalité, le 23 octobre 2025 attribue des propos à Kandia Camara affirmant que si Alassane Dramane Ouattara n’est plus président au soir du 25 octobre 2025, La France elle-même verra le sol trembler sous ses pieds.
ANALYSE
Cette publication a suscité plusieurs réactions et engagements dont plus de 1400 mentions ‘’ j’aime’’ plus de 1000 commentaires et 920 partages.
Selon cette publication , elle aurait affirmé ceci : « Si notre “papa adoré” Alassane Dramane Ouattara n’est plus président au soir du 25 octobre 2025, ce ne sont pas seulement certains d’entre nous qui auront des ennuis. La France elle-même verra le sol trembler sous ses pieds.
Car la chute d’ADO sera la déflagration qui fera vaciller les bases de son influence : la Côte d’Ivoire lui échappera, et avec elle, toute une sous-région prête à se libérer du vieux joug colonial.
Le sort du RHDP, comme celui de la France en Afrique de l’Ouest, repose aujourd’hui sur une seule décision : celle d’Emmanuel Macron. S’il ne sauve pas Ouattara, il condamne tout un système.
Ce soir-là, s’il tombe… c’est tout un empire qui s’effondre. »
Source : Capture d’écran de la publication
A la suite de l’auteur de la publication qui a mis en commentaire “ le sort du RHDP est entre les mains de Macron”, plusieurs autres commentaires sont venus soutenir ce postulat.
Source: Capture d’écran des commentaires
VERIFICATION DES FAITS (Méthodologie)
Nous avons contacté dans un premier temps l’auteur de la publication pour nous donner la source de cette information en nous précisant où, quand et à quelle occasion la ministre Kandia Camara aurait tenu ces propos. Notre demande est restée sans suite.
Ensuite nous avons entrepris des recherches sur Google avec les mots clés : Kandia Camara propos sur la France et la chute de Ouattara, nous n’avons trouvé aucun résultat.
Contacté via messenger Isabelle Vovor, journaliste communicante institutionnelle et politique, par ailleurs chargée de communication de Kandia Camara a affirmé qu’il s’agit d’une Fake news.
Kandia Camara ‘’ n’a jamais tenu de tels propos ‘’ a-t-elle soutenu.
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Après toutes ces vérifications, les propos attribués à la ministre Kandia Camara sont faux. Ils ont été publiés dans le but de manipuler l’opinion publique dans le contexte électoral que connaît la Côte d’Ivoire.
Conseils aux lecteurs :
Ne relayez pas cette publication mensongère à votre entourage.
Toujours demander la source d’une information et s’assurer de la véracité avant de la relayer.
« Cet article a été réalisé par Victoire Kouamé, dans le cadre de la Situation Room Virtuelle de veille électorale mise en place, en partenariat avec le Centre for Journalism Innovation and Development (CJID), mobilisant des fact-checkers, journalistes et veilleurs numériques »
En Côte d’Ivoire, un célèbre média en ligne a publié des résultats de vote fictifs à quelques heures de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Avant lui, d’autres initiatives similaires ont été observées sur les réseaux sociaux et dans les médias. Pourtant, la loi électorale interdit toute publication de ce type à partir de la date de diffusion de la liste électorale définitive.
Le 24 octobre 2025, de faux résultats de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 sont apparus sur Abidjan.net, un des médias en ligne les plus suivis du pays. Ces résultats fictifs largement relayés sur les réseaux sociaux à moins de 24 heures du scrutin ont alimenté beaucoup de débats et théories sur les réseaux sociaux, rapportant ainsi « une fuite de documents secrets du régime » et des résultats des élections présidentielles « déjà disponibles avant même le jour des élections ».
Peu après la parution de ces faux résultats, le site Abidjan.net s’est fendu d’un communiqué pour présenter ses excuses sur cet incident qu’il dit provenir d’une d’« une erreur d’affichage » et « d’un dysfonctionnement technique survenu lors des opérations de mise à jour » à l’occasion des « essais internes » sur sa plateforme des résultats de l’élection présidentielle de 2025.
Un mois avant cet incident, un cas similaire de publication de résultats de sondage avait déjà eu lieu sur les réseaux sociaux et dans les médias en Côte d’Ivoire. En effet, à travers une publication datant du 23 septembre 2025, l’homme politique Tiemoko Assalé, candidat déclaré à la présidentielle du 25 octobre, mais recalé à l’étape du parrainage, a indiqué qu’un sondage réalisé par The Messina Group, un institut américain, pour la période allant du 13 août au 3 septembre 2025, le classait à la 4e position des intentions de vote au 1er tour. Sa publication est devenue virale, engrangeant ainsi plus de 3 000 mentions j’aime, plus de 1 000 commentaires et plus de 100 partages. Plusieurs autres exemples (1,2,3) rapportent et interprètent diversement les résultats de ce sondage qui a été aussi repris à sa UNE par le quotidien ivoirien Le Nouveau Réveil dans son édition du 2 octobre 2025.
Violation des règles électorales
Pourtant, les dispositions du Code électoral ivoirien interdisent clairement toute publication de sondages et de résultats de vote après la publication des listes électorales définitives. C’est d’ailleurs ce qui a motivé la double mise en garde par la Commission électorale indépendante (CEI) visant les personnes et médias enfreignant la loi électorale à travers la publication de résultats de vote de sondage en période électorale.
D’abord, le 7 octobre 2025, la CEI a publié un premier communiqué rappelant qu’il est formellement interdit en Côte d’Ivoire de publier des résultats de vote et de sondages suite à la publication des listes électorales définitives. Puis, le 24 octobre 2025, suite à la publication des résultats fictifs de l’élection présidentielle par Abidjan.net, la CEI a réitéré, à travers un communiqué, qu’elle est « l’unique autorité habilitée à communiquer les résultats provisoires issus des bureaux de vote », en annonçant par la même occasion qu’elle « se réserve le droit de prendre toute mesure appropriée en cas de manquement ».
En réaction à la publication de ces sondages fictifs par Abidjan.net, la CEI a publié un communiqué dénonçant une « atteinte manifeste à la sincérité du débat démocratique » et des « agissements susceptibles de troubler l’ordre public ». Elle y annonce avoir porté plainte contre le média incriminé auprès des autorités judiciaires compétentes, soulignant la gravité de la diffusion de résultats fictifs à la veille du scrutin.
Que dit la loi électorale ?
Dans un communiqué publié le 7 octobre 2025, la CEI a mentionné qu’en application de l’article 39 du Code électoral : « Il est interdit à toute personne physique ou morale non habilitée à cet effet, de publier ou de diffuser des estimations de vote ou des résultats de sondage, sous quelque forme que ce soit et à partir de quelque lieu que ce soit, à compter de la publication de la liste électorale définitive ». Ce qui veut dire que toute publication ou diffusion de sondage est donc interdite à partir du moment où la liste électorale définitive est publiée.
Le président de la CEI Ibrahime Koulibaly-Kuibiert, le 22 octobre 2025, au siège de l’institution à Abidjan, lors d’une séance de travail avec l’Association des Autorités Electorales d’Afrique (AAEA ) portant sur l’évolution du processus électoral ivoirien
En Côte d’Ivoire, la liste électorale définitive pour la présidentielle du 25 octobre a été rendue consultable le 4 juin 2025, conformément à l’annonce faite par le président de la CEI, Ibrahime Koulibaly-Kuibiert, deux jours plus tôt. Cette liste comporte 8 727 731 électeurs et peut être consultée sur le site de la CEI.
Bien que la loi interdise la diffusion de sondages et d’estimations électorales, pourquoi ces publications continuent-elles de circuler sur les réseaux sociaux et dans les médias ivoiriens ?
Regard d’experts sur la persistance du phénomène malgré l’existence des lois
Pour Marguerite Yoli-Bi Koné, superviseure de la Commission électorale indépendante pour les régions du Gboklé, de la Nawa et de San Pedro, cette situation s’explique par la prégnance des fake news en période électorale. Elle pointe du doigt notamment « des usagers qui cherchent du buzz », et estime qu’il reste très peu d’options avec « un citoyen qui décide sciemment d’enfreindre la loi, qui s’enferme dans sa chambre et invente des choses » sur le processus électoral. Aujourd’hui, note la représentante de la CEI, les réseaux sociaux sont devenus « des zones de non droit » malgré l’existence de la loi qui, selon elle, « est très connue » des usagers. « Tant qu’elle existe, nous sommes obligés de l’appliquer ».
Au Sénégal, par exemple, des professionnels des médias jugent « dépassées » les lois encadrant la diffusion de sondages d’opinion en période électorale. Sur cette question, Marguerite Yoli-Bi Koné note que l’initiative de changer la loi appartient au gouvernement ainsi qu’aux députés qui sont les représentants de la population. « Si les populations font le vœu qu’on change cette loi, elle sera changée ». Néanmoins, elle met en garde contre le fait que les élections en Afrique sont souvent « des moments d’exagération des conflits qui existaient déjà. Donc il faut faire attention à ce qu’il faut publier sur les réseaux sociaux », explique-t-elle, donnant pour exemple le fait que des usagers prennent parfois des documents qu’ils manipulent à l’aide de l’intelligence artificielle et les publient sur les réseaux sociaux. La transparence est certes nécessaire, mais selon Marguerite Yoli-Bi Koné, elle « doit être encadrée ». Cela veut dire que l’on n’a pas le droit de faire une compilation de votes et prétendre qu’il s’agit des résultats de l’élection, dans la volonté de tromper les populations et les électeurs, renchérit la représentante de la CEI.
Prenant le contrepied de cet argument, Dr Geoffroy Julien Kouao, politologue et essayiste ivoirien, argue que « l’article 39 du code électoral est anachronique et politiquement incorrect ».
« Nous sommes à l’ère des réseaux sociaux, c’est-à-dire de l’information instantanée. En sus, la publication des sondages est une pratique démocratique qui permet aux candidats de connaître leur position avant le vote et de travailler en conséquence ».
Évoquant des exigences de transparence et pour éviter la fraude électorale, l’expert souligne par ailleurs qu’« il serait bon que les résultats par bureau de vote soient instantanément publiés par les médias traditionnels et par les internautes ».
Enfin, Dr Geoffroy Julien Kouao conclut que « s’il est facile de sanctionner les médias traditionnels, il en serait autrement avec les réseaux sociaux ».
« Selon la loi électorale ivoirienne (Article 59, Ndlr), les résultats provisoires sont donnés par la commission électorale dans un délai 5 jours après la fermeture des bureaux de vote. Un délai trop long et qui pourrait alimenter les suspicions de fraudes », commente-t-il.
Lire et comprendre les sondages
Cette analyse sur les sondages en période électorale, publiée par une Coalition dirigée par Africa Check pour lutter contre la désinformation lors de la présidentielle sénégalaise de 2024, met en lumière plusieurs enjeux liés à l’interdiction des sondages en période électorale. Le texte s’appuie notamment sur un guide publié en 2016 par Africa Check, qui propose des conseils pratiques pour lire et comprendre les résultats d’un sondage d’opinion.
Selon ce guide, avant de donner du crédit à un sondage, il est essentiel d’en examiner la source, les motivations du commanditaire, la formulation des questions, la méthode de sélection des répondants, la représentativité de l’échantillon, le mode de collecte des données et le moment de réalisation de l’enquête, car chacun de ces éléments peut influencer fortement la fiabilité et l’objectivité des résultats.
Cet article a été réalisé par Africa Check membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.
La diaspora ivoirienne est souvent présentée comme une force électorale décisive. Mais en réalité, seuls certains pays organisent effectivement le vote. De quels pays s’agit-il, et que représentent-ils dans l’électorat ?
Selon les dernières estimations de l’OCDE (2022), près d’un 1,15 millions d’Ivoiriens vivent hors du territoire national, principalement en Europe, en Amérique du Nord et dans les pays d’Afrique de l’Ouest.
Cartographie des votants de la diaspora
L’organisation pratique du scrutin à l’extérieur incombe à la Commission Électorale Indépendante (CEI), en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères, comme le stipule le décret No 2025-651 du 30 juillet 2025 fixant les modalités de vote des Ivoiriens de l’étranger pour l’élection présidentielle de 2025. Selon le décret, la CEI peut ouvrir des bureaux de vote dans tout pays disposant d’une représentation diplomatique de la Côte d’Ivoire ou ne l’ayant pas, avec l’assentiment du pays d’accueil.
Lors du scrutin présidentiel de 2020, la CEI a ouvert des bureaux de vote dans 19 pays. Ces pays regroupent la majorité des ressortissants ivoiriens inscrits à l’étranger. Dans cette veine, les Commissions électorales des représentations diplomatiques (CERD), sont choisies sur « la base de la forte représentativité de la population ivoirienne y résidant ».
Représentativité de la diaspora dans le nombre total de votants
Lors de la présidentielle d’octobre 2020, la Commission électorale indépendante estimait à environ 7 495 082 le nombre total d’inscrits sur la liste électorale. Le nombre de votants établi dans la diaspora était évalué à 97 669 personnes (soit 1,3 % du total des inscrits), dont 56 940 hommes (58,3 %) et 40 729 femmes (41,7 %).
Cette proportion d’électeurs contraste avec le poids démographique de la diaspora, évaluée à près de 1,2 million de personnes (selon l’OCDE) réparties principalement entre la France, les États-Unis, le Mali, le Burkina Faso, le Ghana et le Maroc. En comparaison, l’électorat national concentrait la quasi-totalité des électeurs (7 397 413 participants).
Pour la présidentielle d’octobre 2025, ces chiffres ont connu une légère hausse. Selon la Commission électorale indépendante, il y a 11 906 lieux de vote, soit 11 835 en Côte d’Ivoire et 71 à l’étranger.
En ce qui concerne les bureaux de vote, la CEI a pu en déployer 25 678 soit 25 370 en Côte d’Ivoire et 308 à l’étranger dans 18 Commissions électorales de la représentation diplomatique (CERD). Le nombre total d’électeurs s’élève à 8 727 431 dont 120 178 (soit 1,37 %) au niveau de la diaspora.
La cartographie des bureaux ouverts à l’extérieur dans le cadre de cette élection présidentielle se compose comme suit :
En Afrique
Amérique
Europe
D’éventuels obstacles à la participation de la diaspora
Une vidéo publiée sur YouTube le 18 octobre 2025 par l’agence de presse Alerte Info sur les élections présidentielles, fait remarquer que la diaspora vivant en France précisément à Lyon n’est pas galvanisée pour le vote. Le reportage explique que ce manque d’engouement est notamment causé par « la complexité de l’inscription sur les listes électorales consulaires, la nécessité de disposer d’une carte nationale d’identité ou d’un passeport en cours de validité, ainsi que les difficultés logistiques pour se rendre aux rares bureaux de vote ouverts, souvent situés dans les capitales seulement ».
Toujours selon le reportage d’Alerte Info, pour de nombreux expatriés, le vote est perçu comme une démarche complexe et coûteuse. Par conséquent, certains renoncent par découragement, d’autres ignorent simplement les modalités d’inscription.
Interrogée par la Coalition Anti Dohi, Marguerite Yoli Bi, Commissaire centrale à la CEI, a expliqué que « le décalage horaire, le déploiement et repliement du matériel par la logistique pour la sécurisation des urnes, la formation du personnel, la sécurisation des urnes et la remontée des résultats constituent autant d’étapes sensibles et des défis majeurs ». Toutefois, a-t-elle poursuivi, « la CEI adopte les mêmes critères de sécurité à l’extérieur qu’en Côte d’Ivoire en collaboration avec les autorités du pays hôte ».
Cet article a été réalisé par le média ivoirien Abidjan Fact Check membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.