(Et pourquoi leur rôle est essentiel dans la lutte contre la désinformation)
Pourquoi faut-il clarifier les rôles ?
En Côte d’Ivoire, les termes blogueur, influenceur et activiste sont souvent confondus. Pourtant, ces profils jouent des rôles différents et complémentaires dans l’espace numérique. La montée en puissance des influenceurs à polémique a entaché l’image globale de ceux qui créent du contenu de manière constructive. Il est donc urgent de clarifier ces notions pour réhabiliter les créateurs positifs — et surtout, comprendre leur rôle dans un combat central aujourd’hui : la lutte contre la désinformation.
Le blogueur : un créateur de contenu à vocation informative ou éducative
Un blogueur publie du contenu régulier autour de sujets variés : éducation, citoyenneté, entrepreneuriat, environnement, culture, etc. Il agit comme passeur de savoir, souvent avec rigueur et documentation. Il agit généralement avec un regard critique, un souci de fond et une démarche éditoriale construite.
Objectif : Informer, documenter, éduquer — et parfois corriger les fausses idées circulant en ligne.
Blogueur = premier rempart contre la désinformation, car il s’appuie sur des sources, des faits, des analyses.
> Exemples : un blog sur les droits des femmes, sur l’entrepreneuriat local ou sur l’environnement urbain à Abidjan.
L’influenceur : celui ou celle qui agit sur les comportements
Entre audience et responsabilité
L’influenceur, quant à lui, est une personne qui a acquis une large communauté sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, TikTok…) et qui peut influencer les comportements ou les opinions de ses abonnés. Il peut promouvoir des produits, des styles de vie ou des causes.
L’influenceur peut modeler les opinions et les comportements. Il est donc en première ligne face à la propagation de fake news, qu’il relaie parfois par ignorance, sensationnalisme ou effet de buzz.
Mais à l’inverse, certains influenceurs engagés participent activement à la diffusion d’informations vérifiées, à des campagnes citoyennes ou de santé publique.
Mais en Côte d’Ivoire, cette catégorie est souvent associée à :
– des polémiques publiques (insultes, clashs, fake news),
– des buzz artificiels pour gagner en visibilité,
– des contenus superficiels ou provocateurs.
Or, tous les influenceurs ne sont pas dans cette logique. Certains promeuvent la lecture, l’artisanat, la santé mentale, l’entrepreneuriat… avec professionnalisme et impact positif.
Objectif : Mobiliser, divertir, vendre, inspirer… selon les cas.
Risque : Lorsque l’éthique est absente, l’influence devient un levier de désinformation massive.
L’activiste numérique : le militant du web
Entre mobilisation et vigilance
L’activiste agit pour des causes : droits humains, transparence, égalité, etc. Son rôle est essentiel, mais il peut aussi tomber dans la surinterprétation, l’émotion ou la manipulation, ce qui alimente des désinformations ciblées.
Objectif : Dénoncer, éveiller les consciences, alerter.
Encas de dérive, un activisme mal encadré peut nourrir des discours anxiogènes, sensationnalistes ou partiaux.
> Exemple : un activiste peut dénoncer des cas de déguerpissements illégaux, militer pour les droits des personnes handicapées, ou demander plus de transparence dans la gouvernance.
Où se situe le malentendu en Côte d’Ivoire ?
Ces dernières années, certains influenceurs ivoiriens — très visibles — se sont illustrés par des comportements outranciers, des propos violents ou des vidéos dégradantes. Cela a conduit une partie de la population à assimiler tous les créateurs de contenu à ces dérives.
Résultat : les blogueurs sérieux, les activistes responsables et les influenceurs positifs souffrent de cette confusion.
Pire encore, cela freine parfois leur accès à des financements, des partenariats ou leur reconnaissance dans les médias et institutions.
La désinformation : un défi majeur pour tous
En Côte d’Ivoire, comme ailleurs, la prolifération des fake news sur les réseaux sociaux menace :
– la cohésion sociale (rumeurs communautaires, fausses alertes),
– la démocratie (intox pendant les élections),
– la santé publique (désinformation sur les vaccins ou les pandémies),
– la crédibilité des médias et des institutions.
Face à cela, les blogueurs, influenceurs et activistes responsables ont un rôle déterminant à jouer. Ils peuvent :
– corriger les fausses informations,
– éduquer leur audience à l’esprit critique,
– rediriger vers des sources fiables,
– refuser de relayer sans vérifier.
Que dit la loi ?
La loi n°2022-979 considère que tout créateur de contenu dépassant 25 000 abonnés est un acteur de la communication audiovisuelle.
– les propos haineux,
– les intox,
– les contenus trompeurs ou non sourcés.
Il peut être sanctionné si ses propos mettent en danger l’ordre public ou la paix sociale. À ce stade, ils sont soumis aux mêmes règles que les médias traditionnels :
– ne pas inciter à la haine,
– respecter la vie privée,
– protéger les mineurs,
– préserver la paix sociale.
Cette loi vise à encadrer sans censurer, mais elle appelle aussi les créateurs de contenu à une prise de responsabilité.
Valorisons les créateurs engagés
Heureusement, la Côte d’Ivoire regorge de blogueurs et influenceurs engagés dans la vérification des faits, l’éducation aux médias et la formation numérique.
Exemples d’initiatives positives :
– Formations au fact-checking,
– Création de chartes de bonne conduite (comme celle signée avec la HACA),
– Réseaux de sentinelles du numérique dans les communautés.
En tant que citoyens du numérique, nous avons un rôle à jouer pour :
– faire la différence entre contenu toxique et contenu utile,
– soutenir les blogueurs et influenceurs qui apportent de la valeur,
– encourager l’éthique et la déontologie sur les plateformes.
Les créateurs de contenu ivoiriens peuvent être de puissants agents de changement, passeurs de savoir, accélérateurs de développement. À condition qu’on ne les enferme pas tous dans les mêmes cases.
En conclusion
La lutte contre la désinformation est l’un des plus grands défis de notre ère numérique. Elle ne peut être menée efficacement sans l’implication des créateurs de contenu. Cela suppose :
– que le public fasse la différence entre influence toxique et engagement sincère,
– que les institutions soutiennent les créateurs responsables,
– que ces derniers s’engagent dans une démarche éthique, constructive et éducative.
Les blogueurs, influenceurs et activistes ne sont pas les ennemis du numérique. Ils en sont les gardiens potentiels — à condition d’être formés, responsabilisés et soutenus.
Il est temps de déconstruire les stéréotypes : tous les influenceurs ne sont pas polémiques, et tous les blogueurs ne font pas du « buzz ». L’univers numérique est riche, divers, et prometteur.
👉 Aux institutions : accompagnez les créateurs au lieu de les stigmatiser.
👉 Aux citoyens : suivez, partagez, encouragez les voix utiles.
👉 Aux créateurs eux-mêmes : portez haut les standards d’éthique et d’exemplarité.
