Catégories
Article

FAUX : Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam ne sont pas éligibles à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire

Les candidatures des deux personnalités ont été rejetées par le Conseil constitutionnel ivoirien.

Ce post TikTok affirmant que les hommes politiques Laurent Gbagbo et Thiam Tidjane ont été « définitivement déclarés éligibles » à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire est FAUX.

Cette déclaration intervient alors que la Côte d’Ivoire se prépare pour les élections présidentielles du 25 octobre 2025

Le post qui date du 8 septembre 2025 affirme : « Urgence :Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo sont déclarés définitivement éligibles aux élections présidentielles ». L’auteur a ajouté à cette déclaration, les photos de Tidjane Thiam , bras levés et poingt fermé et de Laurent Gbagbo .

Le post ne précise pas qui a déclaré les deux candidats éligibles à l’élection présidentielle. Cependant, elle contient une vidéo montrant des membres du Conseil constitutionnel annonçant les candidats éligibles aux prochaines élections.

Au-dessus des images des deux hommes politiques, il y a une vidéo de 5 minutes et 37 secondes montrant des hommes et des femmes en ensemble s’exprimant devant une assemblée.

PesaCheck a examiné ce post et l’a trouvé faux.

Une recherche d’images inversée avec Yandex à partir d’une capture de la vidéo du post a retrouvé la vidéo originale postée le 8 septembre 2025 avec cet intitulé : « Conseil Constitutionnel : présidentielle 2025 — liste définitive ».

La vidéo montre Chantal Nanaba Camara , présidente du Conseil constitutionnel de la Côte d’Ivoire, qui donne les raisons pour lesquelles les candidatures de Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam sont rejetées car dit elle : « Tout candidat à l’élection présidentielle pour avoir la qualité d’électeur, doit être régulièrement inscrit, et n’étant pas inscrit, la candidature de Monsieur Laurent Gbagbo est déclarée irrécevable : en cause ; son absence sur la liste électorale et le défaut de parrainages requis. La candidature de Monsieur Thiam Tidjane est rejetée pour absence sur la liste électorale ».

PesaCheck a effectué une recherche Google des mots-clés « liste des candidats retenus aux élections présidentielles 2025 en Côte d’Ivoire » et a retrouvé la liste divulguée par le Conseil constitutionnel .

La même recherche a trouvé des articles comme celui-ci, qui informent de l’absence de Laurent Gbagbo (PPA_CI) et Tidjane Thiam (PDCI-RDA), considérés comme les principaux concurrents d’Alassane Ouattara (RHDP).

La rumeur intervient au moment où la Côte d’Ivoire est en pleine organisation de l’élection présidentielle qui aura lieu le 25 octobre 2025.

PesaCheck a vérifié un post TikTok prétendant que Laurent Gbagbo et Thiam Tidjane sont déclarés définitivement éligibles à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire et l’a trouvé FAUX.

                                   .    .    .



Cette publication fait partie d’une série continue de vérifications des faits par PesaCheck, examinant du contenu marqué comme une désinformation potentielle sur Facebook et d’autres plateformes de médias sociaux.

En établissant un partenariat avec Facebook et des plateformes de médias sociaux similaires, les organisations tierces de vérification des faits comme PesaCheck aident à faire le tri entre les faits et la fiction. Nous faisons ceci en donnant au public, un aperçu plus profond et un contexte aux publications qu’il voit dans ses flux de médias sociaux.

Avez-vous repéré ce que vous pensez être une fausse information sur Facebook ? Voici comment vous pouvez le signaler. Et voici plus d’informations sur la méthodologie de PesaCheck pour vérifier les contenus douteux.

Cette vérification de faits a été rédigée par le vérificateur des faits Stéphane Eyock et éditée par Josaphat Finogbé, éditeur d’articles à PesaCheck. La publication de cet article a été approuvée par le rédacteur en chef de PesaCheck, Stephen Ndegwa.

PesaCheck est la première initiative de vérification des faits des finances publiques en Afrique. Il a été cofondé par Catherine Gicheru et Justin Arenstein et est incubé par le plus grand accélérateur de technologies civiques et de journalisme de données du continent: Code for Africa. Il vise à aider le public à séparer la réalité de la fiction dans les déclarations publiques sur les chiffres qui façonnent notre monde, avec un accent particulier sur les déclarations sur les finances publiques qui façonnent la prestation par le gouvernement des services publics liés aux objectifs de développement durable (ODD), tels que les soins de santé, le développement rural et l’accès à l’eau / à l’assainissement. PesaCheck teste également l’exactitude des reportages médiatiques. Pour en savoir plus sur le projet, visitez pesacheck.org.

Catégories
Article Fact-checking

MANIPULÉ : Ce discours du Président français, Emmanuel Macron, sur la Côte d’Ivoire est un montage

La vidéo originale est celle du discours d’Emmanuel Macron en 2023 sur la réforme des retraites en France.

Cette vidéo TikTok prétendant montrer le président français Emmanuel Macron parlant de son homologue ivoirien Alassane Ouattara est MANIPULÉE.


Le post publié le 10 août 2025 annonce : « Emmanuel Macron parle de Alassane Ouattara (sic) ».

Il contient une vidéo d’1 minute et 27 secondes, montrant le Président Emmanuel Macron qui dit notamment ceci : « Les ivoiriens n’auront jamais la paix en Côte d’Ivoire tant que je serai Président de la France. Alassane Ouattara va toujours gouverner selon mes aspirations et mes intérêts. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est devenue comme une province de la France. Ce que je veux, c’est ce qu’on fait. Peuple ivoirien, faites très attention avec moi parce que même si je demande à Alassane Ouattara de vous éliminer tous, il le fera. Un salut de bon entendeur ».

L’on entend la voix d’un autre individu, qui fait cette déclaration : « Alors Emmanuel Macron, d’après toi, tu penses que la Côte d’Ivoire t’appartient n’est-ce pas ? La Côte d’Ivoire fait partie de l’Afrique. Tu apprends à te faire et nous devons écouter, nous les Africains parce qu’on va vous faire ça dur. Très mal d’ailleurs. Regardez un peu comment nos frères souffrent en occident (…) ».

PesaCheck a examiné la vidéo et l’a trouvée que manipulée.

Une recherche d’images inversée avec Yandex renvoie à cette vidéo publiée le 17 avril 2023 par Daily Motion . Selon la légende, l’élément audiovisuel de 13 minutes et 30 secondes est l’intégralité de l’intervention de Macron sur la réforme des retraites. Toutefois, nulle part, le Président français ne parle ni de la Côte d’Ivoire, ni de son Président, Ouattara .

La même recherche a débouché sur cette autre vidéo mise en ligne sur la chaîne YouTube de TV5 Monde le 18 avril 2023, avec un texte descriptif qui, entre autres, informe que des milliers de français ont accueilli le discours solennel de Macron sur la réforme des retraites avec un concert de casseroles dans les rues de plusieurs villes de France. L’information est corroborée ici , ici et ici .

Une recherche Google avec les mots-clés « Emmanuel Macron parle de Alassane Ouattara » n’a pas mis en évidence une vidéo similaire à celle du post vérifié.

PesaCheck a analysé une vidéo TikTok prétendant montrer le Président français, Emmanuel Macron, parlant de son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, et l’a trouvé MANIPULÉE.

.    .    .


Cette publication fait partie d’une série continue de vérifications des faits par PesaCheck, examinant du contenu marqué comme une désinformation potentielle sur Facebook et d’autres plateformes de médias sociaux.

En établissant un partenariat avec Facebook et des plateformes de médias sociaux similaires , les organisations tierces de vérification des faits comme PesaCheck permettent de faire le tri entre les faits et la fiction. Nous faisons ceci en donnant au public, un aperçu plus profond et un contexte aux publications qu’il voit dans ses flux de médias sociaux.

Avez-vous repéré ce que vous pensez être une fausse information sur Facebook ? Voici comment vous pouvez le signaler . Et voici plus d’informations sur la méthodologie de PesaCheck pour vérifier les contenus douteux.

Cette vérification des faits a été réalisée par le fact-checker Françoise Dembélé et éditée par Josaphat Finogbé , éditeur d’articles à PesaCheck. Cet article a été approuvé pour publication par la réactrice en chef de PesaCheck, Doreen Wainainah.

PesaCheck est la première initiative de vérification des faits des finances publiques en Afrique. Il a été cofondé par Catherine Gicheru et Justin Arenstein et est incubé par le plus grand accélérateur de technologies civiques et de journalisme de données du continent : Code for Africa . Il vise à aider le public à séparer la réalité de la fiction dans les déclarations publiques sur les chiffres qui façonnent notre monde, avec un accent particulier sur les déclarations sur les finances publiques qui façonnent la prestation par le gouvernement des services publics liés aux objectifs de développement durable (ODD), tels que les soins de santé, le développement rural et l’accès à l’eau / à l’assainissement. PesaCheck teste également l’exactitude des reportages médiatiques. Pour en savoir plus sur le projet, visitez pesacheck.org .

Catégories
Article

Présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire : pour Alassane Ouattara, le quatrième mandat d’affilée ou le deuxième mandat de la Troisième République ?

En Côte d’Ivoire, la mobilisation du 9 août 2025 contre la candidature d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat consécutif a ravivé un débat juridique et politique prégnant sur la légitimité constitutionnelle, tout en nourrissant les risques de confusion et de manipulation de l’opinion publique.

Par Valdez Onanina, Africa Check


Le sujet du « quatrième mandat » d’Alassane Ouattara est critiqué par plusieurs figures publiques et mérite d’être éclairé à la lumière des enjeux juridiques et politiques qu’il soulève et afin de parer à toute instrumentalisation, notamment à travers des contenus  et des déclarations publiques trompeurs.

Depuis son indépendance en 1960, la Côte d’Ivoire a connu trois Républiques, chacune fondée sur une nouvelle Constitution. La Première République (1960–1999) reposait sur la Constitution adoptée à l’indépendance du pays. Elle a été suivie par la Deuxième République (2000 – 2016), instituée après le coup d’État de 1999 et marquée par une volonté de limitation des mandats. Enfin, la Troisième République est instaurée en 2016 avec une nouvelle Constitution qui introduit de nouvelles réformes institutionnelles, dont un Sénat et une vice-présidence.

La candidature annoncée d’Alassane Ouattara à l’élection présidentielle d’octobre 2025 a ravivé une question polémique au sein de l’opinion publique ivoirienne : s’agit-il d’un quatrième mandat consécutif ou d’un deuxième mandat sous la Troisième République ? Déjà vivement critiquée en 2020, quand Ouattara se présentait pour un troisième mandat, cette perspective a été remise au centre du débat public à la faveur de la marche du 9 août 2025, organisée par le Front commun PDCI–PPA-CI. Plusieurs milliers de manifestants ont défilé à Abidjan pour dénoncer « un 4e mandat anticonstitutionnel ».

Manifestation pacifique de l’opposition, dans le quartier de Yopougon, à Abidjan, le 9 août 2025. © Issouf SANOGO / AFP

En 2020, le Conseil constitutionnel avait validé la troisième candidature de Ouattara en s’appuyant sur la Constitution de 2016. Selon sa décision, cette nouvelle Constitution, « quoi qu’affirmant le principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux pour l’avenir, du fait de l’effet immédiat de la loi nouvelle, mentionné à l’article 184, n’a pas entendu conférer à l’article 55 alinéa premier, un effet rétroactif et que, faute d’avoir expressément prévu une disposition transitoire faisant rétroagir ses effets sur les candidatures aux élections présidentielles antérieures à son avènement, son mandat en cours ne peut être pris en compte dans le décompte du nombre de ses mandats ». Le Conseil avait également précisé que « la question de la possibilité ou non, pour le Président de la République sortant de briguer un nouveau mandat doit s’analyser à l’aune de l’adoption d’une nouvelle Constitution ».



Un dilemme constitutionnel aux résonances politiques


En clair, la Constitution ivoirienne de 2000 limitait à deux le nombre de mandats présidentiels (article 35). La nouvelle Constitution, adoptée par référendum en 2016, maintient la limitation à deux mandats (article 55), mais ne prévoit explicitement pas de clause transitoire sur les mandats antérieurs.


C’est notamment sur cette absence de disposition transitoire que le Conseil constitutionnel a validé, en 2020, la candidature de Ouattara, lui permettant ainsi de faire un troisième mandat, considéré comme le premier sous la Troisième République, en vertu de la non-rétroactivité des lois.


Dans le débat public autour de ce sujet, l’argument du « compteur à zéro » qui a souvent été avancé pour justifier la candidature d’Alassane Ouattara en 2020 repose sur une lecture formaliste du changement constitutionnel intervenu en Côte d’Ivoire en 2016. Selon cette logique, l’adoption d’une nouvelle Constitution marque une rupture institutionnelle, inaugurant la Troisième République et ouvrant ainsi un nouveau cycle présidentiel. Cette interprétation permettrait à Ouattara de briguer deux nouveaux mandats, indépendamment de ceux exercés sous la Deuxième République. Le Conseil constitutionnel ivoirien a validé cette position dans sa décision du 14 septembre 2020, estimant que la Constitution de 2016, bien qu’affirmant la limitation à deux mandats présidentiels, ne comportait aucune clause transitoire interdisant explicitement une nouvelle candidature. La haute instance avait conclu que le mandat en cours (2015-2020), ne pouvait être pris en compte dans le décompte des mandats sous la nouvelle République, en raison de l’absence d’effet rétroactif de l’article 55 et de la non-prévision d’une disposition transitoire dans l’article 184.


Cette lecture est vivement contestée sur le plan démocratique. Plusieurs juristes, partis politiques et organisations de la société civile dénoncent une instrumentalisation du droit constitutionnel au service du maintien au pouvoir. Le PDCI-RDA, un des principaux partis d’opposition, interprète cet argumentaire comme une « violation flagrante » de la Loi fondamentale et une « dérive autocratique ». Pour les opposants d’Alassane Ouattara, l’article 55 de la Constitution ivoirienne consacre l’esprit de limitation des mandats, et toute tentative de contournement affaiblit la crédibilité des institutions.



Ce débat ivoirien s’inscrit dans une dynamique plus large observée sur le continent africain, où les révisions constitutionnelles sont parfois utilisées pour prolonger des mandats présidentiels. Au Bénin, la réforme constitutionnelle du 7 novembre 2019, adoptée par la loi n°2019-40, a modifié en profondeur la Constitution de 1990 sans pour autant instaurer une nouvelle République. Il s’agissait d’une révision substantielle, mais non d’une refonte totale du texte fondateur. Cette réforme a introduit des innovations majeures : alignement des mandats électifs à cinq ans (Article 80), instauration d’élections générales à partir de 2026 (Article 157) et durcissement de la limitation des mandats présidentiels avec la formule : « En aucun cas, nul ne peut, de sa vie, exercer plus de deux mandats de président de la République. » (Article 42). Cette clause, explicite et sans ambiguïté, a fermé la porte à toute tentative de prolongation du pouvoir, y compris pour le président Patrice Talon, qui a confirmé à plusieurs reprises qu’il ne briguerait pas un troisième mandat.

Le cas du Sénégal offre également un éclairage précieux. En 2016, l’ancien président Macky Sall a initié une réforme constitutionnelle adoptée par référendum le 20 mars, puis promulguée par la loi n°2016-10 du 5 avril. Cette réforme a modifié plusieurs articles de la Constitution de 2001, mais n’a pas instauré une nouvelle République. Elle a notamment restauré le quinquennat présidentiel :  « La durée du mandat du Président de la République est de cinq ans. Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs », peut-on lire à l’article 27. Face à des critiques juridiques et politiques sur l’interprétation de la réforme constitutionnelle de 2016, notamment sur la possibilité d’une troisième candidature, Macky Sall a annoncé le 3 juillet 2023 qu’il ne se représenterait pas à l’élection présidentielle de 2024, « même si la Constitution (lui) en donne le droit », avait-il affirmé dans un discours à la nation. Il a ajouté que le souci de préserver la paix sociale l’emportait sur toute interprétation favorable à une nouvelle candidature. Cette décision a été saluée comme un geste d’apaisement démocratique dans un contexte de crise socio-politique.


Selon Médoune Samba Diop, docteur d’État en droit public et enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal, et auteur du livre Les élections présidentielles de l’an 2000 au Sénégal, « même sans cette clause transitoire, le président Alassane Ouattara aurait dû avoir la sagesse et l’élégance républicaine pour ne pas se représenter pour quelque cause ou quelque alibi que ce soit. S’il pense que, dans son parti et dans d’autres partis ivoiriens, personne ne peut le remplacer, il ne fait que constater son échec ».


« La même critique je la fais aussi aux membres de l’opposition, plus précisément à Tidjane Thiam et à Laurent Gbagbo : devant leur inéligibilité eux aussi devraient trouver d’autres personnes qui pourraient, comme eux, diriger leur pays et proposer leur candidature au lieu d’opter pour des solutions enceintes de tous les dangers pour la Côte d’Ivoire », a poursuivi Diop, interrogé par la Coalition Anti Dohi.


En outre, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, dans plusieurs avis, insiste sur le respect du consensus national et de la transparence dans les révisions constitutionnelles. Elle considère que l’absence de dialogue inclusif peut invalider la légitimité d’un changement, même s’il est formellement conforme au droit. Ainsi, l’interprétation du « compteur à zéro » en Côte d’Ivoire, bien qu’adossée à une lecture juridique, reste profondément contestée dans son essence démocratique.


Cet article a été réalisé par Africa Check membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

Catégories
Article

Présidentielle ivoirienne : la comparaison entre Alassane Ouattara, Franklin Roosevelt et des chanceliers allemands tient-elle la route ?

Alors que la candidature d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat consécutif suscite des polémiques en Côte d’Ivoire, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a tenté de désamorcer les critiques en convoquant des exemples de dirigeants occidentaux ayant exercé quatre mandats. Mais dans quelle mesure ces comparaisons sont-elles valables ?

Par Azil Momar Lô, Africa Check


Le 30 juillet 2025, soit le lendemain de l’annonce du président ivoirien Alassane Ouattara de présenter sa candidature à la présidentielle du 25 octobre 2025, le porte-parole du gouvernement ivoirien, Amadou Coulibaly, a fait un compte rendu détaillé des principales décisions prises en conseil des ministres. Son exposé a été suivi de la traditionnelle séance de questions-réponses engagée avec des journalistes. Une question posée par un journaliste sur place a tourné autour du « quatrième mandat », annoncé de Ouattara.

En réponse, Amadou Coulibaly a invité les voix critiques du « quatrième mandat » à « interroger l’histoire », en citant des personnalités politiques ayant également effectué quatre mandats dans des démocraties occidentales, au même titre que Ouattara.

Dans son exposé Amadou Coulibaly a ainsi mentionné qu’« en Allemagne, les principales personnalités de la CDU (acronyme désignant l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne, un des partis les plus importants d’Allemagne, NDLR) que sont Konrad Adenauer ou bien Helmut Kohl ont été régulièrement élus comme chancelier plus de trois fois ». Ensuite, il a reformulé sa déclaration en affirmant que Helmut Kohl, Angela Merkel et Konrad Adenauer ont tous pu faire quatre mandats. Le porte-parole du gouvernement de Côte d’Ivoire a également cité l’exemple de l’ancien président américain Franklin Delano Roosevelt, personnalité marquante de l’histoire politique des État-Unis. « En raison de la Seconde Guerre mondiale dans laquelle il a engagé les État-Unis », Roosevelt « a fait quatre mandats de 1932 à 1944 », a-t-il poursuivi.

Mais ces comparaisons tiennent-elles la route ?

Fonctionnent des systèmes politiques ivoiriens, allemands et américains

La Côte d’Ivoire est une république ayant un régime politique présidentiel dirigé par un chef de l’Etat élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une fois. Le Président de la République détient les pouvoirs les plus importants. Étant le Chef de l’Administration et le Chef suprême des Armées, il nomme aux emplois civils et militaires, préside les Conseils, les Comités de Défense et de Sécurité, entre autres attributions, selon la constitution de 2016. Il nomme également le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, lit-on sur une fiche d’information disponible sur le site du gouvernement ivoirien consacrée aux attributions du Président de la République.

Quant à elle, l’Allemagne est une république fédérale structurée comme une démocratie parlementaire, selon les renseignements disponibles sur le site du ministère allemand des Affaires étrangères. Cela veut dire que le président de la République est le plus haut représentant de l’Allemagne en termes de protocole, mais la fonction qui détient le plus grand pouvoir décisionnel politique est celle de chancelier, qui définit les orientations politiques. Concernant la manière dont le chancelier allemand est élu, le Bundestag, terme désignant l’Assemblée nationale allemande, souligne dans une note publique qu’« un candidat est proposé par le président fédéral allemand, conformément à la Loi fondamentale. L’élection se déroule ensuite exclusivement parmi les membres du Bundestag allemand, qui votent à bulletin secret sans débat préalable. Le candidat doit obtenir la majorité absolue au Parlement ». Après son élection, le candidat élu est nommé par le président fédéral et prête serment devant le Bundestag. Il peut alors proposer ses ministres fédéraux, lit-on sur la note du Bundestag.

Aux État-Unis, pays doté d’un système présidentiel, le président américain est élu tous les quatre ans et ne peut exercer plus de deux mandats. Depuis 1951, la ratification du 22eme amendement de la Constitution américaine interdit formellement l’exercice de plus de deux mandats présidentiels, selon un guide détaillé de la National Constitution Center qui se présente comme la principale plateforme américaine dédiée à l’éducation et au débat sur la constitution du pays. Mais, il est important de noter qu’avant la ratification du 22eme amendement, l’ancien président américain Roosevelt a effectué quatre mandats entre 1932 et 1944.

Ces explications sont conformes à celles données à la Coalition Anti Dôhi par les experts Romuald Sciora, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et Marie-Christine Bonzom, politologue et éditorialiste spécialiste des États-Unis.

Une comparaison « facile » et « bancale »

Hélène Miard-Delacroix est professeur à Sorbonne Université et spécialiste de l’Histoire de l’Allemagne contemporaine. En ce qui concerne les comparaisons entre les « quatre mandats » annoncés de Ouattara et ceux d’anciens chanceliers allemands, l’universitaire y voit une « comparaison bancale » qui est faite « entre la situation ivoirienne et allemande », étant donné qu’« un chancelier n’est pas chef de l’État, mais seulement chef de gouvernement ». Selon elle, les trois chanceliers allemands que sont Helmut Kohl, Angela Merkel et Konrad Adenauer ont exercé plus de deux mandats « pour la simple raison que la constitution allemande ne limite pas le nombre de mandats d’un chancelier s’il est réélu à la tête d’une coalition soutenue par une majorité au parlement ».

Donnant plus de détails, Miard-Delacroix a insisté sur le fait que « pour le chancelier allemand, il ne s’agit pas en Allemagne de l’élection d’un président de la République, c’est-à-dire chef de l’État, mais seulement de l’élection au suffrage indirect d’un chef de gouvernement qui dépend de la cohésion d’une majorité au parlement. Le choix se porte sur lui en tant que personnalité majeure d’un parti qui soit en mesure de former une coalition avec d’autres et de mener une politique de compromis entre les forces politiques engagées. Il peut être renversé à tout moment s’il perd le soutien d’une partie de cette coalition, et ce, sans même attendre la fin du mandat ».

Ces développements sont corroborés par Romuald Sciora, chercheur associé  à l’IRIS, l’un des principaux think tanks français spécialisés sur les questions géopolitiques et stratégiques. Politologue et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis au sein de l’IRIS, Sciora précise que, contrairement aux chefs d’État, les chanceliers allemands sont des chefs de gouvernement, et que la possibilité pour eux d’être réélus à plusieurs reprises est non seulement prévue par la Constitution, mais également ancrée dans la tradition politique allemande. « Un chancelier peut faire autant de mandats qu’il souhaite. On apprécie ou on n’apprécie pas, c’est constitutionnel », commente Sciora, qui ajoute que sur le nombre de mandats, tout parallèle fait entre un président ivoirien avec les chanceliers allemands est « une comparaison facile ». S’il y avait une comparaison à faire, selon lui, le président ivoirien devrait être comparé par exemple avec le président russe Vladimir Poutine, à condition que le nombre de mandats effectués par ce dernier soit en accord avec la constitution.

À cela, le Professeur Hélène Miard-Delacroix ajoute qu’en Allemagne, le chef de l’État est le président fédéral et n’a pas le droit de faire plus de deux mandats. Si comparaison devait se faire entre les situations ivoirienne et allemande, note-t-elle, il faudrait alors restreindre le nombre de mandats du président ivoirien à deux. Il est à noter que la constitution ivoirienne en vigueur prévoit bel et bien la limitation des mandats présidentiels à deux (Article 55).

Yacouba Doumbia, journaliste ivoirien, Directeur Général des Éditions l’Avenir, s’inscrit en faux contre ces arguments jugeant les comparaisons avec l’Allemagne et les État-Unis « faciles » et « bancales ». Doumbia met en exergue le fait qu’« en Côte d’Ivoire, la Constitution de 2016 a réinitialisé le compteur des mandats présidentiels. Les deux mandats antérieurs de Ouattara (2010 et 2015) ne sont pas pris en compte juridiquement. Le Conseil constitutionnel a confirmé que le Président Ouattara était éligible pour l’élection de 2020. Dans ce contexte, parler d’un « quatrième mandat » relève plus d’un débat politique que d’un débat juridique. L’important est la conformité à la loi fondamentale, qui est respectée ».

Les États-Unis sous Roosevelt, également un contexte particulier à prendre en compte

Estimant que « la démocratie ne se mesure pas au nombre de mandats, mais à la légitimité du vote », Yacouba Doumbia fait remarquer que « dans plusieurs démocraties reconnues comme stables et exemplaires, il n’existe pas de limitation stricte du nombre de mandats tant que l’élection reste libre, transparente et compétitive ». Se voulant plus précis, il argue, comme l’a indiqué le porte-parole du gouvernement ivoirien, qu’« Angela Merkel (2005-2021), Helmut Kohl (1982-1998) et Konrad Adenauer (1949-1963) ont exercé chacun quatre mandats consécutifs. De même qu’aux États-Unis, Franklin Delano Roosevelt a été élu quatre fois (1932, 1936, 1940, 1944), car la Constitution américaine ne limitait pas alors le nombre de mandats ».

Toutefois, pour Marie-Christine Bonzom, politologue et éditorialiste spécialiste des États-Unis, ex-journaliste à La Voix de l’Amérique et à BBC Afrique, le cas de Franklin Delano Roosevelt ne peut pas être évoqué comme un exemple aujourd’hui vis-à-vis de la Côte d’Ivoire, puisque « le cadre qui lui a permis de prétendre à trois, puis à quatre mandats n’existe plus ».

« Roosevelt fut le premier et le dernier président des États-Unis à effectuer plus de deux mandats. S’appuyant sur sa grande popularité pendant la Seconde Guerre Mondiale et sur le fait qu’à l’époque, la constitution américaine ne plafonnait pas le nombre de mandats, ce président avait décidé de rompre avec la tradition en vigueur depuis la fondation des Etats-Unis, la règle non écrite basée sur l’exemple montré par George Washington (président de 1789-1797), le premier président du pays, qui avait renoncé à se présenter pour un troisième mandat et établi ainsi un précédent respecté par tous ces successeurs avant Roosevelt ». 

Mais, notons qu’aujourd’hui, la configuration actuelle du système politique américain rend impossible l’exercice de plus de deux mandats présidentiels. Dans ce sens, Marie-Christine Bonzom note que « l’élection de Roosevelt à quatre mandats a suscité une grande préoccupation aux États-Unis relative à l’émergence d’un exécutif tout puissant et prompt aux abus de pouvoir ». Cette crainte a plus tard conduit à la modification de la constitution, « avec le 22eme amendement qui, voté par le Congrès dès 1947 et ratifié en 1951, limite expressément le nombre de mandats présidentiels à deux mandats ».

En complément, le directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l’IRIS, Romuald Sciora, met l’accent sur le caractère traditionnel des deux mandats, avant et après l’arrivée de Roosevelt à la présidence. Sciora rappelle que le tout premier président américain George Washington avait décidé de ne pas se présenter pour un troisième mandat. De là, est venue la tradition des deux mandats jusqu’au début des années 1930 avec l’arrivée de Roosevelt. Ce n’est qu’à partir des années 50 qu’on a fait entrer le 22eme amendement de la constitution qui stipule que le président ne peut pas faire plus de deux mandats. Donc, « les choses sont très différentes », commente Sciora au sujet des comparaisons entre le « quatrième mandat » annoncé de Ouattara et les quatre mandats effectués par Roosevelt.

Risques de mésinterprétation et de confusion au sein du grand public

Dr Moussa Diop, enseignant-chercheur au CESTI, l’École de journalisme de l’Université de Dakar, au Sénégal, estime que l’on peut légitimement s’exprimer sur la question des mandats, dès lors que la liberté de participation aux élections et au jeu politique est garantie par des lois consacrées. Cela dit, argue Dr Diop, se baser sur le modèle allemand pour légitimer un quatrième mandat d’Alassane Ouattara pourrait s’apparenter à un manque de rigueur méthodologique.

La Côte d’Ivoire et l’Allemagne étant deux pays à la construction politique et à l’histoire différentes, cette comparaison vise, selon lui, à légitimer une posture mais elle risquerait de « flouer le plus grand nombre » .

Le professeur Maurice Soudieck Dione qui enseigne les sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal a également indiqué que la comparaison en question « n’est pas du tout pertinente ». La non limitation des mandats (du chancelier) en Allemagne est certes une réalité, selon lui, mais dans ce pays le chancelier a des pouvoirs limités et n’est pas le chef de l’État.

Cet article a été réalisé par Africa Check membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

Catégories
Article Politique & Gouvernance

Côte d’Ivoire : ce qu’il faut savoir sur les cinq candidats en lice pour la présidentielle d’octobre 2025

Alassane Ouattara, Adjoua Henriette Lagou, Sénin Ahoua Jacob Don-Mello, Jean-Louis Billon et Ehivet Simone Gbagbo seront en course pour la magistrature suprême le 25 octobre prochain. Qui sont ces hommes et ces femmes qui veulent diriger la Côte d’Ivoire ?


Anderson Diedri et Bakary Traoré, Eburnie Today

Sur les 60 dossiers de candidatures transmis par la Commission électorale indépendante (CEI) au Conseil Constitutionnel, cinq ont été validés après examen. La décision a été rendue le 8 septembre 2025 par la présidente de l’institution, Chantal Nanaba Camara.

Simone Gbagbo, la dame de fer

Simone Gbagbo est née le 1er janvier 1949 à Moossou, Grand-Bassam. Historienne de formation, elle est titulaire d’un doctorat de troisième cycle en littérature orale et a mené des recherches en linguistique appliquée. Très tôt engagée, elle milite dans des organisations de jeunesse, notamment la Jeunesse Estudiantine Catholique (JEC). Dans les années 1970, alors que la Côte d’Ivoire est dirigée par le président Félix Houphouët-Boigny, elle se distingue dans le milieu syndical. Son engagement la conduit en prison à plusieurs reprises, notamment en 1982 lors d’une grève des enseignants. Chercheuse à l’Institut d’Histoire, d’Art et d’Archéologie (IHAA), elle participe à la création clandestine du Front Populaire Ivoirien (FPI) au début des années 1980. Le parti est officiellement reconnu en 1990 avec l’instauration du multipartisme.


Simone Gbagbo est élue députée de la commune d’Abobo en 1995 et devient vice-présidente de l’Assemblée nationale, poste qu’elle occupe jusqu’en 1999. En 2000, elle devient première dame lorsque Laurent Gbagbo accède à la présidence. En 2011, elle est arrêtée avec Laurent Gbagbo à la suite de la crise post-électorale. En mars 2015, elle est condamnée à 20 ans de prison par la justice ivoirienne. Elle est libérée en août 2018 grâce à une loi d’amnistie signée par le président Alassane Ouattara.


En 2024, elle annonce sa candidature à l’élection présidentielle sous la bannière du Mouvement des Générations Capables (MGC). Lors d’un discours en décembre de la même année, elle déclare : « Je voudrais vous faire une offre audacieuse : celle de construire une Côte d’Ivoire totalement transformée, modernisée et prospère, dans une Afrique décomplexée, développée, équipée, incontournable, forte et respectée de tous. »

Jean Louis-Billon, business et politique

Jean-Louis Billon est né le 8 décembre 1964 à Bouaké, en Côte d’Ivoire. Issu d’une famille liée au monde des affaires, il est le fils de Pierre Billon, fondateur de la Société immobilière et financière de la côte africaine (SIFCA). Après une enfance passée en Côte d’Ivoire, il poursuit ses études en France puis aux États-Unis, avant de revenir au pays en 1995.


À la suite du décès de son père en 2001, il prend la tête du Groupe SIFCA. La même année, il est élu maire de la commune de Dabakala. En 2002, il devient président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, poste qu’il occupe jusqu’en 2012. En 2012, il est nommé ministre du Commerce, de l’Artisanat et de la Promotion des PME, fonction qu’il exerce jusqu’en janvier 2017. En 2013, il est élu président du Conseil régional du Hambol.


Membre du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), il en devient le porte-parole. Le 12 juillet 2017, il est suspendu de ses fonctions de président du Conseil régional du Hambol, après avoir rejoint le PDCI alors qu’il avait été élu sous la bannière du Rassemblement des Républicains (RDR).


En 2020, il présente sa candidature à l’investiture du PDCI pour l’élection présidentielle, avant de se retirer et d’apporter son soutien à Henri Konan Bédié. En mars 2021, il est élu député en battant le candidat du RDR avec 47,64 % des voix. La même année, il annonce sa candidature à l’élection présidentielle prévue en 2025.


Au sein du PDCI, il tente de briguer la présidence du parti, mais Tidjane Thiam est choisi. Il poursuit néanmoins ses ambitions politiques et renonce à sa nationalité française afin de se conformer aux exigences de candidature. Le 8 septembre 2025, sa candidature à la présidentielle est validée, cette fois sous la bannière du Congrès Démocratique (CODE). Après l’annonce de la validation de sa candidature par le Conseil Constitutionnel, Jean-Louis Billon a déclaré vouloir « d’une Côte d’Ivoire réconciliée, forte et prospère » et s’engage « à porter haut vos aspirations, à défendre vos espoirs et à bâtir, avec vous, un avenir digne de notre histoire et de notre jeunesse ».

Ahoua Don-Mello, éviter la politique de la chaise vide

Ahoua Don-Mello est né le 23 juin 1958 à Bongouanou, en Côte d’Ivoire. Diplômé de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INPHB) de Yamoussoukro, il poursuit ses études à l’École nationale des ponts et chaussées de Paris, où il obtient le titre de docteur-ingénieur à l’âge de 27 ans.


Il entame une carrière d’enseignant-chercheur, intervenant à l’INPHB, à l’École supérieure interafricaine de l’électricité de Bingerville, à l’université du Burundi, ainsi qu’au Laboratoire du bâtiment et des travaux publics. En 1998, il est nommé responsable de la technopole de Yamoussoukro. De 2000 à 2011, il dirige le Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD).


Engagé politiquement dès sa jeunesse, il milite au Parti socialiste en France. En 1983, il rencontre Laurent Gbagbo et intègre le Front populaire ivoirien (FPI), où il occupe divers postes en Côte d’Ivoire et en France jusqu’en 1996. Il quitte le FPI en 1997 pour fonder le parti Renaissance, avant d’y revenir en 2000.


En 2010, il est nommé ministre de l’Équipement et de l’Assainissement dans le dernier gouvernement de Laurent Gbagbo. Après la chute de Gbagbo en 2011, il s’exile. En 2014, il devient conseiller du président guinéen Alpha Condé, puis haut représentant des BRICS pour l’Afrique occidentale et centrale.


De retour en Côte d’Ivoire, il rejoint le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) fondé par Laurent Gbagbo. En 2025, après avoir annoncé sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre, il est démis de ses fonctions de vice-président du parti.


Alassane Ouattara, candidat à sa propre succession

Alassane Ouattara est né le 1er janvier 1942 à Dimbokro, en Côte d’Ivoire. Économiste de formation, il a travaillé au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), où il a été vice-gouverneur de 1983 à 1984, puis gouverneur à partir de 1988.


En 1990, il est nommé Premier ministre de Côte d’Ivoire, ce qui marque son entrée en politique. À la suite du décès du président Félix Houphouët-Boigny en 1993, il est écarté du pouvoir par Henri Konan Bédié et contraint à l’exil. Une réforme constitutionnelle l’empêche de se présenter aux élections présidentielles, en raison de la remise en cause de sa nationalité ivoirienne.


En 1999, il prend la tête du Rassemblement des Républicains (RDR), parti fondé en 1994 par Djéni Kobina. Il devient candidat à la présidence après les accords de paix signés à Pretoria en Afrique du Sud en 2005, dans le contexte de la crise ivoirienne.


Avec le soutien de Henri Konan Bédié, il est élu président de la République de Côte d’Ivoire en 2010 et officiellement investi le 6 mai 2011, sous la bannière du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).


En juillet 2020, à la suite du décès de son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, il annonce sa candidature pour un troisième mandat. Le 29 juillet 2025, il déclare sa candidature pour un quatrième mandat à l’élection présidentielle d’octobre 2025, invoquant la nécessité de préserver la stabilité nationale face à des défis sécuritaires, économiques et monétaires : « Les années passées à la tête de notre pays m’ont fait comprendre que le devoir peut parfois transcender la parole donnée de bonne foi », a-t-il affirmé.

Henriette Lagou, le retour

Henriette Lagou est née le 22 juin 1959. Elle a occupé le poste de ministre de la Famille, de la Femme et de l’Enfant sous la présidence de Laurent Gbagbo. En 2015, elle se présente à l’élection présidentielle en tant que candidate du Renouveau pour la paix et la concorde (RPC).


Le 9 juin 2025, à Villejuif, en région parisienne, elle annonce sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2025, cette fois sous la bannière du Groupement des Partenaires politiques pour la paix (GP-PAIX). Son programme met l’accent sur la diaspora, l’emploi et le logement.


« Nous sommes dans une vision, une vision de concorde pour la Côte d’Ivoire. Nous sommes dans un but de développement pour la Côte d’Ivoire. Nous sommes, par rapport aux autres pays, un pays en développement. Nous avons besoin d’une paix pour pouvoir développer notre pays », a précisé la candidate lors du dépôt de sa candidature à la CEI, le 19 août 2025.

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Eburnie Today, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

Catégories
Article

Présidentielle  ivoirienne de 2025 : faux, le nom de Laurent Gbagbo ne figure pas sur les registres de parrainage

Contrairement à ce qui a été relayé à travers les réseaux sociaux et par certaines personnalités politiques, l’ancien Président ivoirien Laurent Gbagbo n’est pas inscrit sur la liste électorale en vue de la présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire et son nom ne figure pas sur le registre des parrainages.

Par Abdoul-Khader Coulibaly, IvoireCheck

Sur Facebook, une publication mise en ligne le 12 juillet 2025 par la page Spirit Gold, laisse croire que l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo figure toujours sur la liste électorale ivoirienne  alors qu’il a pourtant été radié des registres officiels suite à sa condamnation à 20 ans de prison dans l’affaire du braquage de la BCEAO lors de la crise postélectorale de 2010-2011 en Côte d’Ivoire.

Source : Capture d’écran de la publication Facebook

Dans un post devenu viral sur les réseaux sociaux (1, 2, 3, 4), l’auteur affirme : « (…) Laurent Gbagbo, déclaré radié de la liste électorale, donc inéligible selon les autorités, se retrouve officiellement inscrit dans le registre de collecte des parrainages… avec un numéro d’électeur valide et bien en évidence… ». La publication est illustrée par une image sur laquelle on voit un registre de collecte de parrainages portant l’estampille de la Commission Électorale Indépendante (CEI) ivoirienne, sur lequel apparaît le nom de Laurent Gbagbo ainsi qu’un numéro d’électeur attribué.

En parallèle, une vidéo publiée sur Facebook par Me Habiba Touré, porte-parole principale du PPA-CI, appelant les militants à soutenir le parrainage de Laurent Gbagbo, a contribué à alimenter la confusion. Cette séquence a renforcé la rumeur selon laquelle l’ancien président – officiellement radié du fichier électoral – serait bel et bien inscrit sur la liste électorale en vue de la présidentielle de 2025. Une confusion similaire a été alimentée par une autre vidéo, celle de Blaise Lasm, secrétaire général adjoint du PPA-CI, qui exhibe une fiche de parrainage portant le nom de Laurent Gbagbo, renforçant ainsi les interrogations sur sa situation électorale réelle.

Gbagbo absent de la liste électorale définitive publiée en juin 2025 

Laurent Gbagbo, né le 31 mai 1945, ne figure pas sur la liste électorale définitive publiée le 4 juin 2025 par la CEI et consultée par Ivoire Check le 23 juillet 2025.

Dans un premier temps, une vérification a été effectuée à partir du numéro d’électeur « V 0027 9627 83 », tel qu’il apparaît sur le document joint à la publication analysée. Cette recherche dans la base de données des électeurs n’a permis d’identifier aucun profil correspondant.

Source : Capture d’écran page web CEI

Par la suite, une seconde tentative a été menée en utilisant les nom et prénoms ainsi que la date de naissance de l’ancien président Laurent Gbagbo, toujours dans le but de retrouver une trace de son inscription. Là encore, aucun résultat n’a été obtenu, ce qui suggère qu’il ne figure plus dans les fichiers électoraux officiels.

Source : Capture d’écran page web CEI
Source : Capture d’écran page web CEI

L’ancien président ne peut donc pas être candidat à cette élection selon les articles 3 et 4 du Code électoral ivoirien qui expliquent les conditions préalables à toute candidature. En effet, sont considérés comme électeurs les citoyens ivoiriens, hommes et femmes, inscrits sur les registres électoraux, jouissant de leurs droits civils et politiques, et ne se trouvant dans aucun des cas d’incapacité prévus par la loi.

Ces critères sont renforcés par le chapitre 2 du Code électoral, intitulé « De l’éligibilité, de l’inéligibilité et des incompatibilités ». Il y est précisé, à l’article 17 : « Tout électeur peut faire acte de candidature aux élections organisées par le présent Code électoral, sous réserve des conditions particulières fixées pour chacune d’elles ». Autrement dit, l’inscription sur la liste électorale est une condition sine qua non pour prétendre à une candidature. Cela se confirme à l’article 18, dans la section sur l’inéligibilité : « Tout électeur qui se trouve dans l’un des cas d’inéligibilité prévus dans les dispositions particulières relatives aux élections organisées par le présent Code électoral, ne peut faire acte de candidature ».

Ainsi, une personne radiée de la liste électorale et donc considérée comme non-électeur au sens de la loi ne peut valablement déposer une candidature à une élection présidentielle. Ce principe s’applique sans distinction, qu’il s’agisse d’un citoyen ordinaire ou d’un ancien chef d’État.

Pour étayer cette affirmation dans le cadre du processus de collecte des parrainages, le décret n°2025-494 du 18 juin 2025 précise à l’article 2 que « la collecte du parrainage se fait sur la base de la liste électorale définitive 2025 ». Cette exigence est renforcée par l’article 6 du même texte, qui stipule que « avant le démarrage du recueil des parrainages, chaque candidat à la candidature à l’élection du président de la République doit déposer au Secrétariat Permanent de la Commission Électorale Indépendante un formulaire d’engagement, établi par la Commission, dans lequel il devra notamment indiquer son numéro d’électeur, son nom, ses prénoms, sa date et son lieu de naissance, ainsi que son affiliation politique, le cas échéant (…) ».

Laurent Gbagbo tenant un discours devant ses partisans du PPA-CI. © Maître Habiba Touré (Facebook)

En outre, la Commission Électorale et Indépendante a démenti sur ses plateformes  officielles l’information selon laquelle il y aurait des noms et des numéros d’électeurs sur le registre de collecte des parrainages a fortiori celui du Président du Parti des Peuples Africains- Côte d’Ivoire (PPA-CI) : « Il s’agit d’un fichier vierge à télécharger sur notre site officiel : www.cei.ci, puis à remplir par les personnes concernées pour les besoins de l’opération de collecte des parrainages. Ce fichier est également remis sur clé USB lors du retrait des kits. Il n’est jamais pré-rempli à une quelconque personnalité désireuse d’être candidat. Par ailleurs, le numéro mentionné n’est pas celui d’un électeur. Ce numéro n’apparaît pas sur la liste électorale définitive comme chacun peut le vérifier en consultant le site www.cei.ci », a-t-elle précisé.

Pour vérifier, nous avons consulté les documents officiels mis à disposition par la CEI, notamment les dossiers de parrainage (statistiques régionales, formulaires d’engagement et de nomination, décret fixant le mode opératoire, guide du parrainage) ainsi que le kit de parrainage (registre de collecte, fichiers Excel de consolidation, consignes aux candidats). Dans le registre de collecte des parrainages, un document de 351 pages téléchargeable sur le site de la CEI, aucune mention du nom de Laurent Gbagbo ni aucun numéro d’électeur correspondant à l’ancien président n’a été retrouvée. Ce registre est entièrement vierge : aucune donnée personnelle ou nominative n’y figure, confirmant ainsi les déclarations officielles de la Commission.

Source : Capture d’écran registre de parrainage CEI

Ivoire Check a également contacté le service de communication du PPA-CI afin de déterminer si le numéro d’électeur « V 0027 9627 83 » appartient effectivement à Laurent Gbagbo. Aucune information n’a été fournie à ce sujet. Le service nous a dirigé vers le site de la CEI sur lequel n’apparaît pas le nom de Laurent Gbagbo, comme nous l’avons indiqué.

En conclusion, contrairement à ce qu’affirment les publications examinées dans cet article (1, 2, 3, 4, 5), la CEI n’a pas établi des fichiers de parrainage portant le nom et le numéro d’électeur de Laurent Gbagbo. L’ancien Président ne figure pas sur la liste électorale définitive 2025. Or, la loi électorale ivoirienne exige de chaque candidat à la candidature à l’élection du président de la République d’indiquer son numéro d’électeur, entre autres informations, avant le démarrage du recueil des parrainages

Cet article a été réalisé par le média ivoirien Ivoire Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

Catégories
Article

Présidentielle ivoirienne de 2025 : comprendre le parrainage

À l’approche de la présidentielle du 25 octobre 2025 en Côte d’Ivoire, les candidats doivent recueillir des parrainages citoyens entre le 1er juillet et le 26 août. Cette étape du processus électoral vise à garantir que les prétendants à la magistrature suprême disposent d’un ancrage territorial significatif. Explications.

Par Valdez Onanina, Africa Check


Le parrainage n’est pas une nouveauté dans l’histoire électorale ivoirienne. Il a été introduit pour la première fois en 1994, et appliqué lors de l’élection présidentielle de 1995. Toutefois, ce mécanisme a été supprimé en 2000, avant d’être réintroduit en 2020.


Avant d’atteindre l’étape cruciale du parrainage citoyen, le processus électoral de la présidentielle ivoirienne de 2025 a déjà franchi plusieurs étapes. La Commission électorale indépendante (CEI) a supervisé l’actualisation et la publication de la liste électorale définitive qui compte à peu près 8,7 millions d’électeurs inscrits sur environ 32 millions d’habitants que compte le pays.


Le parrainage électoral est une caution donnée ou accordée par des élus ou par des citoyens à une personne afin de lui permettre d’être candidate à une élection. Cette caution est matérialisée par une signature. En Côte d’Ivoire, le mode de parrainage retenu est le parrainage citoyen, c’est à dire celui donné par des électeurs, à l’exclusion du parrainage par des élus, explique la CEI qui précise que « le parrainage ne concerne que l’élection du Président de la République ».
D’après la CEI, le parrainage citoyen constitue « un élément particulier de recevabilité de la candidature à l’élection du Président de la République ». Ce mécanisme poursuit plusieurs objectifs essentiels : « limiter les candidatures fantaisistes, autoriser la participation à l’élection présidentielle des candidats disposant d’une implantation ou une assise nationale ».


Cadre juridique et critères d’éligibilité du parrainage citoyen


Le parrainage citoyen pour l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire repose sur plusieurs articles du Code électoral ivoirien en vigueur (ordonnance n° 2020-356 du 08 avril 2020 portant révision du code électoral, NDLR). Il s’agit des articles 25, 51, 53, 54 et 56  qui encadrent les conditions de recevabilité des candidatures, en précisant que tout candidat doit être soutenu par une liste d’électeurs représentant au moins 1 % de l’électorat local dans 50 % des régions ou districts autonomes, soit au minimum 17 entités territoriales. En 2025, la Côte d’Ivoire est organisée en 12 districts ordinaires et deux districts autonomes – Abidjan et Yamoussoukro – qui ne sont pas divisés en régions. Les districts ordinaires sont divisés en 31 régions. Chaque région constitue une entité administrative et une collectivité territoriale, dotée d’un chef-lieu et d’un conseil régional.

© Commission électorale indépendante (2025)

L’article 25 de la loi électorale ivoirienne définit les conditions générales d’éligibilité, tandis que les articles 51 à 56 détaillent les modalités de déclaration de candidature, les pièces justificatives à fournir, et les exigences liées au parrainage.

En clair, avant de recueillir des parrainages, un candidat doit d’abord satisfaire à une série de conditions légales qui encadrent son éligibilité : être de nationalité ivoirienne, être âgé d’au moins 35 ans, être inscrit sur la liste électorale et jouir pleinement de ses droits civils et politiques. Cette étape préalable vise notamment à garantir que seuls les citoyens enregistrés pourront participer au scrutin. Ce n’est qu’une fois cette validation institutionnelle obtenue que les candidats sont autorisés à entamer la collecte des parrainages, prévue entre le 1er juillet et le 26 août 2025, en vue du dépôt officiel de leur candidature.

Le décret n°2025-494 du 18 juin 2025 fixe les modalités d’organisation de la collecte des signatures pour le parrainage en vue de l’élection présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. Ce texte précise les conditions techniques, humaines et logistiques du parrainage citoyen dans le cadre de la présidentielle prévue le 25 octobre 2025. On note notamment (Article 7) qu’« un électeur ne peut parrainer qu’un candidat. Conformément au Code électoral, la collecte des parrainages est interdite dans les cantonnements militaires, paramilitaires, dans les services militaires, paramilitaires, ainsi que dans les établissements de santé ».

En outre, la collecte s’effectue exclusivement sur la base de la liste électorale définitive de 2025. Chaque candidat doit désigner un coordonnateur central, électeur lui-même, chargé de superviser l’opération et d’assurer l’interface avec la CEI. À l’échelle régionale et dans les districts autonomes d’Abidjan et Yamoussoukro, des collecteurs sont mandatés pour coordonner la collecte locale. Le décret encadre également les outils utilisés (kits numériques, formulaires papier, fichiers Excel), les responsabilités des acteurs, les délais de transmission, ainsi que les frais à la charge des candidats, à l’exception des kits fournis par la CEI. Le guide du parrainage produit et publié par la CEI en vue de cette élection fournit des informations détaillées sur les notions et les modalités de ce parrainage.

Le Conseil constitutionnel est l’organe garant de la régularité du processus présidentiel en Côte d’Ivoire. Il reçoit les dossiers de candidature, vérifie la conformité des pièces, notamment les parrainages citoyens, et établit la liste définitive des candidats. En cas de contestation, il tranche en dernier ressort, assurant ainsi le respect des règles constitutionnelles et électorales.

Organisation pratique de la collecte des parrainages pour la présidentielle 2025


Le calendrier de la collecte des parrainages est fixé par la CEI. Cette période offre aux candidats une fenêtre de 57 jours pour réunir les signatures requises, conformément aux exigences du Code électoral. L’opération s’appuie sur la liste électorale définitive en vue de garantir que chaque parrainage provient d’un citoyen inscrit et éligible, conformément aux dispositions de l’article 2 du décret n°2025-494 du 18 juin 2025 fixant les modalités d’organisation de la collecte des signatures pour le parrainage en vue de l’élection présidentielle ivoirienne d’octobre 2025.

Des hommes cherchent leurs noms sur les listes électorales, ici le 18 mars 2025 à Abidjan, pour l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. © Sia Kambou / AFP

Chaque candidat désigne un coordinateur central chargé de superviser la collecte et d’assurer la liaison avec la CEI. À l’échelle régionale et des districts autonomes, des collecteurs sont mobilisés pour coordonner les opérations sur le terrain. Ils sont eux-mêmes appuyés par des collecteurs délégués locaux, répartis dans les communes, sous-préfectures et villages. Tous ces acteurs doivent impérativement être inscrits sur la liste électorale dans la zone où ils interviennent, afin de garantir leur légitimité et leur connaissance du terrain.


La CEI a introduit l’utilisation de kits numériques biométriques. Chaque candidat à la candidature reçoit une centaine de kits, composés de tablettes permettant l’enregistrement sécurisé des données des électeurs (empreintes digitales, photo, signature). Dans les zones où la connectivité est limitée ou inexistante, des fichiers Excel sont utilisés comme solution alternative, et des formulaires papier sont prévus en cas de panne ou d’enclavement. « Sur la liste des électeurs parrainant un candidat à la candidature à l’élection du Président de la République, il est indiqué, pour chaque électeur parrain, son numéro d’électeur, ses nom, prénoms, date et lieu de naissance, la région ou le district autonome d’inscription, le numéro de sa carte d’électeur ou les références de toute pièce ayant servi au recensement électoral et sa signature », peut-on lire à l’article 9 du décret n°2025-494 du 18 juin 2025 fixant les modalités d’organisation de la collecte des signatures pour le parrainage en vue de ce scrutin.


De même source, les registres de collecte de parrainage en format papier du candidat à la candidature à l’élection du Président de la République, le fichier Excel consolidé de ses parrainages non authentifiés par la biométrie, ainsi que les kits ayant servi pour le recueil des parrainages, sont déposés au Secrétariat Permanent de la Commission Electorale Indépendante, avec l’ensemble du dossier de candidature.


La CEI réceptionne les dossiers une fois la collecte achevée, puis les transmet au Conseil constitutionnel. C’est le Conseil constitutionnel qui procède à la vérification des parrainages, en s’assurant de leur authenticité, de leur unicité et du respect du quota requis.


Par exemple, en cas de double parrainage, seul le premier parrainage enregistré est retenu, et les suivants sont annulés sans possibilité de régularisation. De même, les parrainages recueillis dans des lieux interdits, tels que les casernes ou les établissements hospitaliers, sont automatiquement rejetés, d’après la loi.

Cet article a été réalisé par Africa Check, membre de la Coalition Anti Dohi – une initiative qui œuvre pour l’intégrité de l’information dans le cadre de la présidentielle ivoirienne d’octobre 2025. La Coalition Anti Dohi est soutenue par le projet Renforcer la fiabilité de l’information en Afrique de l’Ouest de la GIZ, dans le strict respect de l’indépendance journalistique et éditoriale qui régit la Coalition.

Catégories
Article

Blogueur, influenceur, activiste : Mieux comprendre ces profils numériques en Côte d’Ivoire

(Et pourquoi leur rôle est essentiel dans la lutte contre la désinformation)

Pourquoi faut-il clarifier les rôles ?

En Côte d’Ivoire, les termes blogueur, influenceur et activiste sont souvent confondus. Pourtant, ces profils jouent des rôles différents et complémentaires dans l’espace numérique. La montée en puissance des influenceurs à polémique a entaché l’image globale de ceux qui créent du contenu de manière constructive. Il est donc urgent de clarifier ces notions pour réhabiliter les créateurs positifs — et surtout, comprendre leur rôle dans un combat central aujourd’hui : la lutte contre la désinformation.

Le blogueur : un créateur de contenu à vocation informative ou éducative

Un blogueur publie du contenu régulier autour de sujets variés : éducation, citoyenneté, entrepreneuriat, environnement, culture, etc. Il agit comme passeur de savoir, souvent avec rigueur et documentation. Il agit généralement avec un regard critique, un souci de fond et une démarche éditoriale construite.

Objectif : Informer, documenter, éduquer — et parfois corriger les fausses idées circulant en ligne.

Blogueur = premier rempart contre la désinformation, car il s’appuie sur des sources, des faits, des analyses.


> Exemples : un blog sur les droits des femmes, sur l’entrepreneuriat local ou sur l’environnement urbain à Abidjan.


L’influenceur : celui ou celle qui agit sur les comportements

Entre audience et responsabilité

L’influenceur, quant à lui, est une personne qui a acquis une large communauté sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, TikTok…) et qui peut influencer les comportements ou les opinions de ses abonnés. Il peut promouvoir des produits, des styles de vie ou des causes.

L’influenceur peut modeler les opinions et les comportements. Il est donc en première ligne face à la propagation de fake news, qu’il relaie parfois par ignorance, sensationnalisme ou effet de buzz.

Mais à l’inverse, certains influenceurs engagés participent activement à la diffusion d’informations vérifiées, à des campagnes citoyennes ou de santé publique.

Mais en Côte d’Ivoire, cette catégorie est souvent associée à :

– des polémiques publiques (insultes, clashs, fake news),

– des buzz artificiels pour gagner en visibilité,

– des contenus superficiels ou provocateurs.

Or, tous les influenceurs ne sont pas dans cette logique. Certains promeuvent la lecture, l’artisanat, la santé mentale, l’entrepreneuriat… avec professionnalisme et impact positif.

Objectif : Mobiliser, divertir, vendre, inspirer… selon les cas.

Risque : Lorsque l’éthique est absente, l’influence devient un levier de désinformation massive.

L’activiste numérique : le militant du web

Entre mobilisation et vigilance

L’activiste agit pour des causes : droits humains, transparence, égalité, etc. Son rôle est essentiel, mais il peut aussi tomber dans la surinterprétation, l’émotion ou la manipulation, ce qui alimente des désinformations ciblées.

Objectif : Dénoncer, éveiller les consciences, alerter.
Encas de dérive, un activisme mal encadré peut nourrir des discours anxiogènes, sensationnalistes ou partiaux.

> Exemple : un activiste peut dénoncer des cas de déguerpissements illégaux, militer pour les droits des personnes handicapées, ou demander plus de transparence dans la gouvernance.

Où se situe le malentendu en Côte d’Ivoire ?

Ces dernières années, certains influenceurs ivoiriens — très visibles — se sont illustrés par des comportements outranciers, des propos violents ou des vidéos dégradantes. Cela a conduit une partie de la population à assimiler tous les créateurs de contenu à ces dérives.

Résultat : les blogueurs sérieux, les activistes responsables et les influenceurs positifs souffrent de cette confusion.
Pire encore, cela freine parfois leur accès à des financements, des partenariats ou leur reconnaissance dans les médias et institutions.

La désinformation : un défi majeur pour tous

En Côte d’Ivoire, comme ailleurs, la prolifération des fake news sur les réseaux sociaux menace :

– la cohésion sociale (rumeurs communautaires, fausses alertes),

– la démocratie (intox pendant les élections),

– la santé publique (désinformation sur les vaccins ou les pandémies),

– la crédibilité des médias et des institutions.

Face à cela, les blogueurs, influenceurs et activistes responsables ont un rôle déterminant à jouer. Ils peuvent :

– corriger les fausses informations,

– éduquer leur audience à l’esprit critique,

– rediriger vers des sources fiables,

– refuser de relayer sans vérifier.

Que dit la loi ?

La loi n°2022-979 considère que tout créateur de contenu dépassant 25 000 abonnés est un acteur de la communication audiovisuelle. 

– les propos haineux,

– les intox,

– les contenus trompeurs ou non sourcés.

Il peut être sanctionné si ses propos mettent en danger l’ordre public ou la paix sociale.                   À ce stade, ils sont soumis aux mêmes règles que les médias traditionnels :

– ne pas inciter à la haine,

– respecter la vie privée,

– protéger les mineurs,

– préserver la paix sociale.

Cette loi vise à encadrer sans censurer, mais elle appelle aussi les créateurs de contenu à une prise de responsabilité.


Valorisons les créateurs engagés

Heureusement, la Côte d’Ivoire regorge de blogueurs et influenceurs engagés dans la vérification des faits, l’éducation aux médias et la formation numérique.

Exemples d’initiatives positives :

– Formations au fact-checking,

– Création de chartes de bonne conduite (comme celle signée avec la HACA),

– Réseaux de sentinelles du numérique dans les communautés. 

En tant que citoyens du numérique, nous avons un rôle à jouer pour :

– faire la différence entre contenu toxique et contenu utile,

– soutenir les blogueurs et influenceurs qui apportent de la valeur,

– encourager l’éthique et la déontologie sur les plateformes.


Les créateurs de contenu ivoiriens peuvent être de puissants agents de changement, passeurs de savoir, accélérateurs de développement. À condition qu’on ne les enferme pas tous dans les mêmes cases.

En conclusion

La lutte contre la désinformation est l’un des plus grands défis de notre ère numérique. Elle ne peut être menée efficacement sans l’implication des créateurs de contenu.                                                                     Cela suppose :

– que le public fasse la différence entre influence toxique et engagement sincère,

– que les institutions soutiennent les créateurs responsables,

– que ces derniers s’engagent dans une démarche éthique, constructive et éducative.

Les blogueurs, influenceurs et activistes ne sont pas les ennemis du numérique. Ils en sont les gardiens potentiels — à condition d’être formés, responsabilisés et soutenus.

Il est temps de déconstruire les stéréotypes : tous les influenceurs ne sont pas polémiques, et tous les blogueurs ne font pas du « buzz ». L’univers numérique est riche, divers, et prometteur.

👉 Aux institutions : accompagnez les créateurs au lieu de les stigmatiser.
👉 Aux citoyens : suivez, partagez, encouragez les voix utiles.
👉 Aux créateurs eux-mêmes : portez haut les standards d’éthique et d’exemplarité.

Catégories
Article Sécurité & Criminalité

Arnaques financières en ligne : une menace qui pèse sur les économies africaines

Par Esaïe EDOH

Le développement rapide de la digitalisation en Afrique n’est pas sans conséquences. Il s’accompagne de la prolifération des arnaques financières en ligne, favorisées par une vulnérabilité numérique d’une population en quête d’opportunités économiques, mais souvent mal outillée pour vérifier l’information [ajouter lien vers une étude sur la littératie numérique en Afrique].

Cette forme d’escroquerie prend des formes variées et cible de plus en plus les jeunes, les petites entreprises et les investisseurs inexpérimentés.

L’essor numérique : entre promesses et périls

L’Afrique est aujourd’hui l’un des continents où la croissance de l’accès à Internet est la plus rapide. Selon l’Union internationale des télécommunications, plus de 570 millions d’Africains ont désormais accès à Internet, un chiffre qui continue de progresser
Cet essor, porteur d’espoirs en matière d’éducation numérique, de commerce et d’innovation, expose aussi une large part de la population à des pratiques frauduleuses de plus en plus sophistiquées.

Des formes d’arnaques en pleine mutation

Les arnaques financières en ligne se présentent sous diverses formes : promesses d’investissement à rendement garanti, plateformes de trading fictives, ventes pyramidales déguisées, crypto-monnaies sans fondement, faux prêts bancaires, usurpations d’identité bancaire.

Dans tous les cas, le principe est le même : appâter la victime avec des promesses de gains faciles, puis disparaître une fois les fonds transférés.

Des promesses de richesse rapide qui séduisent

Leur succès repose sur une réalité socio-économique bien connue : taux de chômage élevé, dominance du secteur informel, accès limité au financement. Dans ce contexte, les promesses de gains élevés en peu de temps trouvent une oreille attentive.

De nombreux jeunes diplômés sans emploi tombent dans le piège d’un « investissement miracle » promu via les réseaux sociaux par des influenceurs ou de faux experts en finance.

Des campagnes marketing bien rodées

Ces plateformes frauduleuses imitent les sites des institutions financières, affichent de faux témoignages et diffusent des vidéos mettant en scène des Africains soi-disant devenus riches en quelques semaines. En réalité, il s’agit de montages frauduleux hébergés à l’étranger, inaccessibles dès que les fonds sont encaissés.

Une coopération encore trop faible

Les autorités africaines sont conscientes du problème mais peinent à suivre le rythme de l’innovation frauduleuse. Le manque de régulation spécifique et de coordination entre pays entrave la lutte.

Certains États ont mis en place des cellules de lutte contre la cybercriminalité
et lancé des campagnes de sensibilisation. Mais ces initiatives peinent à toucher les zones rurales et les populations peu alphabétisées.

Le rôle ambivalent des influenceurs et réseaux sociaux

Facebook, WhatsApp, Instagram, TikTok… Ces réseaux sont devenus les canaux de diffusion privilégiés des arnaques. Des influenceurs – parfois complices, parfois dupes – relaient sans vérification les messages de ces fraudeurs.

Malgré les appels à la modération des contenus liés à l’investissement, les grandes plateformes tardent à réagir sans cadre législatif contraignant.

La lutte contre les fake news comme levier d’action

Pour inverser la tendance, il est urgent de :

1. Renforcer l’éducation numérique et la culture de vérification de l’information.

2. Opérationnaliser des structures de fact-checking locales, à l’image de la Cellule Anti Fake News, pour vérifier les promesses suspectes.

3. Outiller les régulateurs à surveiller les plateformes suspectes et coopérer avec les acteurs du numérique à l’échelle nationale et internationale.

Conclusion

Face à la montée des arnaques financières en ligne, la prévention et l’éducation aux médias doivent devenir des priorités. Car c’est en outillant les citoyens que l’on protégera durablement les économies africaines contre ces pratiques frauduleuses.

Catégories
Article Blog Éducation aux Médias & Sensibilisation Impact des fake news sur la société

La diffusion de faux sondages : une technique pour influencer l’opinion publique

En période électorale, les sondages représentent des indicateurs majeurs dans la compréhension des dynamiques politiques. Ils orientent les choix stratégiques des partis, influencent les médias et, surtout, façonnent l’opinion publique. Mais que se passe-t-il lorsque ces sondages sont manipulés ou totalement inventés ? La réponse est simple : la démocratie s’en trouve affaiblie.

Des chiffres trompeurs pour créer une fausse réalité

Les faux sondages sont souvent publiés sur les réseaux sociaux ou diffusés via des plateformes peu fiables. Ils sont généralement accompagnés de logos officiels ou de graphiques qui leur donnent une apparence crédible. Leur but est clair : faire croire à la population qu’un candidat est largement favori, qu’un autre est en chute libre, ou qu’un troisième n’a aucune chance. Cela peut entraîner un phénomène psychologique connu sous le nom de biais de conformité, où les électeurs finissent par soutenir celui qu’ils perçoivent comme le « gagnant probable ».

Une stratégie de manipulation politique

Certains acteurs politiques utilisent délibérément ces faux sondages pour semer le doute, orienter les débats publics et déstabiliser leurs adversaires. C’est une technique de désinformation bien rodée, qui joue sur les émotions et l’ignorance de certains électeurs face aux mécanismes des enquêtes d’opinion. En manipulant les chiffres, on manipule aussi les esprits.

Les faux sondages électoraux sont devenus un outil de manipulation politique en Afrique, visant à influencer l’opinion publique et à semer la confusion. 

Voici quelques exemples récents documentés :

Sénégal – Présidentielle de 2024

En mars 2024, un prétendu sondage attribué à l’institut français OpinionWay a circulé sur les réseaux sociaux, plaçant le candidat Amadou Ba en tête.  Cependant, OpinionWay a démenti avoir réalisé ce sondage, le qualifiant de faux.  Cette désinformation visait à manipuler l’opinion publique en faveur d’un candidat spécifique  .

Un autre faux sondage, attribué à un institut inexistant, a été diffusé en faveur du candidat Bassirou Diomaye Faye.  Selon Africa Check, cette publication provenait d’un compte lié à une opération de propagande associée au groupe Wagner  .

Cameroun – Présidentielle de 2025

En avril 2025, un sondage prétendument réalisé par la plateforme française Politic Data a été partagé sur les réseaux sociaux, plaçant le parti au pouvoir, le RDPC, en tête avec 65 % des intentions de vote.  L’Union Démocratique du Cameroun (UDC) a dénoncé ce sondage comme étant faux, soulignant qu’il n’avait aucune base méthodologique et visait à influencer l’opinion publique  .


Comores – Élections de 2024

Aux Comores, en janvier 2024, une prolifération de faux sondages a été observée sur les réseaux sociaux, émanant des partisans de divers candidats, dont le président sortant Azali Assoumani.  Ces sondages, sans fondement réel, visaient à tromper l’opinion publique et à influencer les perceptions internationales sur le déroulement des élections.

Un danger pour la cohésion sociale et la stabilité du pays

Les conséquences de ces manipulations sont graves : elles alimentent la méfiance envers les institutions, provoquent des tensions entre groupes politiques ou communautaires, et fragilisent le processus électoral. Dans certains cas, des résultats erronés peuvent même engendrer des protestations violentes après l’annonce des résultats officiels.                            

Manipulation de l’opinion publique : en présentant des résultats fictifs, ces sondages peuvent influencer les intentions de vote.

Démobilisation des électeurs : en créant une impression de victoire inévitable d’un candidat, ils peuvent décourager la participation électorale.

Tensions sociales : en exacerbant les divisions politiques et ethniques, ils peuvent conduire à des conflits post-électoraux.

Comment se protéger contre les faux sondages ?

1. Vérifiez toujours la source : seuls les instituts reconnus et accrédités sont habilités à publier des sondages fiables.


2. Soyez vigilant face aux visuels partagés en ligne : l’apparence professionnelle ne garantit pas l’authenticité.


3. Consultez les méthodologies : un vrai sondage indique toujours l’échantillon, la marge d’erreur et la période de réalisation.


4. Signalez les publications mensongères aux plateformes ou aux organisations de fact-checking.


Conclusion

Les faux sondages ne sont pas de simples erreurs : ce sont des outils délibérés de manipulation de masse. En les dénonçant et en sensibilisant les citoyens, la Cellule Anti Fake News contribue à défendre la vérité, à préserver la paix et à renforcer la démocratie.